Qui a entendu le cri

Silencieux de Maria

Quand le médecin lui a dit :

Ton nouveau-né mourra ?

Condamnée à la grossesse

Pour ne donner que la mort

Par une loi sans souplesse

Sans pitié, sans remord.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Chili, rien ne console

L'espoir qu'on assassine.

Ses larmes souillent ton sol

Ma belle terre latine.

 

Qui soigne la joue meurtrie

De la discrète Florence

Violentée par son mari

Dans un foyer de silence ?

À genoux et tremblante

Elle nettoie son propre sang

Quand les langues avoisinantes

Ne se délient pas un instant

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô France rien ne console

Qu'ainsi on reste myope

Au sang qui souille ton sol

Ma belle terre d'Europe

 

Qui a vu la terreur

Dans les yeux de Ramatou

Quand la vague de douleur

S'est propagée partout ?

Et l'utérus en charpie

Mourir à vingt printemps

Car dans son pays

On meurt d’avortement.

 

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Niger, rien ne console

Cette mort sans logique

Son sang souille ton sol

Ma belle terre d'Afrique

 

Qui a compris la rage

D'Arefa que l'on hisse

Sur une table du village

Pour lui écarter les cuisses ?

Sa mère l'encourage

Lorsque la lame entame

D'un geste en héritage

Son intégrité de femme.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Car vraiment rien ne console

Cette barbarie ancienne

Son sang souille ton sol

Ma belle terre indienne

 

Qui pense encore à Sara

Enceinte de son violeur

Morte de son embarras

Pendue à un arbre en fleur ?

Une guerre sans conscience

Où le viol est une arme

A noué dans le silence

Une corde tissée de larmes.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Syrie, rien ne console

Ce suicide terrifiant.

Son sang souille ton sol

Ma belle terre d'orient.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

De la banquise aux Antilles

Rien ne console la Terre

Quand le sang de nos filles

Forment des rivières

XVM9c43bc06-5d80-11e7-9597-7bc7fc02e415

 

Tous droits réservés - Émilie Cognac - http://www.ecrhistoires.fr/