Sur certains sites -et dans quelques ouvrages- il est courant de lire qu'un écrivant doit faire la chasse aux « verbes faibles ». Les principes d'écriture restent toujours utiles mais il ne s''agit aucunement de les suivre aveuglément. J'ai eu envie de revenir sur cette notion.

Verbes faibles, une notion juste ?

 

Si l'anglais ne vous est totalement étranger, vous savez que les verbes faibles correspondent, dans cette langue, aux verbes réguliers. Il en est de même en allemand. Utiliser ce même adjectif engendre donc une certaine confusion. D'ailleurs on trouve parfois d'autres termes pour qualifier ces verbes : pauvres, ternes, passe-partout.

Peu importe le nom qu'on choisit de leur donner, les verbes faibles sont ceux que l'on utilise à tout bout de champ : être, avoir et faire. On peut leur adjoindre : devoir, mettre, prendre, aller, pouvoir et dire. On emploie aussi beaucoup sembler, regarder, continuer de, se sentir, voir...

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Faiblesse ou simplicité ?

 

Ceux qui choisissent de les nommer « verbes faibles » expliquent que ces verbes affaiblissent la phrase. Ceux qui les appellent « pauvres » justifient cette préférence par opposition avec un vocabulaire « riche ». Hélas, la popularité de ce principe « faire la chasse aux verbes faibles » a conduit certains écrivants à tomber dans l'excès. Ils veulent les remplacer au maximum et à force d'abuser du dictionnaire des synonymes, leur prose devient lourde, ampoulée, peu naturelle.

Je préfère utiliser le qualificatif de « passe-partout » car c'est bien cela qui pose problème. Employer « être », « aller » ou « avoir » peut tout à fait convenir. Là où il faut rester attentif c'est aux répétitions et à l'imprécision. Au-delà de ces écueils, je ne vois pas pourquoi on les remplacerait...

 

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Les remplacer ?

 

Ainsi l'objectif ne sera pas de proscrire une liste de verbe mais de faire le choix le plus pertinent.

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Dans le paragraphe qui suit j'ai surligné les verbes considérés comme passe-partout :

Seul le crissement des pas sur le gravier perturba le silence de la nuit. Sous le couvert de l'obscurité, impossible de deviner qui elle était sous la large cape bordée de fourrure. Seule certitude : la main qui maintenait la capuche était du sexe féminin. Un esclave, lanterne à bout de bras, vint l'accueillir. Sur son visage étroit, il y avait une soumission lasse. Nul n'aurait pu penser qu'il connaissait l'identité de la dame. En vérité, la morsure du fouet lui avait enseigné la discrétion plus sûrement que la loyauté. Avec une révérence, il fit signe à la femme de le suivre.

A chaque occurrence, je me suis demandé si le verbe gênait et s'il pouvait être remplacé. Comme vous le verrez, on peut tout à fait changer la construction d'une phrase ou jouer sur la ponctuation pour éviter les répétitions.

Seul le crissement des pas sur le gravier perturba le silence de la nuit. Sous le couvert de l'obscurité, impossible de deviner qui se cachait derrière l'élégante silhouette, sous la large cape bordée de fourrure. Seule certitude : la main qui maintenait la capuche appartenait au sexe féminin. Un esclave, lanterne à bout de bras, vint l'accueillir. Sur son visage étroit : une soumission lasse. Nul n'aurait pu penser qu'il connaissait l'identité de la dame. En vérité, la morsure du fouet lui avait enseigné la discrétion plus sûrement que la loyauté. Avec une révérence, il fit signe à la femme de le suivre.

En matière d'écriture, aucune règle ne doit être suivie aveuglement. Gardez à l'esprit qu'une correction doit d'abord servir le texte.

 

Que pensez-vous de cette « règle » ?