01 juillet 2017

En hommage à Simone Veil : le sang des femmes

Qui a entendu le cri

Silencieux de Maria

Quand le médecin lui a dit :

Ton nouveau-né mourra ?

Condamnée à la grossesse

Pour ne donner que la mort

Par une loi sans souplesse

Sans pitié, sans remord.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Chili, rien ne console

L'espoir qu'on assassine.

Ses larmes souillent ton sol

Ma belle terre latine.

 

Qui soigne la joue meurtrie

De la discrète Florence

Violentée par son mari

Dans un foyer de silence ?

À genoux et tremblante

Elle nettoie son propre sang

Quand les langues avoisinantes

Ne se délient pas un instant

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô France rien ne console

Qu'ainsi on reste myope

Au sang qui souille ton sol

Ma belle terre d'Europe

 

Qui a vu la terreur

Dans les yeux de Ramatou

Quand la vague de douleur

S'est propagée partout ?

Et l'utérus en charpie

Mourir à vingt printemps

Car dans son pays

On meurt d’avortement.

 

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Niger, rien ne console

Cette mort sans logique

Son sang souille ton sol

Ma belle terre d'Afrique

 

Qui a compris la rage

D'Arefa que l'on hisse

Sur une table du village

Pour lui écarter les cuisses ?

Sa mère l'encourage

Lorsque la lame entame

D'un geste en héritage

Son intégrité de femme.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Car vraiment rien ne console

Cette barbarie ancienne

Son sang souille ton sol

Ma belle terre indienne

 

Qui pense encore à Sara

Enceinte de son violeur

Morte de son embarras

Pendue à un arbre en fleur ?

Une guerre sans conscience

Où le viol est une arme

A noué dans le silence

Une corde tissée de larmes.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Syrie, rien ne console

Ce suicide terrifiant.

Son sang souille ton sol

Ma belle terre d'orient.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

De la banquise aux Antilles

Rien ne console la Terre

Quand le sang de nos filles

Forment des rivières

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Tous droits réservés - Émilie Cognac - http://www.ecrhistoires.fr/

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18 mai 2017

Lettre à ma fille

 Ma fille,

 

Déjà onze ans que je célèbre tes premières fois.

 

Premier sourire que je souhaite suivi de beaucoup d'autres. Pour que la joie inonde ton quotidien.

Premiers pas vers un avenir que j'espère riche d'expériences. Pour que tu connaisses le goût de la vie dans toutes ses nuances.

Premiers mots que je désire forts. Pour que ta voix résonne quand il le faudra.

Premiers pourquoi auxquels je réponds toujours. Pour que ta curiosité porte tes convictions.

Premier jour d'école, premier trajet seule, premiers chagrins, premières consolations...

 

Déjà onze ans que je célèbre tes découvertes.

 

Hier soir, encore, tu es rentrée avec une première fois.

 

Première main sous ta jupe. Première main d'un garçon qui s'égare sans ta permission. Ta colère, tes questions, tes doutes.

 

Et je vois les années qui déboulent...

À pleurer tes premières fois.

 

Première fois à être sifflée dans la rue, toi qui ne te retournes pas, et un « Salope ! » qui résonne fort dans ta jeunesse.

Première fois à entendre que, quand même, elle l'avait bien cherché, cette fille à la une des journaux, bafouée dans son corps et sur la page.

Première fois à rester crispée dans les transports, en sentant une érection se frotter contre toi, qui hésites entre le scandale et les larmes.

Première fois à marcher en contemplant tes pieds, juste au cas où un connard se croirait tout permis parce que tu aurais croisé son regard.

Première fois où tu rangeras une tenue au fond d'un placard, avec un soupir de regret, parce que trop moulante, trop courte, trop femme pour ce monde où c'est aux victimes qu'on demande des comptes.

Première fois à laisser une remarque sexiste passer. Pas parce que tu es d'accord, ni par lâcheté, juste par lassitude. Parce qu'il faut choisir ses combats.

Première fois à sentir la main insistante de cet homme, un que tu désires, auquel tu faisais même confiance, que tu aimes peut-être, qui appuie sur ta tête. Comme si la fellation était son droit. Comme si ton refus ne suffisait pas.

Première fois à dire un non qui sera ignoré. Puis à devoir te justifier. Parce que dans ce monde là, certains pensent qu'il y a de bonnes et de mauvaises victimes.

 

Hier soir, tu es rentrée avec une première fois.

Juste une main aussi petite que la tienne qui a fouillé sous ta jupe. J'ai senti ton regard posé sur moi : pourquoi maman ?

Je n'ai pas de réponse. Pardon.

 

Hier soir, tu es rentrée avec cette première fois.

Une de celles que je ne célébrerais pas.

Et pour la première fois depuis que je suis ta maman, me rappeler qu'aujourd'hui c'est aussi cela être femme.

 

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