08 avril 2017

Consigne d'écriture n°3 - « S'inspirer d'une sculpture »

 

La consigne

 

Texte libre à partir d'une œuvre d'art sculpture – Niki de Saint-Phalle (Neuilly-sur-Seine, 1930 – États-Unis, San Diego, 2002), L'arbre-serpents,une sculpture-fontaine, résine et peinture polyuréthane, 1992.

 

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Les Textes

 

EDIT DU 09 AVRIL : Merci à Eerylin et à DURAMEN de leurs participations et de leur confiance. Tout l'intérêt de cette catégorie réside dans de telles contributions. J'espère que d'autres lecteurs se joindront à nous pour les prochaines consignes.

 

Contribution d'Eerylin

 

 

Viens.

 

Approche-toi.

 

S’il te semble que j’ai l’air étrange mais malgré tout familier, c’est que tu me reconnais. Souviens-toi. Sans passé, sans avenir, fragile et changeant, mes couleurs sans nuance éclatent sur mon écorce comme un arc-en-ciel d’émotions. Je suis l’avidité, la gourmandise, impatience qui surgissent et se rétractent en petites têtes de serpents colorés. J’ai le rouge de la créativité, de l’impulsion et du courage, le bleu de la joie, de l’infini et de l’insouciance. Je suis toutes les nuances de la liberté, des découvertes et de la magie. Je suis la vérité pourpre, précieuse et mystérieuse, ta vérité. Je suis ton plus fidèle soutien alors ne m’oublie pas, laisse-moi m’exprimer, laisse-moi vivre et si tu m’offres quelques crayons de couleur, des bulles de savon et des ballons alors promis, juré, craché, je te confierai la jeunesse éternelle, celle de l’enfant au fond de toi.

 

Contribution de DURAMEN

 

Si, lo so, les goûts et les couleurs ma sono un artista !
Pourquoi parles-tu italien ? Tu en prends même l’accent !! Alors que nous somme français !
Perché sono un artista !
Cela fait partie de ton excentricité d’artista, j’imagine ?
Regarde ! Siamo le centre dell'attenzione.
En même temps, tu fais tout pour que nous le sommes. Tu nous fais chanter, danser et nous habille comme des clowns. Regarde, on nous regarde d’un œil perplexe.
Io, dirò admiratif ! Regarde le sourire pétillant de cette petite créature.
Elle est encore naïve à cause de la jeunesse de sa vie. Regarde ses géniteurs, ils se lancent des regards perplexes ! P – E – R – P – L – E – X – E – S ! Perplexes !
Que veux-tu !? Siamo des artistes incompris !

 

Ma production

 

 

Longtemps mes peurs ont été en noir et blanc. Il semble que les cauchemars soient moins effrayants sur une palettes grise.

Longtemps mes peurs ont été en noir et blanc. Les adultes ne comprendront pas. Ils oublient ce genre de choses. Ils oublient de soulever les voiles. Ils possèdent la naïveté de la maturité. Présentez-leur une tragédie en dessin animé et trop souvent ils croiront en une comédie. Présentez-leur les enfers en couleurs et ils se penseront en sécurité. Ils ne repèrent jamais le diable sous un masque de carnaval.

 

Longtemps mes peurs ont été en noir et blanc, angoisses blafardes d’innocence ; la candeur dansant sur la cadence d'une valse monochrome. On ne voit pas ramper le drame qui vient nous mordre. Après que le sang de l'enfance ait sali le sol, mes cauchemars ont changé.

 

Alors mes peurs ont été en couleurs. Les serpents les plus chatoyants sifflèrent sur ma tête. Mes cauchemars répandaient leur venin dans les sillons de ma jeunesse. Les secrets fourchus glissaient sur ma peau tendre, laissant sur ma chaire les plaies les plus pernicieuses.

 

Alors mes peurs ont été en couleurs. Piquant ma pureté pour la moucheter de poison, les boas étouffaient fébrilement ma gorge fragile m'aveuglant de leurs écailles ardentes. Vifs, les carmins merveilleux. Vifs les bleus roi couronnés. Vifs les jaunes ingénus. Vifs les verts bouleversants. Et sous l'éclat des couleurs, se nourrissaient les vipères de ma tragédie personnelle.



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25 mars 2017

Consigne d'écriture n°2 - « Lipogramme »



La consigne

 

Après l'amorce de la dernière fois, j'ai préféré m'imposer une contrainte formelle. Vous connaissez le lipogramme ? Allons jeter un œil sur la définition : Œuvre littéraire dans laquelle on s'astreint à ne pas faire entrer une ou plusieurs lettres de l'alphabet.

J'ai donc choisi de ne pas utiliser la lettre « U »...

 

Mon texte

LettreU

Extrait de mon Art Journal


Le kidnapping

Les forces de l'ordre sont en alerte, les gyrophares projettent des rondes colorées dansant avec le macadam sombre. L'agent Wolowski donne ses ordres de sa voix aigre : le temps presse ! Le technicien déploie le matériel nécessaire et les policiers interrogent les témoins. En cet instant, les indices ont la légèreté des top-modèles parisiens. Dolorès Galandry a rapporté vingt fois la scène : la victime rentrait chez elle, après l'école. Sac à dos violet, jeans noirs, polo vert pomme. Elle venait de se séparer de sa camarade à l'intersection précédente. Les amies faisaient en général le trajet ensemble. La camionnette noire avait ralenti et l'homme -grand blond capillairement fort limité- s'était saisi avec violence de la lettre. Il l'avait jetée à l'arrière, était remonté, et son acolyte -la vieille était incapable de le décrire- avait démarré en trombe. Le sac d'école était resté là, petit cadavre violet. Dolorès jardinait -l'activité de ses vendredis après-midi-, elle s'était précipité chez la famille de la victime.

Madame Phonème a l'impression de descendre en enfer, l'attente est interminable. L’œil bordé de tristesse, elle tripote son alliance, les mains agitées de tremblements intermittents.

— On n'est pas riches... Je ne comprends pas.

Les lèvres serrées, lame de rasoir rose pâle, elle répète :

— Je ne comprends pas.

Mais Wolowski reste concentré :

— Si ce n'est pas l'argent... Votre mari est bien magistrat ?

— Il travaille à l'AS. Il gère l'admission des termes d'argot.

— En octroyant les permis de travail à ces derniers, n'est-ce pas ?

— Il est en séminaire à Perpignan. Je l'ai appelé, il va arriver. Je... Elle est si gentille ma petite lettre. Elle travaille bien à l'école. Elle rêve de devenir sigle.

La mère montre les derniers contrôles de sa fille : des A à foison. Incapable de se contenir, elle fond en larmes :

— Mon bébé... Ma petite voyelle... Rendez-la moi... Rendez-la moi...

 

Dès son arrivée, Gaspard Phonème prend sa femme dans ses bras et, sans regarder Wolowski, demande :

— Alors ?

— Mes hommes interrogent les voisins. Si les malfrats téléphonent, notre technicien enregistrera la conversation afin de les localiser.

La sonnerie retentit. Les parents ne savent s'ils doivent décrocher... Le hochement de tête de Wolowski donne à Gaspard la force de répondre :

— Allô ?

La voix énonce, désincarnée :

— La petite va bien et si notre demande est respectée, ça restera le cas. Sinon...

— Donnez-moi vos exigences... Allez-y. Je ferai mon possible.

— On exige le retrait de permis de liaison... Simple, dans votre position de magistrat.

— Je le ferai mais rendez-moi ma fille.

— Après le retrait.

Il n'insiste pas :

— Donnez-moi le mot concerné.

— Haricot. Le h aspiré devra être LA prononciation admise. Pas ce z infâme. Compris ? Les haricots resteront célibataires. Sinon...

Gaspard est dépité :

— Pardon, sir gangster... Mais c'est impossible.

— Im-... Ne mettez pas la santé de la petite en danger, Phonème.

Derrière les paroles d'acier, le père entend « Papa, papa... ». Le malfrat reprend :

— Alors... Phonème... Décidé à coopérer ?

— Je travaille à l'AS. Je n'ai pas accès à ce dossier.

— Plaît-il ?

— Le fichier P127T concernant les liaisons tolérées fait parti des démarches AT, pas AS. Moi, je gère les fichiers P125, P336 et P700BZ.

— Mais...

— Dans le cadre des permis 127T, c'est Alphonse Sème le responsable. Et encore... Le retrait de P127T exige le tampon officiel de la chargée des volte-face, Clitorine Zangbi. La démarche est très simple, Sème doit remplir le dossier 13B7P117T. Après, il le transfère à l'AS, donc moi. Je vérifie si le dossier est complet. Si c'est le cas, je le transmets à Zangbi. S'il le tamponne alors on finalise en demandant la certification ministérielle. Encore très simple...

Catastrophe : le monstre a raccroché ! Comment va-t-il le dire à sa femme ?

 

Après cet échec, les choses stagnent. Le soleil se lève, l'espoir abandonne la famille... Les parents sombrent dans le désespoir.

Le grincement de la porte d'entrée déconcerte Wolowski, la fillette s'avance :

— Papa ! Maman !

L'enfant s'élance dans les bras de madame Phonème :

— Ma petite U, ma poupée ! Te voilà de retour chez nous !

L'agent Wolowski, retrouvant enfin sa volubilité habituelle, s'accroupit devant la petite voyelle :

— Ceux qui t'avaient emmenée... Ils ont dit quelque chose ?

— Ils m'ont déposée devant l'école. Puis le grand chauve il a dit qu'il abandonnait le kidnapping mais pas la lutte pour la langue.

Vraiment ?

— Ouais. Même qu'il a pleuré longtemps... Il arrêtait pas de dire : « Putain d'administration... Putain d’administration... »



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11 mars 2017

Consigne d'écriture n°1 - « C'est ici »

 

La consigne

 

Comme je vous l'avais annoncé le 25 février, j'ai décidé de suivre régulilèrement une consigne d'écriture... Pour le premier exercice, j'ai choisi un classique des ateliers d'écriture, avec une amorce « C'est ici » que l'on répétera plusieurs fois de la manière qu'on préfère: en début de vers, en début de phrase ou même de paragraphe. Voici ma production...

 

Mon texte

 

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Madame Charpentier et ses enfants (1878), Renoir


C'est ici que le bonheur...

C'est ici que le bonheur se voit si on fouille bien.



C'est ici que mon regard prend racine

Dans ce joyeux bordel du quotidien

Dans ce fatras imparfait des routines

Dans une carte postale ou d'autres riens

Dans les bêtises des enfants si petits

Dans les soucis, ciment de nos patiences

Dans le parc qui accueille nos sorties

Dans l'amour caché au creux des silences



C'est ici que le bonheur s'entend si on fouille bien.



C'est ici que la musique a un sens

Dans le rire de mon fils et de mes filles

Dans leurs larmes, leurs sourires, leurs insolences

Dans les disputes ou bien les jeux de billes

Dans les soupirs de plaisir de nos nuits

Dans la comptine qu'on chante en promenade

Dans les plaintes, les chagrins ou les ennuis

Dans les tendresses qui stoppent les jérémiades



C'est ici que le bonheur se respire si on fouille bien



C'est ici qu'on sent l'odeur du foyer

Dans la promesse d'un plat en train de cuire

Dans le déo d'un ado bien sapé

Dans les roses que tu viens de m'offrir

Dans l'enfance qu'elle porte sur sa peau

Dans le café qui rend tout plus facile

Dans les longs repas des jours de repos

Dans le pain perdu des mois difficiles



C'est ici que le bonheur se caresse si on fouille bien.



C'est ici que je frôle le soleil

Dans les velours brillants du carnaval

Dans la fraîcheur de nos heures de sommeil

Dans l'herbe de la colline qu'on dévale

Dans le satin de ton corps sur le mien

Dans le coton des body que l'on range

Dans la paume de ta main qui me soutient

Dans la soie neuve de ses cheveux d'ange



C'est ici que le bonheur se reconnaît si on fouille bien.



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Posté par Emilie Cognac à 11:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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25 février 2017

10 raisons de pratiquer des exercices d'écriture

 

Si ceux qui aimeraient écrire sans oser passer à l'acte se tournent facilement vers les ateliers d'écriture, les écrivants1 se montrent parfois réticents à suivre des consignes. Or il existe de très bonnes raisons de pratiquer régulièrement de tels exercices...



Pourquoi suivre des consignes d'écriture ?

 

10 raisons

 

Envie de tenter l'aventure ?

 

Environ une semaine sur deux, je m'imposerai une consigne d'écriture et publierai ma production ici. Pour ne pas multiplier les publications, j'ai décidé de ne pas partager d'avance l'exercice sur le site mais de donner ce dernier dans la newsletter.

Machine

En vous inscrivant à la newsletter, vous pourrez donc recevoir les consignes directement dans votre boite mail...

Alors...

Prêt à me suivre ?

 

1Ceux qui pratiquent l'écriture au sens large du terme