Cet article est la suite de celui-ci.

 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette période a été d'une grande richesse littéraire. Trois « genres » ont été au premier plan : la chanson de geste, la poésie lyrique et, plus tardivement, le roman. Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur la chanson de geste.

 

I. Définition

 

La chanson de geste est un long récit épique en vers, généralement des décasyllabes, qui célèbre les exploits guerriers d'un héros. Elle est la forme littéraire la plus ancienne en langue française. Ces textes avaient une double nature : celle de chant et de récit. Ces poèmes étaient psalmodiés en public et en musique.

La Chanson de geste apparaît dès le XIe siècle avec la Chanson de Roland. Le plus ancien manuscrit de cette dernière est le manuscrit d'Oxford dont l'auteur nous est inconnu. Elle compte environ 4000 vers, rédigés en anglo-normand, un dialecte de la langue d'oïl – pour plus d'informations sur les langues de cette époque, vous pouvez lire le premier article de cette catégorie-. Le manuscrit d’Oxford a été numérisé et vous pouvez le retrouver sur Internet.

 

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Mort de Roland. Enluminure extraite de la Chronique du monde de Rudolf von Ems 

 

II. La chanson de geste : d'abord un récit oral épique

 

Les chansons de geste étaient donc écrites en langue profane -d'oc ou d'oïl-. Elles ont une forme particulière puisqu'elles sont composées de strophes que l'on appellent « laisses ». Comme je l'évoquais plus haut, les vers sont le plus souvent en décasyllabes, du moins jusqu'à la fin du XIIe siècle où l'alexandrin a été à la mode.

Il ne faut certes pas lite les chansons de geste comme un récit narratif linéaire. Comme souvent en littérature orale, les chansons de geste présentent nombre de répétitions et d'échos. Des laisses sont répétées. On trouve aussi des effets de refrain comme dans la Chanson de Roland « Halt sunt li pui... » ou de symétrie.

Si les chansons de geste sont liées à l'Histoire avec la présence de Charlemagne -dont Roland est le neveu- ou de Guillaume d'Orange inspiré par Guillaume de Gellone, ils possèdent une grande part de merveilleux. Magie, géants, monstres... Qu'importe le héros, les chansons de geste ont en commun qu'elles mettent en scène la lutte du bien contre le mal à travers des chevaliers chrétiens qui se battent contre les païens.

Enfin les motifs formelles ne rentrent pas seuls en cause dans la chanson de geste. Des scènes « classiques » du genre figurent dans la plupart des œuvres qui nous sont parvenues : amours d'une princesse sarrasine et d'un héros chrétien - Prise d'Orange, Hernaut de Beaulande -, un géant païen qui défit un chevalier chrétien, le baptême et le mariage d'une princesse sarrasine,...

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Dès le Moyen-âge les productions ont été classées en trois gestes -ou cycles- : La Geste du Roi (autour de Charlemagne), la Geste de glane (concernant les barons rebelles) et la Geste de Garin de Monglane (avec Guillaume pour héros).

 

Et pour le plaisir, voici un extrait de la Chanson de Roland en ancien français, suivi par sa traduction (basée sur celle de Léon Gautier datant de 1872) :

Rollanz s’en turnet, par le camp vait tut suls

Co sent Rollanz que la morz li est près

Halt sunt li pui e mult halt li arbre.

Quatre perruns i ad, luisanz de marbre

Dix colps i fiert par doel e par rancune

Cruist li acers, ne freint ne ne n’esgraniet

Rollanz ferit el perrun de sardenie

Cruist li acers, ne briset ne n’esgraniet

Rollanz ferit en une pierre bise

L’espée cruist, ne fruisset ne ne briset

Li Quens Rollanz se jut desuz un pin

Envers Espaigne en ad turnet sun vis

Desur sun braz teneit le chef enclin

Juintes ses mains est alez à sa fin

 

Roland s’en va. Il parcourt seul le champ de bataille

Lui-même sent que la mort lui est proche

Les puys sont hauts, hauts sont les arbres

Il y a là quatre perrons, tout luisants de marbre

Par grande douleur et colère, il y assène dix forts coups.

L’acier grince, mais point ne se rompt ni ne s’ébrèche.

Roland frappe une seconde fois au perron de sardoine

L’acier grince : Il ne rompt pas, il ne s’ébrèche point.

Pour la troisième fois, Roland frappe sur une pierre bise

L’épée grince mais ne rompt toujours pas.

Le comte Roland est là, gisant sous un pin

Il a voulu se tourner vers l’Espagne

Alors sa tête s’est inclinée sur son bras,

Et les mains jointes, il est allé à sa fin.

 

Sources :

J. Rychner, la Chanson de geste

Daniel Coty, Histoire de la Littérature française

Le site Plume d'Histoire (LIEN)

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