28 avril 2018

Consigne d'écriture n°23 - «Un sonnet »



La consigne

 

Écrire un sonnet

 

Mon texte

 

J'ai choisi d'écrire un sonnet élisabéthain.

 

Vos victimes

Vous dites que nous sommes détruits
Que nous grandissons privés de nos ailes
Que nous buvons nos viols jusqu’à la lie
Que les nuages assombrissent notre ciel
Ma jupe trop courte et mon maquillage
Ou bien ma mauvaise réputation
Sachent vos larme, apaisent votre rage
Victime seulement sous vos conditions

Vous pensez dent pour dent et œil contre œil,
Bien haut, vous fustigez toute indulgence
Et ne comprenez pas que je ne veuille
Pas du tout m’abîmer dans la vengeance

Cessez donc vos litanies larmoyantes
Car c'est moi qui décide ce qui me hante

 

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24 mars 2018

Consigne d'écriture n°22 - «Les voisins »

 

 

La consigne

 

Cette semaine un thème : les voisins.

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Mon texte

 

Première nuit

 

22h00

Vous connaissez l'odeur des meubles neufs ? Celle-ci se mêle à celle de pizza froide. Tant pis, je dormirai dans les effluves d'une cuisine. Mais peut-on donner ce nom à l'espace coincé entre le canapé et la porte d'entrée ? Le frigo, si petit que sa place est dans un mobile-home, vrombit comme s'il se prend pour un réfrigérateur à l'américaine, un de ceux qui produisent des glaçons. Je me sens pourtant toute guillerette : mon premier appartement ! À moi les plateaux-télé, les amants d'un soir, la liberté, à moi, à moi, à moi ! Tant pis pour les aller-retours à la laverie, tant pis pour la vaisselle à main, tant pis pour les factures à payer. Je suis in-dé-pen-dante. Lors de la visite du studio, j'avais été charmée par le vieil immeuble où résident surtout des personnes âgés. Rien ne m'aurait plus horripilé que de vivre dans un des bâtiments truffés d'étudiants, alors que je travaille comme serveuse depuis plus d'un an. Et puis j'aime bien les vieux.

Le couple dont le trois pièces côtoie mon nouveau chez-moi n'a qu'une cinquantaine d'années, des jeunesses par rapport aux autres. J'ai croisé monsieur alors que je montais quelques cartons. Un homme charmant, à la moustache fournie et au regard clair. Il y a peu de risque pour que des fêtes endiablées perturbent mon sommeil. Peut-être que le son de la télé sera la seule pollution sonore que je devrai subir. Cela me fait sourire parce que je repense à ma grand-mère qui regardait Questions pour un champion à un volume si élevé que tout le quartier pouvait répondre...

De l'autre côté de mon studio se trouve une femme seule. La soixantaine plus entamée que mes économies après ma virée chez Ikea. À ma grande surprise, elle a sonné à ma porte, tôt dans l'après-midi, pour m'offrir une assiette de cookie. Adorable... Bien qu'ils avaient la consistance et le goût de litière pour chat. J'irai lui rendre son assiette demain. Afin de préserver mes relations de voisinage, j'avais glissé un mot dans chaque boite aux lettres. À cause du bruit. Mais c 'est terminé. On est dimanche soir, 22h, et je peux enfin m'endormir chez moi. Demain, je prends mon service l'après midi, je peux dormir sans culpabiliser.

01h00

Je ne comprends pas tout de suite la provenance des gémissement. « Vas-y salope ! ». J'ouvre les yeux et cligne frénétiquement des paupières. C'est vrai, je suis au studio. Chez moi. « Clac, clac ». Mais qu'est-ce que... ? Les gémissements reprennent de plus belle. Est-ce que le quinquagénaire, alors que sa femme dort -la bienheureuse!- mate un porno ? « Tu aimes ça, hein ? ». Tout à fait réveillé, j’ai un hoquet de surprise : c'est la voix du voisin ! Celui à la moustache pleine de panache. Et bien, leur couple tient la forme... Avec un sourire, je prends ma petite bouteille d'eau.

« Laisse-moi la place ! » Je m'étrangle et il me faut plusieurs minutes pour cesser de tousser. Je finis assise dans mon clic-clac, les yeux rouges et les joues en feu. Mais combien ils sont ?!

Les minutes s’égrènent aux rythmes du trio. Visiblement, madame est adepte de la fessée. Même quand ils ont fini, leurs bavardages, ponctués de rires, me tiennent éveillée. Je ne cesse de jeter des coup d’œil à mon réveil. S'ils ne venaient pas joyeusement de partouzer, je donnerais quelques coups dans le mur, histoire de montrer mon impatience. Hélas, je suis bien trop gênée...

En tout je subis leur libertinage pendant deux heures. Deux heures de repos perdu, moi qui suis épuisée par mon déménagement.

Je sombre de nouveau dans le sommeil, en tentant de me rassurer : ma foi, même le marquis de Sade ne passait sans doute pas TOUTES ses nuits à baiser bruyamment et en groupe...

 

« Non, non c'est un la ma chérie »

Cette fois le bruit vient de l'autre coté. On joue du piano en chantant. Abominablement. Finalement il y a une certaine harmonie dans cette cacophonie : les fausses notes accompagnent admirablement la voix aigrelette et nasillarde. Mon dieu ! J'ouvre un œil meurtrier : 7h30. Saccager la musique à cette heure indue ?!

Cette fois ce n'est plus possible ! Le manque de sommeil suffit à me faire oublier ma bienveillance et ma patience. Je me lève et enfile un pantalon et, sans prendre la peine de me coiffer, je sors sur le palier, bien décidée à menacer ma voisine des pires outrages. Elle ne peut pas attendre quelques heures avant de s'époumoner ainsi ? Pense-elle qu'une assiette de cookies suffit à me corrompre ? Alors que je lève le poing pour frapper vigoureusement, ma main retombe. Bien malgré moi, un gémissement s'échappe de mes lèvres pincées et des larmes m'aveuglent. Hélas, pas suffisamment pour que je ne puisse déchiffrer la plaque cuivrée : Madame Desmoussint – professeure de piano et de chant.

 

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03 mars 2018

Consigne d'écriture n°21 - «Écrire des vers »



La consigne

 

Écrire un poème dont les vers sont des octosyllabes (huit syllabes) ou des décasyllabes (dix syllabes).

 

Dico

 

Mon texte

 

Féminisme bienséant

 

Gardez ranger dans un tiroir

Votre morale de faux-jeton

Comme je veux dans mon prétoire

Toute en dentelle ou en coton

Toute en soierie ou en satin

Très maquillée ou la peau nue

Peut-être mère ou bien catin

Que vous importe ma tenue

 

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

Donc ne me dites pas comment

Taper des deux poings sur la table

 

 

Gardez ranger dans un coin sombre

Tous vos jugements hypocrites

Laissez-les donc moisir dans l'ombre

Car il n'y a pas de règle écrite

M'indigner nue ou en guêpière

La voix posée ou en hurlant

Prunelle sage ou meurtrière

Laissez-moi choisir mes élans

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

Donc ne me dites pas comment

Taper des deux poings sur la table

 

Alors gardez dans vos archives

Tous vos jugements maladroits

Je décide mes offensives

Et comment je défends mes droits

Être joviale ou acariâtre

Les jambes en jupe, en pantalon

Je ne vous permets pas de débattre

De la hauteur de mes talons

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

On ne me dira pas comment

Taper des deux poings sur la table

Car il n'existe aucunement

Un féminisme de bon ton

Qu'on ne nous dise pas comment

Relever fièrement le menton

 

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17 février 2018

Consigne d'écriture n°20 - «Titres de films »

 

 

La consigne

 

Ce qui peut arriver en une seconde

 

 

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Mon texte

 

Un battement de cil

 

Une seconde pour un battement de cil

Mais ma paupière ne frémit plus

Une seconde pour un baiser tendre

Mais mes lèvres restent closes

Une seconde pour une caresse amoureuse

Mais ma peau demeure froide

Une seconde pour tomber amoureux

Mais mon cœur rempli de brise

Une seconde pour un soupir de plaisir

Mais l'air me manque

Une seconde pour dire je t'aime

Mais tout se fane sur ma langue

 

Une seconde pour un message

Une seconde d’inattention

Une seconde

Et tu es perdu.

 

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03 février 2018

Consigne d'écriture n°19 - «Titres de films »

 

La consigne

 

Prendre 10 titres de films issus du classement IMDb et les utiliser en logo-rallye, c'est à dire les intégrer dans le texte que vous écrirez pour l'occasion... Voici les titres que je voulais insérer dans ma proposition : les évadés, la vie est belle, Léon, psychose, les lumières de la ville, le pianiste, la vie des autres, sueurs froides, du silence et des ombres, là-haut.

 

 

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Mon texte

 

Le club de la solitude

 

La climatisation poussive ne parvenait pas à rafraîchir l'air lourd et moite. Certains clients s'éventaient avec leur serviette cramoisie, imprimant à leur geste le rythme de la musique jouée sur scène. L'homme ne prenait pas cette peine : il supportait vaillamment la chaleur, même aggravée par le bourbon. Il enviait ceux qui avaient déjà déserté la ville, les évadés de l'été. Dans les rues ne restaient que les touristes et les pauvres hères dont il faisait parti. Il lui en aurait fallu du courage pour se dire que la vie est belle alors que l'air brûlait dans la cage à poule qui lui servait d'appartement. Léon pensait que cette chaleur, avec la promiscuité de la ville, pouvait rendre fou. Oui, la température avait joué un rôle dans la maladie de son voisin. Le quinquagénaire avait complètement craqué. Ses crises terribles avait obligé sa propre fille à le faire interner. Le vieux était toujours en pleine psychose.

La porte du club s'ouvrit sur un couple séduisant et Léon jeta un regard dehors où les lumières de la ville restaient invisibles dans la ruelle étroite. Alors qu'il reprenait une gorgée d'alcool, le pianiste entama une improvisation sur In a sentimental mood – des maître Ellington et Coltrane –, captant son attention. Très vite il préféra de nouveau observer les autres clients. Car Léon adorait cela : traîner dans les lieux public pour contempler la vie des autres. Comme pour se distraire de la solitude. Léon ne voyait pas le mal. D'ailleurs sa manie avait fini par sauver la vie d'un client quand, l'autre soir, celui-ci, soudain le visage rouge et mouillé de sueurs froides, avait porté la main sur sur cœur. Personne n'avait remarqué. Sauf Léon. Qui avait pu appeler les secours.

Un dernier coup de bourbon... Après l'atmosphère du club, l'air extérieur semble presque frais. Il sera bientôt à la maison où ne l'attendent que du silence et des ombres. Tous les soirs, c'est pareil, Léon retrouve la douleur de sa solitude. Il s'arrête là, au milieu de la ruelle, et, tête levée, ferme les yeux. Il tente de secouer sa tristesse, de se donner un peu d’énergie et quand il parvient enfin à entrouvrir les paupières, c'est pour voir que là-haut, pour une fois, il peut voir les étoiles. La musique, étouffée, lui parvient.

Alors il sourit.

 

 

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20 janvier 2018

Consigne d'écriture n°18 - «Incipit tiré d'un livre»

 

La consigne

 

Incipit au hasard d'un livre Phrase tirée de Gaspard de la nuit, Aloysius Bertrand, Mercure de France, 1920 ( 103-104). Livre III, V, Le Clair de Lune : « Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer vaticinait tout bas. »

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Mon texte

 

Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer vaticinait tout bas. Sous mes pieds-nus, le plancher grossier et sur ma peau la chaleur moite de cette nuit de juillet. Curieux de ce qui provoquait les plaintes des deux misérables, je m'approchai et jetai un regard avide sur l'extérieur : un vieillard s'entretenait avec Auguste, le mendiant presque officiel de notre quartier. Depuis que nous habitions la rue, je le croisais régulièrement. Toujours vêtu de quelques puantes guenilles, il traînait ses vieilles guêtres sous nos porches, vivotant de charité et d'absinthe. Régulièrement, la maréchaussée le ramassait pour le déposer à l'hospice d'où il sortait au plus vite pour rejoindre ce qu'il considérait comme son foyer. Selon Louise, la lavandière, Auguste avait laissé sa raison et sa jambe gauche lors de la guerre de Crimée. L'homme, inoffensif, rendait de menus services aux honnêtes gens contre un peu de pain. Même le père Antoine le traitait presque avec bienveillance alors que l'homme d'Église montrait une intransigeance peu commune envers la vermine des rues. Pour l'heure, Auguste subissait la colère du vieillard. Une obscure querelle où il semblait question d'une affaire de cœur ainsi que du vol de 20 francs. Vivement pris à parti, notre mendigot reculait à mesure que son vieil interlocuteur élevait la voix. Hélas, malgré mon intérêt pour l'affaire, je prenais cette dernière en cours de route. Désormais, Auguste se défendait âprement :

— C'te calotte! J'aurais dû la recorder c'te toupie ! Plutôt l'trou que ça ! J'ai jamais vu tes vingts balles. Plutôt faire la tortue que rincer un zigue. D'façon, la gueuse t'avait laissé.1

Malgré sa silhouette chétive, le vieux souleva le mendiant par le col... Si je voyais ses lèvres bouger, impossible d'entendre ce qu'il disait. Encore une fois, Auguste protesta vivement :

— Pas ma faute si la coquine t'a rincé ! Tout ça pour ses guibes2

Le pauvre hère ne put continuer, secoué en tout sens par son compère. Je me penchais un peu, espérant mieux voir la scène quand Marie m'interrompit :

— Ferme donc cette fenêtre et viens dormir.

Avec un soupir, j’obtempérais et me recouchais. Après plusieurs minutes à me retourner dans le lit, je me rendis à l'évidence : entre les ronflements sonores de mon épouse, replongée dans le sommeil, et la harangue sous nos fenêtres : impossible de m'endormir. Il fallait que ces traîne-savates empêchent le repos des honnêtes gens ! Mon sang s'échauffa et bientôt je me relevais, résolu à leur lancer le contenu de notre pot de chambre. Hélas, nulle miction n'avait rempli le récipient et, aveuglé par la fatigue et la colère, je jetais quelques habits sur mes épaules et sortait armé d'un tisonnier.

La dispute avait dégénéré... L'infirme gisait à présent dans le caniveau, inconscient, tandis que le vieux continuait à lui crier des injures. Résolu, je lui demandai de déguerpir au plus vite s'il ne voulait pas que j'en appelle aux forces de police. Sourd à mes menaces, il changea de cible et d'une poigne solide m'agrippa le bras. Sans plus raisonner, je levais le tisonnier, espérant qu'il me lâcherait. Le bougre ne bougea pas d'un pouce et je le frappai violemment sur la tempe. Le vieillard s'écroula dans un bruit mou. Pour ne plus se relever. La peur au ventre devant mon forfait, je me réfugiais chez nous, fermai à double tour et attendit l'aube. Déjà, je me voyais couvert d'opprobre, condamné au bagne ou, plus probablement, à la guillotine. C'est ma femme qui apaisa mon angoisse :

— Tu sais ce que m'a appris Louise ? Auguste, le mendiant... Il a été arrêté pour meurtre. Il a tué un vieil homme pour le détrousser. C'est avec lui qu'il se querellait cette nuit, tu te souviens ? Bah... Il fallait bien que cela arrive. Un vagabond pareil...

Je hochai la tête :

— Au moins les honnêtes gens seront plus tranquilles...

Le feu bien reparti, je reposais le tisonnier en souriant.

 

1Calotte : teigneuse ; Recorder : tuer ; Faire la tortue : jeûner ; Rincer: voler ; Zigue : ami

2Rincer : voler ; Guibe : jambe ;

 

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23 décembre 2017

Consigne d'écriture n°17 - «Horoscope»

 

La consigne

 

Écrivez un horoscope -fantaisiste ou sur un ton sérieux- pour l'année 2018. Faites-le pour le nombre de signes que vous voulez. Enfin, vous pouvez tout à fait choisir d'utiliser les signes chinois ou même la numérologie. Amusez-vous !

 

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Mon texte

 

Bélier (21 mars – 20 avril) 

Humeur

Cette année vous vous sentirez plus mouton que bélier. Il y a des périodes comme ça... Alors que vous aimez tant foncer tête baissée, la morosité vous transformera en petite chose malléable et flasque. Vous n'aimez pas cela ? Dites-vous que vos proches apprécieront !

Amour

Célibataire, si votre élément est le feu, vous brûlerez peu en 2018. Restez donc chez vous. Et mettez Youporn dans vos favoris. En mai, risque de tendinite chronique.

En couple, le bélier a beau ne pas être châtré, quand on ressemble à un stérilet on réfléchit avant de fonder une famille. La contraception, parlons-en...

Travail

Si vous avez un emploi, vous travaillerez. Sinon... ben non.

Taureau (20 avril – 20 mai)

Humeur

Après la pluie, le beau temps. Sauf en période de mousson. Évidement. Bref une année maussade. Investissez dans les sudoku.

Amour

Célibataire, vous devriez sortir plus souvent... À force de ne compter que sur vous-même pour la bagatelle, vous risquez d'être plus bœuf que taureau.

En couple, ce printemps vérifiez votre front ami taureau... Les cornes ne concernent-elles bien que votre signe ? Non, parce que fouiller son téléphone, ça peut être utile. Immorale mais utile.

Travail

Vos collègues sont agaçants ? Vous risquez fort d'être agacé, et même de voir rouge. Ils sont sympas, dites-vous que ce doit être vous l’emmerdeur du bureau. Dans tous les cas 2018 ne sera pas l'année des ambitions. Sauf peut-être à Candy Crush grâce auquel vous pourrez au moins réussir dans un domaine.

Gémeaux (21 mai – 21 juin)

Humeur

Après avoir lu votre horoscope, vous risquez d'être de mauvais poil. Tournez vous vers l'astrologie chinoise. Ou La boule magique 8.

Amour

Célibataire, et sinon, vous en êtes où de votre collection timbres ? Oui, celle commencée en avril 1997. Si vous n'avez pas de collection de timbres, c'est le moment d'y penser sérieusement. 2018 l'année de la philatélie !

En couple, vous aurez de soudaines envies d'acheter du Destop. Pensez à la congélation, c'est plus discret.

Travail

Vous saviez que la carrière de monsieur Patate n'exige que peu de compétences ? Lancez-vous, mais pas trop loin.

 

Cancer (22 juin – 22 juillet)

Humeur

Arrêtez donc de faire la gueule, ça donne des rides. Et ne souriez pas, vous avez l'air niais.

Amour

Célibataire, apprenez à vivre seul, sans amour et sans tendresse. Sinon les professionnels, c'est bien. Vous êtes pauvre ? prenez-vous en main et vendez vos charmes -laid s’abstenir, ça pourrait vous miner le moral-.

En couple, arrêtez de chercher la petite bête. Après tout, les morpions sont nos amis.

Travail

Répétez avec moi : non, glander sur Facebook ne fait pas parti de votre poste. Jouer au Dénimeur non plus. Alors ne vous étonnez pas des regards haineux de vos supérieurs.

Lion (23 juillet – 23 août)

Humeur

Imposez-vous l'écoute de toute la discographie de Justin Bieber. Deux fois. Ça fais du bien quand ça s'arrête ? Et voilà, vous êtes de meilleure humeur. Cette méthode vous sera particulièrement utile cet hiver. Puis au printemps et en été. Pour l'automne, essayez Jul.

Amour

Célibataire, Rabbit qui vibre, esprit plus libre. Bref, vous ne pourrez compter que sur vous-même. Comme d'habitude.

En couple, vos projets d'avenir étant aussi réalistes que la candidature de Loana à l'Académie française, contentez-vous de regardez la télé, l'allié des unions durables.

Travail

Reprendre vos études pourrait être une idée lumineuse. Ou de la drogue, plus coûteux mais plus efficace.

 

Vierge (24 août – 22 septembre)

Humeur

Méfiez-vous donc des couteaux cette année. Ça pique. Surtout planté dans le dos. Sinon faites du sport, avoir des courbatures vous distraira de votre vie médiocre.

Amour

Célibataire, si vous avez un(e) voisin(e) mignon(ne), allez donc lui emprunter son Nutella. Vous pourrez compenser. Parce que la vie n'a rien d'une comédie romantique. Surtout pour vous.

En couple, si vous êtes infidèle, attention à ne pas vous faire attraper par l'officiel(le). Vous êtes aussi fidèle que Lassie quand elle était vivante ? Mais pourquoi !?

Travail

Votre patron est un con ? Normal, il vous a engagé. Mais sinon 2018 sera placé sous le signe de la tranquillité.

 

Balance (23 septembre – 23 octobre)

Humeur

Vu que Vénus et Mars s'en balancent, essayez la méditation. Ou la marijuana. Ça vous détendra. Pour la seconde proposition, oubliez. Avec votre malchance, vous allez vous faire chopper.

Amour

Célibataire, vous pensiez vraiment lever ce(tte) blond(e) aussi sexy que les fesses pommelées de David Gandy ? Merci pour le fou rire. Achetez-vous une console, les jeux vidéos c'est la vie !

En couple, si vous vous laissez aller à pratiquer le coït, vous risquez -au choix- un claquage, de procréer ou de rester coincés. Bref, bouquinez, c'est plus prudent. Consacrez cette année à l'oeuvre de Balzac, il y a de quoi faire...

Travail

À force, vous êtes devenu un professionnel de la paresse. À vous voir à votre poste, qui croirait que vous n'en foutez pas une ? Bien joué ami balance.

 

Scorpion (23 octobre – 22 novembre)

Humeur

De petits maux de santé vous minera le moral cette année. Si vous êtes constipez, vous aurez du mal à faire caca. Prévoyez quelques sudoku, ça vous occupera.

Amour

Célibataire, bougez votre fondement et inscrivez-vous sur un site de rencontre. Vous serez toujours seul mais ça meublera vos soirées.

En couple, en février, la lune sera en vierge, prévoyez du lubrifiant. Ou dormez sur le canapé. Car oui, c'est une année à thème.

Travail

Si vous n'avez pas dormi sur le dit canapé et que vous travaillez assis, prévoyez d'emmener une bouée. Et repoussez donc votre séance d'aqua-poney.

 

Sagittaire (23 novembre – 21 décembre)

Humeur

Vous angoissez parce que vos bonnes résolutions de la nouvelle année n'ont pas tenu le premier mois ? Nulle inquiétude ami sagittaire, vous êtes juste faible. Ence 2018 lâchez donc prise et acceptez la mollesse de votre caractère.

Amour

Célibataire, à la fin de l'année, vous allez probablement faire une rencontre surprenante et pleine d'émotion. Sans doute avec de l'herpès génital. Consultez et n'oubliez pas de prévenir vos ex.

En couple, le même problème d'herpès que vos petits camarades célibataires ? Si vous êtes fidèle, posez-vous des questions.

Travail

Si vous travaillez, RAS. Si vous êtes à la recherche d'un emploi, idem. Mais arrêtez de croire que Pôle emploi vous aidera à trouver du boulot, à votre âge il serait bon de fuir le pays magique des Bisounours.

 

Capricorne (22 décembre – 19 janvier)

Humeur

Cessez donc de faire chauffer la carte de crédit et rappelez-vous : si c'est gratuit, c'est joli. Si vous résister aux sirènes de la consommation, cette année sera plutôt sereine.

Amour

Célibataire, comme on l'a dit, les économies sont de mises. On renonce donc aux amours tarifées et on lui préférera une séduction sans dépense. Si vous êtes vilain et sans conversation, mettez donc à contribution votre vieille collection de porno des années 90.

En couple, vous avez bien de la chance, vous pouvez toujours essayer de soutirer de l'argent à votre moitié. Si vous êtes marié sous le régime de la communauté, cela ne servirait à rien. Môman avait raison pour le contrat de mariage...

Travail

Ne rêvez pas à une augmentation, si vous n'êtes pas capable de gérer votre propre salaire, il est probable que vous soyez un élément médiocre de votre entreprise.

Verseau (20 janvier – 18 février)

Humeur

En mars, la pleine lune en Balance en Trigone de soleil vous mettra de bonne humeur. On ne s'excite pas ami Verseau, trigone ne sous-entend rien de cochon. Dommage...

Amour

Célibataire, rien de sexuel dans un trigone, on vous a dit. Alors sortez de ce site qui vous promet un plan à trois pour la soirée. Ça n'arrivera pas. Sauf si vous avez un compte en banque plus rempli que votre cervelle. Ou des seins.

En couple, peut-être un trio, oui, mais au Uno. Ou au Trivial Pursuit. En plus, vous allez sans doute perdre.

Travail

En 2018, vous ne compterez pas vos heures supplémentaires. Votre patron non plus, alors dites adieu à votre week-end à Venise en mai.

 

Poisson (19 février – 20 mars)

Humeur

Méfiance, votre entourage n'est qu'une bande de ratés assoiffés de sang. Montrez-leur que vous n'êtes pané de la dernière pluie. Conseil pour 2018 : la solitude est la solution. Vraiment.

Amour

Célibataire, attention, cette année l'eau mouille et quand c'est mouillé, faut partager. Vous pouvez toujours essayer les boîtes échangistes. Si vous être repoussant(e), faites boire votre proie.

En couple, dans la même idée, vous savez ce qu'on dit ? Si c'est mouillé, faut pas gâcher.

Travail

Cet été, au lieu de porter votre costume/tailleur du dimanche, mettez donc du déodorant, comme le dit le proverbe « Peu importe la beauté d'une truite, elle sentira toujours le poisson. »

 

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09 décembre 2017

Consigne d'écriture n°16 - «Une fable»

 

La consigne

Écrivez une fable. Pour la forme, libre à vous... Mais surtout amusez-vous !

 

 

Mon texte

 

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La punk et le joueur de sitar

Une punk en soucis de voisinage

À force de jouer à fond de sa guitare

Vit la police, si elle n'était point sage

Lui promettre quelques mois au mitard.

Hélas, la rebelle, sourde à ces menaces

S'en alla défier tout le quartier

Et s'écria au centre de la place :

« Fuck the police, vous faites vraiment chier ! »

Un galant, surprenant cette complainte

Et trouvant la punk de fort belle mine

Voulut savoir à quoi rimait ses plaintes

Et voici ce que lui dit la coquine :

« Toutes les commères s'en vont en cabale

Car, mon mignon, âme esseulée s'ennuie

En mal d'amour pour que mon cœur s'emballe

Je joue du punk à toute heure de la nuit. »

Le damoiseau émut par tant de grâce

Lui fit alors cette proposition :

« Si ma sérénade vous laisse de glace

Je prendrais publiquement position

Sur l'honneur, je punirais ces commères

D'avoir alerté ces maudits gendarmes

Mais si mes chants vous rendent moins amère

Vous me céderez et rendrez les armes.

Dès lors, abandonnant votre colère

Vous ne jouerez que de mon instrument

Et serez comblée par les quelques airs

Que je vous offrirais en tant qu'amant. »

La punk, attendrie, en fit la promesse

Et le soupirant sortit son sitar

Il en joua si bien, avec tant d'adresse

Qu'elle voulu aussi en jouer sans retard.

L'amour ayant conquis ce cœur volage

Ses guitares se turent désormais

Confirmant ainsi ce puissant adage

Il vaut bien mieux sitar que jamais.

 

 

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25 novembre 2017

Consigne d'écriture n°15 - «Logo rallye musical»

 

La consigne

Cela commence avec une explosion Choisissez un album que vous appréciez -en français hein...-. Vous devrez inclure chaque titre de chanson. Par exemple, pour le dernier album d'Orelsan, il faudrait inclure : la fête est finie, San, basique, tout va bien, défaite de famille, la lumière, bonne meuf, quand est-ce que ça s'arrête, Christophe, zone, dans ma ville on traîne, la pluie, paradis, notes pour plus tard. À toi de jouer !

    

Mon texte

 

Pour cet exercice, j'ai choisi un album qui a accompagné mes jeunes années. Sorti lorsque j'avais 15 ans, « Alors »  du génial groupe de rock français Pigalle, je ne saurai trop vous recommander de l'écouter si vous ne connaissez pas. Je devais donc inclure dans mon texte : alors, geindre, faut pas s'inquiéter, Betty, à quoi servent les prières, parking, joyeux anniversaire, qu'importe les spasmes, ronde, si dormir faisait, allaient-ils s'aimer ?, Il Incesta, anguille, fond de cale, il y a dans les rues de la ville, il faudra bien t'asseoir.

 

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Alors que ses journées consistent à écouter geindre les clients, elle-même ne se permet pas la moindre lamentation. Pour ses collègues, elle reste la petite boulotte du poste 201. Celle toujours de bonne humeur, prête à s'esclaffer à la machine à café, la gentille blonde qui ne perd jamais son calme. Même quand le vingtième appel de la journée s'ouvre sur des insultes. D'ailleurs, les nouveaux se retrouvent sous son aile et, depuis huit ans qu'elle travaille dans l'immense centre d'appel, elle a formé la majorité des employés. Parce que personne ne reste très longtemps dans le call center. Tante Josiane lui dit souvent qu'elle finira par craquer, qu'elle échouera en maison de repos, sa cervelle de moineau noyée dans les calmants. Qui peut subir une telle pression sans finir cinglé ? « Faut pas s'inquiéter pour moi, Josiane. » répond en souriant Betty. Puis elle repart en chantonnant un refrain des années 80. Mais elle ne démissionne pas.
Le matin, elle se rend à pied à l'arrêt de bus. À Basfroi, Antoine monte et se faufile à côté d'elle. Régulièrement le jeune homme, un grand échalas aux yeux globuleux, lui propose un ciné. Il a deux passions dans la vie : regarder la F1 à la télé et les gros seins. Faut dire que Betty est abondante de partout et Antoine s'adresse toujours à sa poitrine avec beaucoup de tendresse. Elle décline mais il ne baisse pas les bras. Il supplie le Dieu Nichon pour qu'un jour la blonde lui cède. Mais à quoi servent les prières en matière de sexe ? Betty continue de refuser en souriant.
Ce mardi ne fait pas exception. Comme toujours, elle entre par le parking pour pointer plus rapidement. Betty allume son ordinateur avant de se tourner vers sa voisine. Elle lui claque une bise par dessus la cloison. La collègue lui lance un généreux « Joyeuxanniversaire ! Trente ans, ça se fête ! ». Betty avait complètement oublié l’événement et, toute à sa surprise, elle regarde Aurélie sans répondre. La grande brune, aussi fine et molle que du fil dentaire, plaisante un moment sur son grand âge puis retourne à son poste. Trente ans... Betty a trente ans. La jeune femme sent son estomac tressauter et des points noirs dansent devant ses yeux. Avant de pouvoir s'abandonner à cette angoisse, le téléphone sonne. Qu'importe les spasmes de panique qui montent en elle, il lui faut répondre. Replaçant son sourire habituel, Betty se plonge dans le travail. Elle subit les humiliations habituelles avec son pragmatisme légendaire. La douleur arrive en une petite heure. Avant la fin de la journée, la migraine sera intolérable et le casque insupportable. Depuis quelques mois, son médecin l'a arrêtée plusieurs fois et insiste pour qu'elle consulte un ORL. Elle a souri au docteur mais ne fera rien.
Peu avant sa pause, elle reçoit une convocation chez Trottier. Une sueur glacée la fait frissonner : le chef de plateau délègue tout aux superviseurs alors pourquoi veut-il la voir ? La jeune femme se lève et l'étau semble se resserrer autour de son crâne. Comme si son cœur, désormais logé derrière son front, voulait s'échapper. En passant devant le mur vitré du couloir, elle jette un coup d’œil sur sa silhouette ronde et tire plusieurs fois sur sa tunique. La migraine s'intensifie et Betty se demande comment elle va pouvoir parler. Si dormir faisait passer les symptômes... Mais parfois elle se lève avec la douleur. Elle masse sa nuque en marchant. Le grand chauve l'attend, son costume gris impeccable. Depuis deux mois, tout le monde sait qu'il est d'une humeur d'ogre un jour de disette. Il faut dire qu'un petit scandale secoue le centre d'appel. Une rumeur persistait depuis longtemps sur lui et Caressi, une téléconseillère aux allures de poupée gonflable. On avait remarqué leur parade nuptiale. L'homme marié ne cessait de mater la jeune femme et cette dernière passait son temps à minauder avec lui. Bientôt les paris avaient été lancés : allaient-ils s'aimer et commettre l'adultère ? Puis on avait appris que madame Trottier demandait le divorce. Elle les aurait surpris en fort mauvaise posture.
Betty sait tout cela et qu'elle risque de s'en prendre plein à la tête. Le chef de plateau commence son discours bien huilé. Chiffres à l'appui, il lui reproche de manquer de dynamisme. Ensuite il lui passe un enregistrement et souligne chacune de ses faiblesses. Face à ce procès, Betty garde le silence. La douleur augmente encore. Mais il attend qu'elle s'excuse, qu'elle promette de faire mieux, de devenir une téléconseillère modèle. La jeune femme, incapable de parler, se contente de lui sourire, contrite. Ce qui semble agacer Trottier qui, le regard froid, lui lance :
« Je suppose qu'il ne faut pas s'étonner que votre mollesse ne se cantonne pas seulement à vos fesses. »
La valse des points noirs s’accélèrent et Betty a l'impression qu'on lui enfonce un sabre dans la boite crânienne.
C'est là que la colère arrive.
Une colère dont elle ne se savait pas capable. Elle a pourtant eu son lot d'injustices, Betty... Même quand elle se souvient de l'alcoolisme de maman. Même quand le moment affreux lui revient, ce que papa a fait. Cette nuit où il incesta.
Betty essaie de revenir à la réalité mais le moment présent glisse comme une anguille entre ses pensées. La chaise de bureau est toute légère entre ses mains et c'est sans aucune lenteur, sans aucune mollesse qu'elle la lève au-dessus de sa tête. Elle frappe. Et frappe encore. Elle n'aurait jamais cru que tuer quelqu'un ferait si peu de bruit. Celui-ci n'empire même pas sa migraine. Bien moins que les voix aigres dans le casque... Il y a du sang sur sa tunique. Sur ses mains. Il ne respire plus mais la flaque de sang continue de s'étendre sur la moquette grisâtre. C'est joli ce contraste... Elle prend le téléphone.
La police arrive très vite. Bientôt, elle se retrouve à expliquer :
« Faut noter que j'vous ai appelé. Que je me suis livrée tout de suite et tout ça. Faut que j'appelle un avocat ? Comme dans les séries ? Parce que je suis honnête. Je connais pas d'avocat moi... Ni rien. Ça va coûter cher ? J'suis pas à fond de cale mais j'suis pas riche... Notez-le que j'suis pas riche. Que je vous suive ? Je risque de rentrer tard ? J'aime pas rentrer la nuit. Il y a de ces cinglés dans les rues de la ville... J'veux pas me faire agresser. Même que l'autre soir, y avait des racailles dans le bus. Et j'étais toute seule. J'ai eu peur en montant. Je savais pas si je devais rester. Puis je me suis dit « Betty, il faudra bien t'asseoir alors vas-y, ne les regarde pas, c'est tout». Mais j'ai eu peur. Ça a souvent peur... Une femme seule...  »
Personne ne semble l'écouter, alors Betty se penche vers celui qui la pousse et murmure : « On pourrait pas s'arrêter faire une course, m'sieur l'agent ? Sinon j'pourrais pas faire de gâteau. »
Puis elle ajoute, avec un sourire éclatant :
« Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. »

 

11 novembre 2017

Consigne d'écriture n°14 - «Explosion»

 

La consigne

 

Cela commence avec une explosion

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Mon texte

Tout a commencé avec une explosion.

La journée me promettait une symphonie de contraintes. Un lundi comme les autres, avec son lot de ragots autour de la machine à café, sa ribambelle de courriers à ouvrir, de mails à trier, d'appels à transférer. Mon tailleur gris semblait assorti à mon emploi du temps. Des mois que je me désolais quotidiennement sur l'échec de ma vie : dix ans sans évolution professionnelle -secrétaire éternellement dévolue aux tâche ingrates- et une trajectoire amoureuse fade comme une soupe de navets... Même mon chat me faisait la gueule depuis que je l'avais abandonné pour une croisière moribonde avec ma mère. D'ailleurs j'étais à deux félins de devenir la folle aux chats : ce cliché de la vieille fille dont nous nous moquions tant mes copines et moi. Maintenant, elles sont toutes trop occupées, avec des marmots partagés avec leurs ex-maris et des familles décomposées comme l'est mon existence. Sauf que moi je n'ai rien à recomposer. Alors je continue à me lamenter, semaine après semaine. Sur ma solitude, l'ingratitude de mes proches, ma mère et sa mémoire en dentelle, ma sœur et ses problèmes de fric, mon cousin et ses cures de désintoxication. Ma thérapeute, lasse d'entendre mes jérémiades, a espacé nos séances.

9h32. Une enveloppe de plus. L'invitation s'adressait à la patronne de ma patronne. Un carton épais et mat fleurant bon les petits fours et les coupes de champagnes autour d’œuvres snobinardes. Je savais que madame Grimalier ne se rendait pas aux vernissages. La garce profitait, en plus d'une carrière florissante, d'une horde d'amants. Plus séduisants et plus jeunes que ne devraient le permettre les convenances. Pas le temps pour hanter les galeries d'art. Bref, cette entrée gratuite pour le royaume des couguars me faisait de l’œil. Je m'imaginais déjà : moi et ma petite robe noire qui ne m'allait pas si mal... Je me dégoterais un artiste de vingt ans à la barbe fournie persuadé de faire face à une femme de pouvoirs. Dans l'espoir que je finance sa carrière balbutiante de photographe underground, il se jetterait dans mon lit.

Alors oui, je n'avais pas résisté à l'attrait de mon fantasme. Le carton avait rejoint ma mauvaise imitation de sac haute couture. Rien que de sortir un lundi soir, ailleurs qu'au cinéma du coin -mon abonnement mensuel me tenant lieu de vie sociale-, c'était un séisme dans ma routine.

Ma petite robe noire et moi, on s'est offert le luxe d'un taxi.

Mon niveau d'attente revu à la baisse, j'attendais des plaisirs simples de la soirée : un moment à m’imaginer dans la peau d'une autre. Tant pis pour l'artiste de vingt-cinq ans sans le sou et sous mon charme de femme mûre... Oui, si je pouvais me gaver de petits fours en bonne compagnie, ce serait une réussite !

Le lieu, étroit et à moitié désert, se trouvait coincé entre un restaurant à sushis et un bar à tapas. Le genre de galerie miteuse à servir du mousseux à la place du champagne et des toasts au pâté au lieu de verrine de mousseline saumon fumée sous sa chantilly de fromage de chèvre. Tant pis.

Puis une explosion.

De couleurs et d'émotions. Une toile immense pour ce lieu minuscule. Le tout résolument contemporain. À mille lieux des impressionnistes que j'adore.

Une explosion de force dans les coups de pinceaux.

Là, quelque part dans mes entrailles tièdes, une chaleur monte. Mes yeux me brûlent. Chaque courbe me murmure un secret. Pour moi seule.

Rien ne peut empêcher ma bulle d'amertume d'éclater, fichant dans mon cœur comateux des bris de douleur et de désir. Devant moi, l’œuvre se trouble, filtrée par mes larmes.

Finalement je suis vivante.

 

Posté par Emilie Cognac à 09:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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