Née au début des années 80, je fais partie de ceux qui ont grandi avec le Club Dorothée et ses animés venus tout droit du Japon. Une manière très pop-culture de commencer à s’intéresser au pays du soleil levant. Plus tard, à l'adolescence, en plus des quelques manga que je lisais, je me suis plongée avec délice dans les contes de Ugetsu Monogatari ou les romans de Tanizaki et de Kawabata. Quant au haïku, qui nous intéresse aujourd'hui, je ne l'ai découvert d'une fois adulte, lorsque j'ai eu l'impression d'avoir fait le tour de la poésie occidentale. Ce pan de la littérature japonaise reste un univers vaste et passionnant que j'ai eu logiquement envie de partager ici.

 

I. Une forme, une histoire

 

Le haïku est un court poème japonais de 17 syllabes fractionné en trois séquences : de 5 syllabes, 7 syllabes et 5 syllabes.

Impossible d'aborder le haïku sans mentionner une des figures majeures de la poésie classique japonaise : Matsuo Munefusa. Plus connu sous le seul pseudonyme de Bashō 芭蕉, qui signifie « Bananier », il est né dans une famille de Bushi -la noblesse guerrière-. Né aux alentours de Kyoto en 1644, sa vie fut vouée à la poésie. Il connaîtra le succès à Edo (Tokyo) puis renoncera à la vie mondaine pour prendre l'habit de moine et s'installer dans un ermitage. Devant ce dernier il aurait planté un bananier, ce qui lui aurait valu son nom de plume. Il meurt en novembre 1694 après avoir cessé de s'alimenter et demandé à ses disciples d'écrire des vers pour lui. Sur sa tombe, on plantera un Bashō...

Le poète a largement contribué à l'éclosion de la poésie populaire mais il a surtout imposé un certain esprit du haïku, une forme de simplicité, de pureté, de légèreté. Souvent en lien avec la nature et parfois constitué d'une touche d'humour le haïku est souvent décrit comme la poésie de l'instant.

Un exemple parmi les 2000 haïku composés par le maître Bashō ?

 

un vieil étang

古池や

furu ike ya

une grenouille plonge
蛙飛びこむ

kawazu tobikomu

le bruit de l’eau
水の音

mizu no oto

Pour ceux qui voudraient se plonger dans l’œuvre de Matsuo Bashō, il existe de nombreuses traductions française de bonne qualité dont l'intégral des haïku de Bashō.

 

 

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II. Une forme, quelques principes

 

Comme je l'écrivais précédemment on considère souvent le haïku comme la poésie de l'instant. Mukai Kyorai, élève de Bashō, explique dans Kyorai shō que le haïku « C'est simplement ce qui arrive en tel lieu, à tel moment ». Pour parvenir à cette « capture poétique » , chaque mot est ciselé, chaque section travaillée. Peut-être à cause de cette idée de moment présent, on a souvent pensé ou dit que le haïku était une forme poétique du zen. Or pour René Sieffert, spécialiste de la littérature japonaise, l'école de Bashō n'a aucun lien avec le zen.

Maintenant que les choses sont claires, parlons un peu plus de ce qu'est un haïku. Tout d'abord il ne comporte pas de rime. Aucune. Oui, cela nous éloigne grandement de la poésie classique française -et c'est tant mieux!-. Il doit aussi être autonome, c'est à dire qu'il doit se suffire à lui-même. C'est une œuvre à part entière.

Le haïku comporte trois séquence, la première et la troisième de 5 syllabes et la deuxième de 7. Les poètes préconisent d'utiliser un vocabulaire simple -compris par tous- et précis. Par exemple on utilisera plus volontiers le terme chêne que celui d'arbre.

Les thèmes sont très varié bien que la nature tient une place importante dans nombre de recueils de haïku. Ce qu'on oublie parfois est que l'humour est présent chez de nombreux poètes japonais.

Bashō lui-même utilisait le terme de kokkei 滑稽 qui signifie humoristique, cocasse. Non seulement l'image évoquée par le poème peut être amusante mais les jeux de mots sont légions chez certains auteurs. Ainsi, Issa, un des quatre maîtres classiques du haïku, écrivait au dix-neuvième siècle :

Le vent du printemps

découvre les fesses

du couvreur

 

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III. Quelques instants poétiques

 

Parce que pour comprendre et apprécier les haïku, il n'y a rien de plus simple que d'en lire quelques uns, voici certaine de mes préférés :

 

« Oh ! une luciole qui vole

Je voulais crier « Regarde ! »

Mais j'étais seul »

                                  Taïgï

« Le marais, moite

Le silence blême et lourd

Soudain un canard !... »

                                Takasaki

« Sot le 31 décembre

Tout aussi sot

le Jour de l'An »

                              Shiki

« Dans l'eau que je puise

scintille le début

du printemps »

                            Ringaï

« Une fleur tombée

remonte à sa branche !

Non ! c'était un papillon »

                         Moritaka

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     Cet article n'étant qu'une courte bafouille, n’hésitez pas à lire quelques ouvrages sur le haïku ou de haïku si le sujet vous intéresse. Je vous signale d'ailleurs l'ouvrage passionnant de Philippe Costa Petit manuel pour écrire des haiku.

Le haïku est un exercice très agréable, je ne peux que vous encourager à vous y essayer... D'ailleurs lorsque je dirige des ateliers d'initiation à l'écriture poétique, le haïku en est une partie incontournable...

 

Et vous, ami lecteur, amateur d'haïku ?