29 mars 2018

La poésie 3 – le sonnet

 

Dans la première partie des articles sur la poésie, je vous expliquais que les poèmes à forme fixe ont longtemps dominé le paysage littéraire. Dans le même paragraphe je sous-entendais que le sonnet est la forme la plus connue. Il est vrai qu'il a longtemps dominé la littérature française. Pour résumer, le sonnet est un poème de 14 vers répartis en deux quatrains (strophe de quatre vers) et deux tercets (trois vers). Ces deux dernières strophes sont souvent étudiées comme un seul sizain.

Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube, de ses pleurs, au point du jour l'arrose;

La Grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur,
Languissante, elle meurt, feuille à feuille déclose;

Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Ronsard, Amours de Marie, 1556.

Le sonnet nous vient directement d'Italie comme nous l'indique le terme sonetto qui découle du latin sonare « sonner ». Il arrive en France au début de la Renaissance et est introduit par Marot et Mellin de Saint-Gelais. Si je le précise c'est qu'une des formes du sonnet nous vient justement de Clément Marot qui, pendant l'été 1536, écrit le premier sonnet en langue française.

Vous l'aurez compris, le sonnet existe sous plusieurs formes. Pour le comprendre, nous allons passer en revue les trois principales : le sonnet italien -ou marotique-, le sonnet français -ou de type Peletier- et le sonnet élisabéthain -ou shakespearien-.

I. Le sonnet italien ou marotique

 

Le sonnet qui figure dans l'introduction, Amours de Marie de Ronsard, illustre parfaitement ce qu'est un sonnet marotique.

Comme l'indique le titre de cette partie on le nomme aussi « italien » or cette appellation n'a aucune vérité historique car on ne rencontre pas la forme marotique dans la poésie italienne.

Je préfère donc le nommer selon le poète qui l'a utilisé en premier : Clément Marot.

Ce sonnet marotique se caractérise par la disposition de ses rimes. Si on fait correspondre à chaque rime une lettre de l'alphabet cela donne : abba, abba, ccd, eed.

Dans certains cours -ou quelques articles sur le Web- j'ai eu la suprise de voir que dans la définition même de sonnet, on mentionnait l'alternance des rimes masculines et féminines, ces dernières étant celle qui se terminent par un e muet comme drôle et rôle. Or cela ne fait aucunement parti de la forme fixe du sonnet. Ni de celle, plus particulière, du sonnet marotique. Cette confusion provient peut-être de la « célébrité » de l’œuvre de Ronsard qui a été le premier a ajouter cette alternance.

Pour exemple, un sonnet marotique passé à la postérité :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée : et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup d'avantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.

                                                           Joachim du Bellay, dans Les Regrets

Cette forme, dite marotique, se généralisera en France entre 1536 et 1539.

 

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II. Le sonnet français ou de type Peletier

 

Le sonnet Peletier comporte deux quatrains de même forme que ceux des sonnets marotiques, avec des rimes embrassées (abba). La différence réside dans les tercest qui au lieu de présenter le schéma ccd, eed utilisent le suivant : ccd ede. De plus, il est d'usage pour ce type de sonnet d'alterner les rimes féminines (comportant un e muet) et masculines.

Ce sonnet apparaît en 1547 -quatre sonnets dans les Œuvres poétiques de Jacques Peletier du Mans qui nomme cette forme particulière-. Dans la décennie suivante, la majorité des sonnets français relève soit du type marotique soit du type Peletier.

Ce succès perdurera puisqu'on peut trouver des sonnets français chez Baudelaire en 1857 !

« Sed non satiata »
Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d’ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,
L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane ;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme ;
Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf fois,

Hélas ! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l’enfer de ton lit devenir Proserpine !

                                              Charles Baudelaire, in Les Fleurs du Mal

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Charles Baudelaire par Étienne Carjet vers 1862

 

III. Le sonnet élisabéthain ou shakespearien

 

Le troisième type de sonnet possède plusieurs dénominations : élisabéthain, shakespearien ou anglais. En effet il a été codifié dans ce pays. Ce sont surtout les poètes « modernes » qui l'ont utilisé, particulièrement Baudelaire et Mallarmé.

S'il comporte bien 14 vers, sa forme diffère sur les autres points. Il se présente en trois quatrains puis d'un distique -réunion de deux vers-. Les rimes elle-mêmes se distinguent des sonnets marotiques et de type Peletier puisque celles des quatrains sont croisées (de format abab) et différentes pour chaque strophe. Finalement les sonnets shakespeariens se présentent comme suit : abab cdcd efef gg.

 

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Mallarmé reste sans doute le poète qui a le plus popularisé le sonnet élisabéthain. Son premier sonnet shakespearien semble daté de 1887 et a été publié dans la revue L'Art et la Mode :

     La chevelure
La chevelure vol d'une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout éployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer
Mais sans or soupirer que cette vie nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'œil véridique ou rieur
Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant bagues ni feux au doigt
Rien qu'à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l'exploit
De semer de rubis le doute qu'elle écorche
Ainsi qu'une joyeuse et tutélaire torche
Comme souvent en littérature, et particulièrement en poésie, le cadre formel s'est assoupli. Pourtant, il me semble primordial de connaître et comprendre ces limites afin de les franchir.

 

Quel genre de sonnet préférez-vous ?

 


24 mars 2018

Consigne d'écriture n°22 - «Les voisins »

 

 

La consigne

 

Cette semaine un thème : les voisins.

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Mon texte

 

Première nuit

 

22h00

Vous connaissez l'odeur des meubles neufs ? Celle-ci se mêle à celle de pizza froide. Tant pis, je dormirai dans les effluves d'une cuisine. Mais peut-on donner ce nom à l'espace coincé entre le canapé et la porte d'entrée ? Le frigo, si petit que sa place est dans un mobile-home, vrombit comme s'il se prend pour un réfrigérateur à l'américaine, un de ceux qui produisent des glaçons. Je me sens pourtant toute guillerette : mon premier appartement ! À moi les plateaux-télé, les amants d'un soir, la liberté, à moi, à moi, à moi ! Tant pis pour les aller-retours à la laverie, tant pis pour la vaisselle à main, tant pis pour les factures à payer. Je suis in-dé-pen-dante. Lors de la visite du studio, j'avais été charmée par le vieil immeuble où résident surtout des personnes âgés. Rien ne m'aurait plus horripilé que de vivre dans un des bâtiments truffés d'étudiants, alors que je travaille comme serveuse depuis plus d'un an. Et puis j'aime bien les vieux.

Le couple dont le trois pièces côtoie mon nouveau chez-moi n'a qu'une cinquantaine d'années, des jeunesses par rapport aux autres. J'ai croisé monsieur alors que je montais quelques cartons. Un homme charmant, à la moustache fournie et au regard clair. Il y a peu de risque pour que des fêtes endiablées perturbent mon sommeil. Peut-être que le son de la télé sera la seule pollution sonore que je devrai subir. Cela me fait sourire parce que je repense à ma grand-mère qui regardait Questions pour un champion à un volume si élevé que tout le quartier pouvait répondre...

De l'autre côté de mon studio se trouve une femme seule. La soixantaine plus entamée que mes économies après ma virée chez Ikea. À ma grande surprise, elle a sonné à ma porte, tôt dans l'après-midi, pour m'offrir une assiette de cookie. Adorable... Bien qu'ils avaient la consistance et le goût de litière pour chat. J'irai lui rendre son assiette demain. Afin de préserver mes relations de voisinage, j'avais glissé un mot dans chaque boite aux lettres. À cause du bruit. Mais c 'est terminé. On est dimanche soir, 22h, et je peux enfin m'endormir chez moi. Demain, je prends mon service l'après midi, je peux dormir sans culpabiliser.

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Je ne comprends pas tout de suite la provenance des gémissement. « Vas-y salope ! ». J'ouvre les yeux et cligne frénétiquement des paupières. C'est vrai, je suis au studio. Chez moi. « Clac, clac ». Mais qu'est-ce que... ? Les gémissements reprennent de plus belle. Est-ce que le quinquagénaire, alors que sa femme dort -la bienheureuse!- mate un porno ? « Tu aimes ça, hein ? ». Tout à fait réveillé, j’ai un hoquet de surprise : c'est la voix du voisin ! Celui à la moustache pleine de panache. Et bien, leur couple tient la forme... Avec un sourire, je prends ma petite bouteille d'eau.

« Laisse-moi la place ! » Je m'étrangle et il me faut plusieurs minutes pour cesser de tousser. Je finis assise dans mon clic-clac, les yeux rouges et les joues en feu. Mais combien ils sont ?!

Les minutes s’égrènent aux rythmes du trio. Visiblement, madame est adepte de la fessée. Même quand ils ont fini, leurs bavardages, ponctués de rires, me tiennent éveillée. Je ne cesse de jeter des coup d’œil à mon réveil. S'ils ne venaient pas joyeusement de partouzer, je donnerais quelques coups dans le mur, histoire de montrer mon impatience. Hélas, je suis bien trop gênée...

En tout je subis leur libertinage pendant deux heures. Deux heures de repos perdu, moi qui suis épuisée par mon déménagement.

Je sombre de nouveau dans le sommeil, en tentant de me rassurer : ma foi, même le marquis de Sade ne passait sans doute pas TOUTES ses nuits à baiser bruyamment et en groupe...

 

« Non, non c'est un la ma chérie »

Cette fois le bruit vient de l'autre coté. On joue du piano en chantant. Abominablement. Finalement il y a une certaine harmonie dans cette cacophonie : les fausses notes accompagnent admirablement la voix aigrelette et nasillarde. Mon dieu ! J'ouvre un œil meurtrier : 7h30. Saccager la musique à cette heure indue ?!

Cette fois ce n'est plus possible ! Le manque de sommeil suffit à me faire oublier ma bienveillance et ma patience. Je me lève et enfile un pantalon et, sans prendre la peine de me coiffer, je sors sur le palier, bien décidée à menacer ma voisine des pires outrages. Elle ne peut pas attendre quelques heures avant de s'époumoner ainsi ? Pense-elle qu'une assiette de cookies suffit à me corrompre ? Alors que je lève le poing pour frapper vigoureusement, ma main retombe. Bien malgré moi, un gémissement s'échappe de mes lèvres pincées et des larmes m'aveuglent. Hélas, pas suffisamment pour que je ne puisse déchiffrer la plaque cuivrée : Madame Desmoussint – professeure de piano et de chant.

 

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22 mars 2018

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une – Raphaëlle Giordano



Genre : Roman

Pays : France

Date de publication : 2015

Maison d'édition : Pocket pour la présente édition

Prix : 6 euros 95

 

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Résumé :

" Vous souffrez probablement d'une forme de routinite aiguë.

Une quoi ? "

Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l'impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts ? Tout ce qu'elle veut, c'est retrouver le chemin de la joie et de l'épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l'y aider, elle n'hésite pas longtemps : elle fonce et repart à la conquête de ses rêves...



L'activité que je propose, l'écriture créatrice, s'imprègne de psychologie, de sophprologie, de méditation et de développement personnel. J'utilise ces pratiques alliées à l'écriture pour travailler sur soi. Je suis donc à l’affût de ce qui s'écrit sur ces questions. Même les romans. C'est ainsi que j'ai eu le plaisir de lire le conte L'âme du monde. Je ne pouvais passer à côté du livre de madame Giordano qui,selon la presse et les critiques, est un roman imprégné de ces pratiques. J'ai même lu l’avis de lecteurs qui témoignat que l'ouvrage avait changé leur vie ! D'un autre côté, une amie -dont les opinions sont proches des miennes- m'avait mise en garde : le bouquin l'avait extrêmement déçue. Toutes ces contradictions ne pouvaient que me pousser à lire Ta deuxième vie...



Mon Avis

 

Sur la papier le livre de Raphaëlle Giordano semble alléchant. Une jeune femme, pas malheureuse mais un peu paumée, découvre via un « routinologue » des pratiques inspirantes... Ok. Bon.

Soyons franc ami lecteur, si vous avez aimé l'ouvrage en question, je veux dire vraiment aimé, alors ne lisez pas cet article. Car cela n'a pas été mon cas. Mais alors vraiment pas !

S'il y a bien une chose qui m'agace et... Non, pas m’agace. C'est loin de la vérité. Je reprends : s'il y a bien une chose qui me met hors de moi c'est quand un écrivain -ou un essayiste- prend ses lecteurs pour des mollusques abrutis. Or tout au long de Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une, j'ai eu l'inconfortable impression qu'on me prenait pour une demeurée. Remarquez, j'aurais sans doute pu m'en douter car le titre annonce la couleur. Il semble proclamer : tu vois lecteur, voilà ce que tu vas apprendre avec moi ! Vois comme je ne vais pas te divertir, car cela n'a que peu d'intérêt, mais vois de quelle manière tu vas avoir une illumination dans ton petit cerveau atrophié de consommateur alléché par la pseudo-philosophie.

Oui, oui, ce n'est qu'un titre. Mais -et finalement cela signifie sûrement qu'il est bien trouvé- il reflète une caractéristique du récit : la condescendance. Tous les principes exposés par Claude le gourou routinologue sont en gras. Oui, en gras. Comme ça le premier benêt venu -celui auquel l'auteure s'adresse- comprendra bien ce qu'il lui faut retenir de sa lecture. L'usage de la typographie pour instruire la populace... Par Aslan, même les citations sont en gras ! Comme celle d'Aristote, page 41. Argh...

Vous pourrez me dire que peu importe, ce qui compte c'est que madame Giordano permette aux néophytes de découvrir le développement personne. Mouais. Sauf que l'auteure ne se contente pas d'effleurer les notions qu'elle promue, elle les abîme. Déjà parce qu'une pratique mal appliquée peut faire beaucoup de mal mais aussi parce qu'elle nous trompe. Madame Giordano nous raconte un conte où les marraines sont remplacées par la méditation en pleine conscience, la pensée positive -que j'exècre- et la communication non violente. Nous avons le droit à des miracles. De la pleine conscience lyophilisée, aussitôt pratiquée aussitôt comprise. De la communication non violente galvaudée, de la psychologie instantanée -il suffit d'un coup de fil pour que l'héroïne pardonne son père-.

Quel est le risque me demanderez-vous ? Et bien que les lecteurs se jettent dans une de ces pratiques en pensant que ce sera aussi simple. Mais ça ne l'est jamais. Oui, il faut du temps pour qu'une pratique fasse partie de notre vie et la change. Finalement l’itinéraire de l’héroïne ressemble en tout point à ce qu'elle semble être : un mélange de bons sentiments, d’égoïsme et de caprice. Le nombrilisme en sarouel.

Enfin, et de manière tout à fait personnelle, je n'apprécie pas les messages véhiculés par le roman. D'abord l'idée d'un devoir au bonheur. Une forme de tyrannie de la perfection et du changement. L'auteure nous vend une femme qui trouve le bonheur dans la réussite professionnelle -avec un final ridicule-, dans le fait de mitonner de bons petits plats sains à sa famille, et surtout de ne pas sombrer dans la routine. Le vrai bonheur est-il de changer de vie ou de regard pour la sublimer ? Ce que nous dit ce roman c'est que l'on doit en faire plus, toujours plus, et mieux ; que le bonheur se débusque non dans la réalité et les petites choses mais dans la quête de la perfection. Même nos difficultés et nos blessures devraient être maquillées de développement personnel...

Alors non, je ne crois que ce roman puisse profondément changer une vie. Il peut, au mieux, donner envie d'aller voir de plus près quelques pratiques. Au pire il nous vend un chemin de vie irréaliste avec l'impression qu'on n'est -encore une fois- pas à la hauteur. Et de se perdre tant dans une quête mensongère que le bonheur nous semble un fantasme juste bon pour les bobos mangeurs de soja.

 

Si vous l'avez lu, vous avez aimé ?

 

 

10 mars 2018

La littérature entre 1050-1200 – La chanson de geste

 

Cet article est la suite de celui-ci.

 

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette période a été d'une grande richesse littéraire. Trois « genres » ont été au premier plan : la chanson de geste, la poésie lyrique et, plus tardivement, le roman. Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur la chanson de geste.

 

I. Définition

 

La chanson de geste est un long récit épique en vers, généralement des décasyllabes, qui célèbre les exploits guerriers d'un héros. Elle est la forme littéraire la plus ancienne en langue française. Ces textes avaient une double nature : celle de chant et de récit. Ces poèmes étaient psalmodiés en public et en musique.

La Chanson de geste apparaît dès le XIe siècle avec la Chanson de Roland. Le plus ancien manuscrit de cette dernière est le manuscrit d'Oxford dont l'auteur nous est inconnu. Elle compte environ 4000 vers, rédigés en anglo-normand, un dialecte de la langue d'oïl – pour plus d'informations sur les langues de cette époque, vous pouvez lire le premier article de cette catégorie-. Le manuscrit d’Oxford a été numérisé et vous pouvez le retrouver sur Internet.

 

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Mort de Roland. Enluminure extraite de la Chronique du monde de Rudolf von Ems 

 

II. La chanson de geste : d'abord un récit oral épique

 

Les chansons de geste étaient donc écrites en langue profane -d'oc ou d'oïl-. Elles ont une forme particulière puisqu'elles sont composées de strophes que l'on appellent « laisses ». Comme je l'évoquais plus haut, les vers sont le plus souvent en décasyllabes, du moins jusqu'à la fin du XIIe siècle où l'alexandrin a été à la mode.

Il ne faut certes pas lite les chansons de geste comme un récit narratif linéaire. Comme souvent en littérature orale, les chansons de geste présentent nombre de répétitions et d'échos. Des laisses sont répétées. On trouve aussi des effets de refrain comme dans la Chanson de Roland « Halt sunt li pui... » ou de symétrie.

Si les chansons de geste sont liées à l'Histoire avec la présence de Charlemagne -dont Roland est le neveu- ou de Guillaume d'Orange inspiré par Guillaume de Gellone, ils possèdent une grande part de merveilleux. Magie, géants, monstres... Qu'importe le héros, les chansons de geste ont en commun qu'elles mettent en scène la lutte du bien contre le mal à travers des chevaliers chrétiens qui se battent contre les païens.

Enfin les motifs formelles ne rentrent pas seuls en cause dans la chanson de geste. Des scènes « classiques » du genre figurent dans la plupart des œuvres qui nous sont parvenues : amours d'une princesse sarrasine et d'un héros chrétien - Prise d'Orange, Hernaut de Beaulande -, un géant païen qui défit un chevalier chrétien, le baptême et le mariage d'une princesse sarrasine,...

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Dès le Moyen-âge les productions ont été classées en trois gestes -ou cycles- : La Geste du Roi (autour de Charlemagne), la Geste de glane (concernant les barons rebelles) et la Geste de Garin de Monglane (avec Guillaume pour héros).

 

Et pour le plaisir, voici un extrait de la Chanson de Roland en ancien français, suivi par sa traduction (basée sur celle de Léon Gautier datant de 1872) :

Rollanz s’en turnet, par le camp vait tut suls

Co sent Rollanz que la morz li est près

Halt sunt li pui e mult halt li arbre.

Quatre perruns i ad, luisanz de marbre

Dix colps i fiert par doel e par rancune

Cruist li acers, ne freint ne ne n’esgraniet

Rollanz ferit el perrun de sardenie

Cruist li acers, ne briset ne n’esgraniet

Rollanz ferit en une pierre bise

L’espée cruist, ne fruisset ne ne briset

Li Quens Rollanz se jut desuz un pin

Envers Espaigne en ad turnet sun vis

Desur sun braz teneit le chef enclin

Juintes ses mains est alez à sa fin

 

Roland s’en va. Il parcourt seul le champ de bataille

Lui-même sent que la mort lui est proche

Les puys sont hauts, hauts sont les arbres

Il y a là quatre perrons, tout luisants de marbre

Par grande douleur et colère, il y assène dix forts coups.

L’acier grince, mais point ne se rompt ni ne s’ébrèche.

Roland frappe une seconde fois au perron de sardoine

L’acier grince : Il ne rompt pas, il ne s’ébrèche point.

Pour la troisième fois, Roland frappe sur une pierre bise

L’épée grince mais ne rompt toujours pas.

Le comte Roland est là, gisant sous un pin

Il a voulu se tourner vers l’Espagne

Alors sa tête s’est inclinée sur son bras,

Et les mains jointes, il est allé à sa fin.

 

Sources :

J. Rychner, la Chanson de geste

Daniel Coty, Histoire de la Littérature française

Le site Plume d'Histoire (LIEN)

Wikipédia



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08 mars 2018

Inventer une langue pour une fiction

 

Depuis toujours les hommes ont inventé des langues. Alors que les langues naturelles sont le fruit d'une évolution sur plusieurs siècles, les langues dites construites sont élaborées par une ou plusieurs personnes dans une période donnée.

Ainsi une religieuse bénédictine, Hildegaune rde de Bingen, morte au XIIe siècle, a élaboré un système de langue : la Lingua Ignota.

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La création d'une langue peut être une véritable passion et il est facile de trouver des forums consacrés à cette activité dont les pratiquants sont des idéolinguistes.

La question diffère lorsque la langue concerne une œuvre de fiction. Elle permet alors de donner une autre dimension à une civilisation. Notons toutefois que l'auteur le plus célèbre en cette question, Tolkien, reste un cas à part. En effet, celui-ci était philologue, donc spécialisé dans l'étude du langage. Les langues qu'il a créées sont les points de départ de son œuvre, non un moyen de rendre sa mythologie complète.

Nous ne parlerons ici que la création d'une langue imaginaire dans le but de soutenir la mythologie d'une œuvre de fiction.



I. Inventer une langue ? Pas vraiment !



Inventer une langue reste une tâche colossale puisqu’au delà du choix d'un alphabet, de l'élaboration du vocabulaire, encore faut-il penser un système grammatical et la conjugaison. Et même si on décide d'utiliser l'alphabet latin, le travail paraît énorme.

Bien heureusement, la première question que vous devez vous poser, c'est la place que tiendra cette langue dans votre fiction. Si le dialecte ne concerne qu'un chapitre, pourquoi se donner la peine de créer une langue complète ? Prenons l'exemple du dothraki. Cette langue nous provient de la série de livre Le Trône de fer de George R. R. Martin. Or cette langue n'existe que sous la forme de quelques phrases dans les romans. Lorsque ces deniers ont été adaptés à l'écran -avec le succès qu'on connaît-, il a fallu faire appel à David Paterson, spécialiste de la création de langue artificielle, pour développer le dothraki. Je vous conseille donc, au moins dans un premier temps, de ne construire que le vocabulaire dont vous aurez besoin.

Reste que pour gagner du temps et donner une certaine authenticité à votre langue, vous aurez tout intérêt à utiliser une méthodologie.

 

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George R. R. Martin



II. Une création pas à pas

 

Pour commencer, vous devez bien délimiter de quelle manière votre langue entre en jeu dans la fiction. Quelle est l'histoire du peuple qui la pratique ? Ses coutumes ? Découle-t-elle d'une langue déjà existante ? La langue doit enrichir votre mythologie.

Ensuite vous devez choisir un système d'écriture. Si vous utilisez un alphabet, sera-t-il crée pour l'occasion ou utiliserez-vous un alphabet existant ?

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Le sindarin ou gris-elfique, langue construite imaginée par Tolkien

Partons d'un exemple...

J'ai inventé une langue pour la trilogie que je suis en train d'écrire. Je suis partie de l'alphabet latin et, en cohérence avec le peuple qui l'utilise, j'ai choisi de m'inspirer de plusieurs langues.

Une fois le système d'écriture décidé, il faut construire la langue : sa grammaire et sa conjugaison.

Pour la grammaire, n'oubliez pas qu'il existe une multitude de possibilités. Bien entendu vous pouvez tout à fait prendre la grammaire française comme point de départ. Pour la langue évoquée plus haut, j'ai choisi d'utiliser des déclinaisons -comme en latin ou en allemand-. Cinq pour être précise : nominatif, accusatif, datif, génitif et l'instrumental. Bien entendu cela ne m'a pas simplifié la tâche !

La conjugaison aussi est importante. Y aura-t-il des temps composés ? Là encore votre seule limite reste l'imagination ! Personnellement j'ai choisi d'utiliser le moins de temps possibles. Au radical du verbe s’ajoute un préfixe qui détermine le temps et un suffixe qui détermine la personne. Par exemple être -von-,  devient ravoni à la première personne du présent.

Enfin après avoir construit la grammaire et la conjugaison, vous pourrez vous pencher sur la question du vocabulaire. Essayez de garder une certaine logique, par exemple dans les familles de mots. Ainsi dans ma langue, préparer se traduit par « miv » alors que prêt par « mivin ».

Vous verrez qu'inventer une langue est une activité amusante – oui, oui !-. Quand vous écrirez vos première phrases, vous serez sans doute assez fier de vous...

Tenez... Juste pour le plaisir, voici un exemple de phrase dans la langue que j'ai créée :

Edonin glirē ni irbei val ravabrokir tovē mūgei, eryen direnin ratairis koïs obei. (En attendant le retour de celui qui n'a nul besoin de magie, les bois silencieux nous offrent le repos.)



Alors... Déjà eu envie -ou besoin- d'inventer votre propre langue ?

 





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03 mars 2018

Consigne d'écriture n°21 - «Écrire des vers »



La consigne

 

Écrire un poème dont les vers sont des octosyllabes (huit syllabes) ou des décasyllabes (dix syllabes).

 

Dico

 

Mon texte

 

Féminisme bienséant

 

Gardez ranger dans un tiroir

Votre morale de faux-jeton

Comme je veux dans mon prétoire

Toute en dentelle ou en coton

Toute en soierie ou en satin

Très maquillée ou la peau nue

Peut-être mère ou bien catin

Que vous importe ma tenue

 

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

Donc ne me dites pas comment

Taper des deux poings sur la table

 

 

Gardez ranger dans un coin sombre

Tous vos jugements hypocrites

Laissez-les donc moisir dans l'ombre

Car il n'y a pas de règle écrite

M'indigner nue ou en guêpière

La voix posée ou en hurlant

Prunelle sage ou meurtrière

Laissez-moi choisir mes élans

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

Donc ne me dites pas comment

Taper des deux poings sur la table

 

Alors gardez dans vos archives

Tous vos jugements maladroits

Je décide mes offensives

Et comment je défends mes droits

Être joviale ou acariâtre

Les jambes en jupe, en pantalon

Je ne vous permets pas de débattre

De la hauteur de mes talons

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

On ne me dira pas comment

Taper des deux poings sur la table

Car il n'existe aucunement

Un féminisme de bon ton

Qu'on ne nous dise pas comment

Relever fièrement le menton

 

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01 mars 2018

Sommaire - Écriture créative



Inspiration et créativité

Écrire : les trois clefs de l'inspiration

L'inspiration s'entretient ! Trois éléments pour y parvenir.

Écriture, LA clef universelle

L'activité indispensable à tous ceux qui désirent écrire...

Mes astuces pour «entrer en écriture »

Des astuces pour les jours où l'écriture ne va pas de soi...

Du bienfait des rituels sur la créativité...

Car un rituel peut convoquer l'inspiration...

L'écriture avec l'Art du Kaizen

Une méthode pour commencer à écrire. Tout en douceur...

 

Descriptions

Fonctions des passages descriptifs

Tout sur le rôle que peuvent prendre les descriptions...

 

Les personnages

Personnages : dix éléments indispensables

Les fondamentaux pour construire un personnage

Les émotions de vos personnages

De quelle manière montrer les émotions de vos personnages ?

 

Écriture de genres

Voyage en poésie : le Haïku

Initiation à la poésie japonaise

5 règles pour écrire une -bonne- scène de sexe

De l'art délicat du sexe dans une fiction

 

Les dialogues

Dialogues et réalisme

Les dialogues doivent-ils ressembler à la réalité ?

Verbes de parole : utilité et limites

L'introduction des dialogues par un verbe de parole, une question d'équilibre

Habiller ses dialogues

La typographie des dialogues



Premier jet

Premier jet : ma méthode en 5 points

Comment écrire la première version d'un texte ?

 

Les Tuto

Écrire une histoire pas à pas

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 3/3

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 2/3

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 1/3

 

 

Correction

Point ch'orthographe : les mots composés

Comment accorder les mots composés ?

Point ch'orthographe : les adjectifs de couleur

Le pluriel des adjectifs de couleur

 

Outils d'écriture

Dans ma boîte à outil : la montre et le ciel

Tout sur la chronologie et la météo

L'écriture, mauvaise pour la santé ?

Comment se ménager lorsque l'on écrit beaucoup ?

La plume et le clavier : un duel à l'aube ?

Écrire à la main ou à ordinateur.

Les dictionnaires : les alliés de tous

Les dictionnaires lorsque l'on écrit

Du bon usage du dictionnaire des synonymes

Petits conseils concernant l'utilisation du dictionnaire des synonymes

 

Généralité sur le style

Les verbes faibles, un problème ?

Les verbes faibles : définition et utilisation

Gros mots, grossièretés et autres jurons

La place des grossièretés dans l'écriture créative

 

Créer une mythologie

Inventer une langue pour une fiction

 

Posté par Emilie Cognac à 08:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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