Comme l'a justement écrit le britannique Anthony Burgess, auteur de A Clockwork Orange (1962) -adapté par Kubrick-, « Sans personnage, pas de roman ». Or, même avec des personnages bien construits, l'intérêt de ces derniers, au-delà de leur rôle dans l'intrigue, est de réagir. Un héros sans émotion ne serait qu'une marionnette de carton-pâte ! Mais de quelle manière montrer ces émotions ? Comment parvenir à une certaine authenticité ?

 

 

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La très chouette illustration de Jeff

 

Transmettre c'est d'abord connaître

 

Pour transmettre les émotions de ses personnages, encore faut-il les maîtriser. En général on parle de 6 émotions de base : la tristesse, la joie, la peur, la colère, le dégoût et la surprise. Les émotions secondaires, elles, sont innombrables (la honte, la nostalgie, l'amertume,...).

Compter sur sa seule expérience me semble compliqué et on peut très bien travailler en amont sur les émotions.

Tout d'abord les siennes, en tenant un journal et en gardant un carnet toujours sur soi -à force de vous le marteler, vous commencez à connaître la mélodie...-. Vous éprouvez de la colère ? Très bien ! Profitez-en pour écrire ce qui se passe en vous. Ne vous cantonnez pas seulement au marasme intérieur mais décrivez-en les manifestations physiques.

Ensuite celles des autres. Un écrivain, et un artiste quelque soit son domaine de prédilection, est un observateur. Il ne perd pas une occasion de nourrir sa connaissance de la nature humaine. Là encore, prenez des notes.

Toute la matière que vous rassemblerez au quotidien vous fournira une merveilleuse source d'inspiration pour votre travail.

 

 

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À personnage unique, expression unique ?



Si vous avez pris le temps de travailler en amont, vous avez sans doute remarqué qu'il existe une multitude de manières d'exprimer une même émotion. Un tel aura la colère bruyante, tel autre introverti et glacial.

Afin d'exprimer ce que ressent un personnage, il faut savoir comment il vivra la joie, la tristesse, la colère,... Cela en restant cohérent avec sa psychologie.

Plus vous aurez caractérisé vos personnages, plus la manière dont ils exprimeront leurs émotions ira de soi.

 

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Montrer plus que décrire...

 

Tout écrivant qui a lu des ouvrages théoriques a été confronté au précepte suivant « showing, not telling » c'est à dire "montrer, ne pas dire". Il semble que cette règle soit issue de la dramaturgie mais je sais que c'est un des principes de Stephen King, docteur ès suspens. Comment faire la différence entre dire et montrer ? Rien ne vaut un exemple :

La jeune femme sentit la peur lui vriller l'estomac et ferma son sac  : comment échapper à cet homme ?

La jeune femme jeta un coup d’œil en arrière avant de fermer son sac d'une main tremblante. Le souffle court, elle accéléra son pas : comment échapper à cet homme ?

Dans la seconde proposition, on évite d'employer le mot peur mais on tente de décrire les manifestations de cette dernière. Montrer permet au lecteur de ressentir plus d'empathie envers un personnage.

Lorsque vous voulez qu'un personnage montre une émotion particulière, vous pouvez aussi vous appuyer sur ses expressions faciales et sa gestuelle. Si la scène concernée comporte des dialogues, l'émotion pourra tout à fait influencer ces derniers : les inflexions de la voix, le débit, la ponctuation... Nul besoin de faire tout un paragraphe sur ce que ressent le personnage, quelques mots bien choisi auront parfois un plus impacte que de grandes descriptions.

 

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Le très bon animé Vice-versa

Comme toujours c'est en écrivant qu'on devient écrivain. N'hésitez pas à expérimenter, explorer, essayer. Personnellement, j'adore que mes personnages soient en proie à des émotions fortes... D'ailleurs ma préférence va vers la colère, si passionnante à décrire et si efficace pour faire avancer le récit...



Et vous, une émotion préférée quand il s'agit de vos personnages ?