17 juin 2017

Consigne d'écriture n°7 - « Personnalité obsessionnelle-compulsive»


La consigne

 

Écrire un texte mettant en scène un personnage souffrant du trouble de personnalité obsessionnelle-compulsive (préoccupation pour l'ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel.)

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Mon texte

 

La lumière de l'aube peinait à traverser les lourds rideaux lorsque la sonnerie retentit dans la maison. L'homme grogna contre ce réveil intempestif puis, conscient qu'un appel aussi matinal n'augurait rien de bon, il se dressa dans son lit, combiné à l'oreille. Ses yeux embrumés de sommeil retrouvèrent tout à coup leur lucidité. La conversation fut brève, quelques échanges brutaux sans sensiblerie.

Albert Bardaux resta immobile plusieurs minutes, la main crispée sur le téléphone, dardant un regard vide sur la tapisserie taupe : Claudine était morte la veille. Peu après 15 heures. Elle n'avait pas souffert, de cela il n'en doutait pas. Mardi, jour de sa dernière visite, la pauvre était assommée de morphine. Heureusement que celle-ci avait agi jusqu'à la fin... On les avait prévenus que ce n'était pas toujours le cas avec cette sorte de cancer. Passant des doigts tremblants dans ses cheveux d'une épaisseur encore convenable, il se leva pour enfiler sa pantoufle droite. Puis la gauche. Jacques, le mari de sa sœur, l'avait prévenu qu'ils n'auraient que la journée pour lui rendre un dernier hommage. L'enterrement aurait lieu le lendemain.

Après une agonie de plusieurs semaines, le veuf voulait en finir.

En robe de chambre bordeaux, Albert mit le café en route et sortit sa tasse avant de l'essuyer avec un chiffon propre pour ôter la poussière de la nuit. Il jeta un coup d’œil sur la pendule murale : 7h27. Il ne se levait jamais avant sept trente tapantes aussi attendit-il trois minutes avant de se rendre aux toilettes. Debout devant la cuvette, il retint un grommellement d'agacement : depuis plusieurs mois, il avait de plus en plus de mal à uriner. Il lui faudrait consulter. Alors qu'il se focalisait sur la santé de sa prostate, la nouvelle le frappa de nouveau. Pendant quelques secondes il avait oublié la mort de sa petite sœur. Ils se voyaient peu avant sa maladie. Il faut dire que tout les opposaient : leurs caractères, leurs goûts, leurs modes de vie. Pourtant apprendre son état avait été un coup dur. Claudie n'avait pas cinquante ans.

Ne dérogeant pas à son emploi du temps, il but son café en écoutant les nouvelles puis lava, rinça et essuya soigneusement la tasse et la cuillère avant de les remettre à leur place. Toujours en robe de chambre, il fit couler l'eau froide puis ajouta progressivement l'eau chaude. Quand la température de la douche lui convint – 24 °C sur le thermomètre bleu en forme de poisson qu'il utilisait depuis une décennie – il se dénuda pour se placer sous l'eau. Il se savonna soigneusement, se rinça avec autant d'attention avant de recommencer. Les pieds sur le tapis un peu rêche, il se sécha vigoureusement avant d'enfiler la tenue préparée la veille. Lavage de dents, brossage de cheveux... Il enchaînait ses ablutions matinales en songeant à sa sœur.

Après plusieurs traitements, le constat avait été cruel : le cancer avait encore progressé. Il ne restait que les soins palliatifs. Albert se souvint du chagrin de Jacques. De son courage aussi. Il n'avait jamais beaucoup aimé son beau-frère, un dilettante professionnel qui n'avait jamais fait preuve de la stabilité d'un chef de famille. Claudine disait souvent que grandir entourée d'un père et d'un frère rigides l'avaient poussée à épouser un artiste. Albert réprima un sourire : sa sœur ne s'était jamais plaint de son choix même si lui-même de le comprenait pas. Huit heures : consultation de son agenda. Jeudi 7, finir la traduction pour Morton. Plusieurs heures de travail l'attendaient. Avec un soupir, il se promit de se presser : Claudine l'attendait et il en avait pour deux heures de route. Vite... Vite... Il s'installa à son modeste bureau d'angle et sorti le dossier. En dépit de ses connaissances, honorables, en informatique, il commençait par une première version à la main.

Il nettoya son bureau : on ne peut pas être efficace dans la saleté. Ensuite, il tailla méticuleusement ses crayons, Albert ne supportait pas les mines émoussées. Enfin, il disposa à droite de son brouillon ses ouvrages de référence franco-russe. Il pouvait se mettre au travail. Les heures passèrent rapidement et chaque étape de la traduction fut revue plusieurs fois. Jusqu'au brouillon final. Il ne s'interrompit que pour son déjeuner du jeudi : jambon de Bayonne et crudités suivis d'une salade de fruit. Après avoir tapé son travail, il en fit trois lectures, chacune séparée d'une pause de quinze minutes. Lorsqu'il éteignit l'ordinateur, il conclut sa journée de labeur avec le classement de ses papiers, le rangement des livres et crayons puis un nettoyage rapide du bureau. C'est seulement quand tout fut à sa place, qu'il se permit de jeter un œil curieux sur sa montre. Dix-sept heure cinq. S'il partait maintenant, il aurait peut-être le temps de dire adieu à Claudine.

 

 

Au volant de la petite citadine, Albert trépignait. À cette heure de pointe, la route n'en finissait pas... La nationale était bondée et il regretta presque d'avoir respecter ses principes en refusant de prendre l'autoroute. Il ne le faisait jamais pour aller à Rouen. Jamais. Quand il se gara la sueur perlait à son front et collait son dos au siège. Courant presque, il se rendit à l’accueil, où une dame, désolée, lui expliqua que les pompes funèbres avait pris le relais un quart d'heure plus tôt. Dépité, il téléphona à son beau-frère qui, en colère, lui rappela l'avoir prévenu. Albert bredouilla des excuses avant de raccrocher. Sans démarrer sa voiture, dans le parking de l'hôpital, il pensa à sa journée. À son emploi du temps. À ses crayon impeccablement taillés. À sa traduction si parfaite. Et il se mit à pleurer.


 

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15 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 2/3

 

Enfin le deuxième volet de la série « Écrire une histoire » ! Si vous n'avez pas eu l'opportunité de lire la première partie, vous pouvez la découvrir ici. Pour ceux qui ont suivi cette étape, vous disposez à présent d'un paragraphe -ou plusieurs- qui développe votre idée. Et aujourd'hui on passe à l'écriture...

Comme il y a presque autant de méthodes pour cela que de pratiquants, je vais vous présenter les profils les plus courants et les plus caricaturaux. Exposer ces recettes ce n'est pas en prôner une par rapport à l'autre. Encore moins donner des routes goudronnées desquelles on ne peut plus sortir une fois le voyage entrepris. C'est plutôt une manière de dire : si vous bloquez, prenez le temps d'explorer d'autres manières de travailler, inspirez-vous de ces méthodes...

Le goût de l'expérimentation est une des premières qualités créatives. En cela, je vous renvoie aux ateliers d'écriture : suivre une consigne, c'est s'amuser à quitter sa zone de confort, accepter d'essayer, de se tromper, de tâtonner. La base pour se former à toute compétence !

De manière personnelle, j'ai utilisé ce que je vous présente, non parce que je me cherche mais parce que mon choix dépend de la longueur de mon projet, du sujet, de mon humeur,... Impossible pour moi de m'enfermer dans un seul « protocole ». Comme le sculpteur utilisera ses outils selon le bloc de marbre qu'il travaille, je me sens libre de piocher dans TOUT ce qui pourra m'aider à écrire.

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).



Écrire au fil de l'eau



Pour les nouvelles, j'écris au fil du texte, en voyant où mon/mes personnages et la situation vont me mener. Parfois je connais déjà la fin/ la chute de mon histoire. D'autre fois, je me laisse juste guide par mon instinct. Avec, en tête, une certitude qui ne me quitte pas, peu importe mes tâtonnements et mes errances, je pourrais toujours revenir en arrière, pour changer, rectifier, corriger. En résumé :

 

Kundera

J'écris donc les premiers jets de mes nouvelles « porte complètement close ». C'est à dire que je ne cherche pas à me rapprocher de la perfection. Ce n'est qu'au moment de retravailler mon texte que j'essaie de parfaire au mieux mon histoire.

Ce n'est que si je bloque sur un passage que je me tourne vers une méthode plus scolaire...

 

Flocon de neige

 

Rendons à César blablablablabla... La méthode du Flocon de neige est celle élaborée par une figure connue de l'apprentissage de l'écriture de fiction : Randy Ingermanson. Elle a le mérite d'être très détaillée et élaborée et le défaut....d'être très détaillée et élaborée. Je ne dis pas qu'elle ne convient à personne mais j'ai la conviction que se contraindre à suivre un protocole conçu par autrui risque de vous couper les ailes ou du moins de faire ressembler votre feuille de route à des rails sans échappatoire. Je vous déconseille donc de commencer par là pour écrire une fiction longue. L'étudier pour s'en inspirer, oui. Utiliser quelques étapes, oui. Mais ne prenez pas le risque de « calibrer » votre créativité.

Le seul protocole d'écriture valable pour vous, c'est le votre ! Celui que vous construirez au fil de vos textes.

 

La méthode du Flocon de neige (en résumé et adapté au texte court)  :

  • à partir de votre paragraphe -celui élaboré dans le premier article (lien), continuez le résumé pour disposer de l'intégralité de votre histoire.

  • Développer chaque phrase en un paragraphe. Ainsi vous disposerez d'un résumé d'environ une page de votre histoire.

  • Si plusieurs personnages interviennent dans votre histoire, écrivez brièvement celle-ci de leur point de vu.

  • Faire une liste de toutes les scènes à écrire. (cette étape est beaucoup plus importante quand on aborde l'écriture d'un texte long)

  • C'est le moment d'écrire votre histoire. Pour cela vous disposez de beaucoup de matière première. En théorie, il n'y a plus qu'à vous asseoir devant votre écran et vous laisser guider par le travail effectué en amont.

Pour plus d'information sur la méthode, ici pour les anglophones, pour les autres.

 

L'écriture en patchwork

Cette dernière partie me semble plus adaptée au roman. Mais certains de mes clients - qui se reconnaîtront ;-) - détestent jusqu'au mot méthode, évoquons, en leur honneur, cette possibilité. Vous écrivez vos parties non pas selon la chronologie du récit ni dans l'ordre de lecture, plutôt selon l'humeur et l'inspiration qui vous motive durant votre séance ? Cela ne posera sans doute pas de problème pour une nouvelle ou un très court roman. Je vous conseille toutefois de vous habituer à « baliser » votre matière pour TOUS vos projets afin d'acquérir des réflexes afin que, si vous vous lancez dans, par exemple, un gros récit de 100 000 mots, vous ne retrouviez pas à abandonner en cour de route, asphyxier par l'ampleur des fichiers, feuilles, carnets, bref sous la demie-tonne de matière brute.

Comment on fait ? Et bien au fur et à mesure, tenez une liste des scènes prévues/écrites/à corriger... Cela vous prendra 5 min après chaque séance, ce qui est peu finalement pour -peut-être- sauver des dizaines ou même des centaines d'heures de travail !

 

Un dernier conseil : écrivez, écrivez, écrivez ! Allez au bout de votre texte sans -trop- vous poser de question. Il sera toujours temps, ensuite, de l'améliorer.

 

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Et vous, à première vue, quelle méthode vous ressemble ?

 

08 juin 2017

Psychologie des personnages – Manuel pratique – Howard M. Gluss, PH.D. & Scott Edward Smith


 

 

Genre : Essai

Date de publication : 2006

Maison d'édition : Dixit

Prix : 19 euros

 

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Résumé : Ce manuel est un outil formidable, une source très documentée qui s'appuie à la fois sur le travail d'un praticien de la psychologie et sur de nombreux exemples de personnages de films dans lesquels on trouve des personnalités : antisociales, paranoïaques, narcissiques, borderlines, obsessionnelles, masochistes...

 

Mon Avis

 

Depuis plusieurs année, je suis une fervente lectrice de Scenario-buzz, le site de l'auteur et scénariste Nathalie Lenoir. D'ailleurs, ami lecteur, je ne peux que te conseiller vivement de lire ses articles. Je n'écris pas de scénario, un domaine qui m'est étranger. C'est par elle que j'ai pu découvrir le manuel qui nous occupe aujourd'hui.

Quel formidable outil que cet ouvrage ! Et pas seulement pour le scénariste ou même l'auteur de fiction. Les passionnésde cinéma trouveront des choses passionnantes à se mettre sous la dent.

Les auteurs -un psy et un scénariste- partent des troubles de la personnalité pour nous parler de psychologie humaine. Chaque profil est abondamment expliqué en prenant appui sur des personnages de films. Suit un récapitulatif, les principales caractéristiques de la personnalité en question etles clichés attachés à cette dernière. Enfin, on peut trouver toute une liste de filmspour illustrerle profil expliqué avant.

Aborder le cinéma par le biais de la psychologie est fascinant... Pour ce qui est de l'écrivant, c'est un manuel de référence d'un grand secours qui aide à donner de la richesse à ses personnages.

 

Et vous, utilisez-vous la psychologie dans des domaines artistiques ?

 

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03 juin 2017

Consigne d'écriture n°6 - « Logo-rallye »

La consigne

Un logo-rallye est un exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Écrire un texte comportant les sept mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. 

Machine

Mon texte

La petite nouvelle que j'ai écrite dépassant largement les mille mots, j'ai choisi de vous la proposer en téléchargement et au format PDF. Si vous avez des soucis techniques -ou des remarques- n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires ou par mail.

Convictions_et_territoires

 

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01 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 1/3



Écrire une histoire est une activité à la portée de tous, dès lors que l'on se permet l'imperfection. Je ne suis pas du genre à vendre du rêve, aussi ne vais-je pas raconter qu'en suivant les trois articles de ce tuto vous disposerez d'une recette magique pour produire un recueil de nouvelles propres à l'édition. Ce que je vous propose est à la fois beaucoup moins « vendeur » et néanmoins ambitieux : essayer de montrer que prendre plaisir à inventer une histoire ne concerne pas seulement les romanciers, scénaristes et autres écrivants.

Faire surgir tout un univers avec les mots pour seuls outils est à la portée de tous. Une activité pour laquelle il n'y a pas besoin de posséder des économies, d'être en bonne santé, ou de disposer d'un ordinateur. Ce que je voudrais vous faire entrevoir, c'est le réconfort que peut apporter ce petit -ou grand- espace en nous, où l'on peut s'inventer une histoire. Même lorsque le corps ou la vie vous trahit, il reste cette liberté première : fermer les yeux et, s'évader quelques minutes ou quelques heures.

Bien entendu, dans l'article qui nous intéresse aujourd'hui, il sera question d'écriture, pour garder une trace de nos trouvailles.

Trois articles donc pour les trois grandes étapes de la naissance d'un récit : trouver le sujet -qui, quoi, où, comment-, écrire l'histoire et reprendre son texte pour en tirer le meilleur possible....

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

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L’œuf ou la poule ? Ne pas s'enfermer dans une méthodologie

 

Comment naît une histoire ? Cette question, fort simple au demeurant, ne peut qu'appeler une réponse complexe. Si tout peut donner naissance à une histoire, on peut toutefois dire qu'un élément du récit vient en premier. Le personnage, l'intrigue, le contexte... Lorsque l'on prend la peine de nourrir son inspiration, on multiplie la probabilité de trouver le sujet d'un prochain texte.

Pour cette raison, il est, selon moi, préférable de ne pas s'enfermer dans une méthodologie, au risque de passer à côté de certaines possibilités. Par contre, il me semble bien de garder à l'esprit la liste des éléments qui composent une histoire.

 

Les étapes à « cocher »

Cette série d'ingrédients évoquée précédemment peut vous guider dans l'élaboration de votre « sujet ». Il n'y a pas d'ordre préférable, il suffit seulement d'essayer de compléter la liste. Dans l'ordre que l'on veut.

Dans un contexte donné, un personnage -ou plus-, voit un élément chambouler son quotidien. Élément qui va entraîner des conséquences plus ou moins problématiques.

Je vais vous donner deux exemples, le premier partira du personnage, le second de l'élément perturbateur.

  • Premier exemple : le personnage comme point de départ

Le personnage : une étudiante en mal d'amour.

J'affine un peu : Une étudiante en mal d'amour qui a une petite passion pour les cochons -du genre à collectionner les figurines à leur effigie-.

Un élément entre en jeu : elle rencontre/tombe amoureuse d'un activiste de la cause animal.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : Ce dernier débarque et lui laisse un - gigantesque ? - porc sauvé de l'abattoir.

Nous avons le point de départ de notre récit. À partir de là, on peut imaginer une infinité de possibilités. La jeune femme doit cacher son improbable colocataire à la concierge. Ou encore elle décide de s'en débarrasser bien qu'elle réside en centre-ville. Ou, plus gore, elle veut tuer et découper l'animal mais n'a aucune idée de comme s'y prendre.

  • Second exemple : on part de l'élément perturbateur

Dans ce cas, on peut partir d'une question de type « Et si... ? »

« Et si, au moment de découper un corps, la tronçonneuse tombait en panne ? »

Ensuite il suffit de combler le reste.

Le personnage : un tueur en série

J'affine un peu le contexte / le caractère de mon protagoniste : un tueur en série aguerri et sociopathe qui ne connaît aucun des voisins de son quartier.

Un élément entre en jeu : au moment de découper sa dernière victime, sa tronçonneuse tombe en panne.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : le tueur se retrouve à faire du porte à porte pour emprunter une tronçonneuse.

 

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Qu'importe de quel élément vous partez, vous disposerez d'un court paragraphe qui présente votre idée. Ne reste plus qu'à développer cette dernière.

Voici les paragraphes issus des exemples donnés :

Eva, étudiante, collectionne les cochons en porcelaine et soupire après le grand amour. Elle a le coup de foudre pour Nathan, un activiste de la cause animal. Enamourée, elle fait tout ce qu'il veut dans l'espoir de lui plaire. Aussi quand, un soir, il débarque avec Sunday, un énorme porc sauvé de l'abattoir, elle n'ose pas refuser de garder l'énorme animal dans son minuscule deux-pièces. Problème, comment cacher l'improbable colocataire de sa propriétaire qui vit à côté ?

Un tueur en série, Gilbert, réside dans un quartier calme d'une petite ville de province. Le meurtrier aguerri s'apprête à découper sa dernière victime quand sa tronçonneuse bien-aimée tombe en panne. C'est dimanche et la veille d'un jour férié pendant lequel il est censé recevoir ses parents et ses deux sœurs pour le déjeuner. La solution : emprunter une scie ou tronçonneuse à un voisin. Sauf qu'en bon sociopathe, cela fait dix ans qu'il snobe tous les habitants de son quartier. S'ensuit un porte-à-porte tragi-comique.

Je peux m'amuser à ce petit jeu pendant des heures... Parfois je note le sujet trouvé, parfois non. En tout cas, plus on pratique et plus les idées viennent facilement. Lorsque je décide de garder un embryon d'histoire, je note le paragraphe à la suite d'autres idées. Et quand j'ai envie de consacrer mon temps à l'écriture d'une nouvelle, il ne me reste plus qu'à piocher.

 

Alors... Prêt(e) à jouer le jeu ?


25 mai 2017

Point ch'orthographe : les adjectifs de couleur



Ce mois-ci dans ma boîte à outils : les adjectifs qualificatifs de couleur

 

Mettre des couleurs dans nos mots... Argh que l'argument est joli, poétique, prometteur ! D'un point de vu purement fonctionnel les adjectifs de couleurs semblent indispensables à un texte de fiction. Sauf que -attention point confession- j'ai beaucoup de difficultés avec cette histoire d'accord. À force, lors de mes corrections, de me référer à mon bien-aimé Bled, je maîtrise plutôt le sujet. Toute fière, je me suis dit « Et si je n'étais pas la seule à avoir besoin de révisions ? ».

9782010003981-X

 

La règle c'est la vie !



Oui, oui, le vin rouge aussi c'est la vie - et le chocolat - mais pour l'Écrhistoires, il me semble que les règles d'orthographe nous serons plus utiles, au moins dans un premier temps.

Bon la règle de base est simple : en général les adjectifs qualificatifs de couleur s'accordent avec le nom qu'ils qualifient lorsqu’il n'y en a qu'un. Le pull blanc / les flocons blancs / la neige blanche.

Mais quand l'adjectif est accompagné d'un autre adjectif ou d'un nom, il ne se s'accorde pas :

des yeux bleu pâle, des uniformes vert bouteille, des pierres bleu-vert.

Cette règle -hélas- ne vaut que pour les « vraies » noms de couleur. Quand ceux-ci sont des noms ou des groupes nominaux utilisés comme des images, ils sont TOUJOURS invariables, même seuls :

une tapisserie vermillon, des gants ivoire. Ouais, c'est chiant nul.

Bien sûr, il y a une liste d'exceptions -sinon on pourrait pas embêter nos enfants avec les listes de mots à apprendre par cœur-. Donc les adjectifs suivants sont considérés comme des vraies adjectifs de couleur : mauve, écarlate, incarnat, fauve, rose, pourpre.

 

Quand la grammaire -s'emmêle- s'en mêle...



Les règles d'orthographe nous permettent de savoir comment écrire sans faute. Quant à la grammaire, donne une fonction aux mots, donc un sens.

Et là accorder ou nom un adjectif changera ce qu'on veut montrer au lecteur -s'il connaît la règle, hein... sinon il s'en fout comme de son premier tube de dentifrice.

Prenons des chaussures -parce que les chaussures aussi c'est la vie- :

- si j'écris « des chaussures noir et blanc », sans accord, les chaussures en question seront bicolores.

- Si j'écris « des chaussures noires et blanches », avec accord, cela signifie qu'il y a devant nous des chaussures blanches ET des chaussures noires.

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Prendre des libertés avec les règles : on se le permet ?



Rappelons que la langue française cette avenante catin est vivante, par conséquent, elle évolue, se transforme, s'adapte. Ce qui, je l'avoue, me change parfois en punk de l'orthographe -on ne ricane pas, merci-. Ainsi, traditionnellement -vu que c'est un nom utilisé comme une image- on n'accorde pas châtain : des cheveux châtain. De nos jours on tolère l'accord de châtain en genre, ce qui donnerait : une chevelure châtaine. Sauf que je ne peux pas laisser châtaine dans un texte. IMPOSSIBLE -sinon mes globes oculaires risques fort de prendre la fuite pour rouler sur la surface lisse de mon bureau, ce qui (admettons-le) serait un peu dégueulasse -.



Et vous, amis lecteurs, un point de la langue française à réviser ?

18 mai 2017

Lettre à ma fille

 Ma fille,

 

Déjà onze ans que je célèbre tes premières fois.

 

Premier sourire que je souhaite suivi de beaucoup d'autres. Pour que la joie inonde ton quotidien.

Premiers pas vers un avenir que j'espère riche d'expériences. Pour que tu connaisses le goût de la vie dans toutes ses nuances.

Premiers mots que je désire forts. Pour que ta voix résonne quand il le faudra.

Premiers pourquoi auxquels je réponds toujours. Pour que ta curiosité porte tes convictions.

Premier jour d'école, premier trajet seule, premiers chagrins, premières consolations...

 

Déjà onze ans que je célèbre tes découvertes.

 

Hier soir, encore, tu es rentrée avec une première fois.

 

Première main sous ta jupe. Première main d'un garçon qui s'égare sans ta permission. Ta colère, tes questions, tes doutes.

 

Et je vois les années qui déboulent...

À pleurer tes premières fois.

 

Première fois à être sifflée dans la rue, toi qui ne te retournes pas, et un « Salope ! » qui résonne fort dans ta jeunesse.

Première fois à entendre que, quand même, elle l'avait bien cherché, cette fille à la une des journaux, bafouée dans son corps et sur la page.

Première fois à rester crispée dans les transports, en sentant une érection se frotter contre toi, qui hésites entre le scandale et les larmes.

Première fois à marcher en contemplant tes pieds, juste au cas où un connard se croirait tout permis parce que tu aurais croisé son regard.

Première fois où tu rangeras une tenue au fond d'un placard, avec un soupir de regret, parce que trop moulante, trop courte, trop femme pour ce monde où c'est aux victimes qu'on demande des comptes.

Première fois à laisser une remarque sexiste passer. Pas parce que tu es d'accord, ni par lâcheté, juste par lassitude. Parce qu'il faut choisir ses combats.

Première fois à sentir la main insistante de cet homme, un que tu désires, auquel tu faisais même confiance, que tu aimes peut-être, qui appuie sur ta tête. Comme si la fellation était son droit. Comme si ton refus ne suffisait pas.

Première fois à dire un non qui sera ignoré. Puis à devoir te justifier. Parce que dans ce monde là, certains pensent qu'il y a de bonnes et de mauvaises victimes.

 

Hier soir, tu es rentrée avec une première fois.

Juste une main aussi petite que la tienne qui a fouillé sous ta jupe. J'ai senti ton regard posé sur moi : pourquoi maman ?

Je n'ai pas de réponse. Pardon.

 

Hier soir, tu es rentrée avec cette première fois.

Une de celles que je ne célébrerais pas.

Et pour la première fois depuis que je suis ta maman, me rappeler qu'aujourd'hui c'est aussi cela être femme.

 

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Tous droits réservés - Émilie Cognac - http://www.ecrhistoires.fr/

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13 mai 2017

Vous n'aurez pas ma haine - Antoine Leiris

 

Genre : Témoignage

Pays : France

Date de publication : 2016

Maison d'édition : Le Livre de Poche

Prix : 3,90 €



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Résumé : Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume. À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer. C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre.

 

Auteur d'une lettre ouverte sur un réseau social très connu, Antoine Leiris a vu sa publication partagée par des milliers d'internautes. La volonté de cet époux de ne pas tomber dans le piège de la haine a ému la France entière.

Mon Avis

 

Comme beaucoup, la publication -sur Facebook- de monsieur Leiris m'avait particulièrement émue. Encore ébranlée par les attentats, la France entière avait admirée la capacité de cet homme à ne pas tomber dans la haine. La justesse de ces mots m'avait donné envie d'en savoir plus sur son auteur.

Quand je suis tombée sur son témoignage dans ma librairie de quartier, l'ouvrage a rejoint la pile de livres qui m'attendaient sur ma table de chevet.

Au terme de ma lecture, je me retrouve devant un exercice délicat : livrer un avis sur un récit autobiographique et intime. Un récit qui abord une tragédie innommable. Dois-je traiter ce court essai comme une œuvre ou comme un témoignage ?

Par peur de manquer de franchise, je vais me contenter de partager mes émotions. À chaud.

Bien entendu Vous n'aurez pas ma haine m'a ému. Antoine Leiris parle en tant qu'époux et père. Moi-même mariée et maman, impossible de ne pas me projeter dans ce drame. Et si on m'enlevait mon mari aussi brutalement ? Dans la barbarie. Être face à un tel deuil...

J'espère que je saurais rester aussi digne que l'auteur. Il parvient à mettre des mots sur son deuil dans une justesse qui a bien du mérite. D'un point de vu littéraire, le court ouvrage n'est pas épargné par quelques maladresses, mais finalement, ces imperfections ne font que souligner l’humanité du témoignage offert.

Antoine Leiris fait entendre sa voix avec beaucoup de pudeur. Il montre sans détour, loin des mélodrames artificiels livrés à la une des journaux, le chemin difficile d'une famille face à l'absence. Un récit plein d'espoir et de vie, dans ses aspects les plus sombres et les plus tendres... Finalement quelle meilleure réponse face à la barbarie que celle de l'espoir ?

 

Et vous, aviez-vous lu la publication d'Antoine Leiris ?

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11 mai 2017

L'acceptation, une notion mal comprise ?

Dans mes ateliers d’Écriture créatrice, le temps passe toujours vite et je regrette de ne pas avoir l'espace suffisant pour certaines questions. J'essaie de donner des outils simples à mes clients et m'efface devant leurs besoins. Heureusement, l'Écrhistoires permet de m'attarder plus longuement sur les notions, de montrer une vision plus subtile de ce que je souhaite transmettre.

L'acceptation, notion complexe, ne saurait se satisfaire de quelques phrases lancées au détour d'une conversation. Du reste un article ne suffira pas à en aborder tous les aspects, j'espère néanmoins proposer quelques pistes intéressantes...



I. Accepter ce qu'on ne peut changer...



La séance le lâcher-prise s'ouvre sur La prière de la sérénité, utilisée aux Alcooliques Anonymes :

AA

 

Dans cette citation réside une première approche de l'acceptation : « Accepter ce qu'on ne peut changer ». Pour comprendre la nécessité d'une telle démarche, nul besoin de subtilité. Il s'agit simplement de ne plus s'épuiser à se battre contre ce qui ne dépend pas de nous.

D'abord ce qui dépend de l'autre. Combien d'entre nous ajoutons de la souffrance dans nos vies parce que nous tentons de réformer ceux qui nous entourent ? Renoncer à transformer autrui est indispensable. Bien sûr, il faut se protéger contre ce qui nous est néfaste mais s’agripper à l’espoir de changer quelqu'un apporte déception et amertume.

Ensuite accepter notre manque de contrôle sur ce que la vie nous offre, en bien comme en mal. Un bon joueur de poker ne va pas passer la partie à pleurer sur les cartes qu'il ne possède pas. Il acceptera celles obtenues pour élaborer la meilleure stratégie possible.

Cette facette de l'acceptation, la plus accessible, met tout le monde d'accord. Pourtant ce qui est simple à comprendre n'est pas toujours facile à mettre en œuvre. Voyez cela comme un entraînement... Oui, on s'entraîne à accepter ce qu'on ne peut changer.

 

Direction



II. Et pour le reste ?



La question de l'acceptation ne concerne pas seulement ce que l'on ne peut changer. Dans l'idéal, on devrait accepter tout que l'existence nous offre : les joies comme les peines, la douleur comme le confort. C'est dans cette phase que les amalgames peuvent surgir. Parce que devant un malheur, une injustice, une maladie, une épreuve, l'acceptation se colore souvent des concepts de pénitence et de résignation. Or accepter n'est en aucun cas se résigner !

Accepter une situation c'est la regarder droit dans les yeux, avec lucidité. C'est la comprendre, l'appréhender, la jauger. Car comment changer ce qu'on connaît mal ?

En quelque sorte l'acceptation est un espace -temporel et psychologique- entre les émotions et la réflexion. Ce n'est pas nier ce qui se passe en nous mais laisser de la place à autre chose qu'un réflexe afin de poser une action juste et sage. En d'autres termes, l'acceptation est une étape nécessaire avant le changement.

Partons d'un exemple concret : la colère face à une injustice. Le Larousse définit la colère ainsi : état affectif violent et passager, résultant du sentiment d'une agression, d'un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales. La colère est une émotion et, comme le souligne le dictionnaire, elle possède une notion de violence. Comment agir de manière juste lorsque c'est la colère qui nous gouverne ? Cela me semble bien compliqué. Ce n'est pas pour rien que le terme colère vient du latin cholera qui signifie bile...

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Issu des « têtes d’expression  des passions de l’âme» de Charles Le Brun

Lorsque l'on parvient à accepter la situation, à prendre de la distance face elle, si on ne tombe pas dans le piège de la résignation, l'émotion passe et fait place à l'indignation. Une révolte dénuée d'impulsivité et -je l'espère- de barbarie. Alors vient le moment d'agir contre l'injustice. L'esprit clair on peut choisir une action efficace et conforme à nos valeurs.



III. Et l'écriture dans tout ça ?

 

Après deux parties assez abstraites, peut-être trouvez-vous cet article peu en accord avec ma ligne éditoriale : l'écriture. Rappelons que l'objectif serait de s'entraîner à accepter TOUT ce que nous offre l'existence afin non pas de se libérer des émotions mais d'agir en toute conscience. Or -je ne vais pas faire semblant d'être plus sage que je ne le suis- que cela est difficile !

C'est là, dans cette complexité à mettre en œuvre une telle philosophie que l'écriture peut entrer en jeu. Les techniques pour nous aider sont évidemment nombreuses : méditation, thérapies, exercice physique,... Ces pistes demandent un investissement sur la durée et l'intervention de professionnels. Alors en attendant on fait quoi ? On baisse les bras ? Non, on utilise un moyen gratuit et immédiatement à notre portée. Si du moins vous possédez une feuille et un crayon...

Ensuite on écrit sur les expériences fortes que l'on désire accepter. On met un mot sur nos émotions et nos ressentis. On tente de comprendre les situations que l'on rencontre, ce qui se joue dans nos relations, ce qui se passe en nous. Bref on prend du recul et on crée cet espace entre ce que nous propose la vie et les actions que l'on veut mettre en œuvre. Ainsi vous serez en mesure de jouer à partir des cartes dont vous disposez...



 

Et vous, ami lecteur, vous écrivez ce que vous souhaitez accomplir dans le futur ?

 





10 mai 2017

Consigne d'écriture n°4 - « Lettre d'un objet »

[Maj' du 10 mai] Suite à des soucis techniques je n'avais pas reçu la contribution d'Eerylin, je rajoute donc sa contribution : merci à elle. Si tu es dans le même cas, n'hésite pas à m'envoyer ton texte ( ecrhistoires@gmail.com ) que je rajouterais dans les plus brefs délais...

La consigne

 

Donner une voix à un objet... Celui-ci écrira une lettre à son propriétaire.

 

Ma contribution

 

Cher petit humain,

 

 

 

Dans la pénombre, à la lueur de la lune à demi pleine, je me résous enfin à prendre le stylo pour t'écrire. Cinq années. Il m'aura fallu cinq années, soixante mois, une multitude de jours -et de nuits- avant d'en arriver à cette extrémité.

 

Plus jeune, en compagnie de mes semblables, dans le rayon propre du magasin, j'imaginais mon avenir. Lorsque, enfin, un client sensible à mon charme moelleux m'aurait arraché au temple mercantile de mon innocence. Pour t'avouer la vérité, je m'impatientais. Déclarant à mes camarades pastels : « Vivement qu'on m'achète, je n'en peux plus ! ». Des rêves peuplés de nourrissons à l'odeur de coton frais berçaient mon sommeil. Je me voyais déjà : cible d'un amour inconditionnel, objet transitionnel ultime, trésor d'enfance et de tendresse.

 

Après une interminable attente, un homme -cheveux clairsemé, barbe fournie et sourire ému- m'a libéré. J'ai rejoint un berceau. Ton berceau. La première année, ce fut sublime. Chacune de tes siestes me surprenait à me blottir contre ta peau satinée, fasciné par les changements rapides qui s'opérait sur tes traits. De fripés, ils se remplirent d'amour pour devenir des courbes d'une rondeur franche. Je ne nierai pas les obstacles que nous avons franchi ensemble : l'odeur de lait caillé, la bave gluante de tes poussées dentaires, l'arc-en-ciel de purées pestilentielles. Mais un seul de tes rires, un seul de tes câlins, un seul de tes regards clairs et j'oubliais ces quelques désagréments.

 

Même lorsque tu as grandi, mon courage n'a eu d'égal que notre adoration mutuelle. Parfois tu me maltraitais un peu, toutefois, tu finissais toujours par me serrer dans tes bras de plus en plus forts. Je t'aimais tant que la deuxième année m'a semblé aussi paradisiaque que la première. Tes petites brutalités passaient encore pour des maladresses. Et puis tes parents semblaient plein de confiance : « Il est en pleine crise des deux ans ! Ça lui passera ! ». Aveuglément, je les ai cru.

 

Au fil des mois, hélas, les maltraitances ont véritablement commencé. Une frustration ? Tu me jetais contre un mur ! Un jouet qu'on te refusait ? Tes petits poings serrés martelaient mon tissu. Bien sûr, après chacun de tes éclats, tu t'empressais de me couvrir de prévenance et me suppliais de te pardonner. Parfois tu parvenais à me faire croire que c'était ma faute. Si tu t'emportais, c'est parce que je n'étais pas à la hauteur ! Les bourreaux sont tous les mêmes : à nous traiter comme des Dieux pour nous rendre dépendants avant de nous dévaloriser insidieusement, jusqu'à ce qu'on disparaisse au fil des coups.

 

Cette situation, où de doudou je suis devenu chiffon, aurait pu durer jusqu'à ta majorité. Mais est venu le Grand Chamboulement : instants d'angoisse où tu m'emmenais dans un grand bâtiment froid pour me jeter au fond d'une boîte. Comme un rebut. J'ai vécu dans la peur, mon cœur martelant ma terreur au rythme de chants guerrier interprétés par d’innombrables petits humains :

 

La bergère en colère,

 

Et ron, et ron, petit patapon,

 

La bergère en colère,

 

Tua son p'tit chaton, ron ron,

 

Tua son p'tit chaton.

 

Bien heureusement, je bénéficiais du soutien des autres laissés-pour-compte. Là, à force de confidences, nous avons découvert que nos sorts étaient semblables. Tous esclaves de la Tyrannie ! Malgré cela, j'ai continué à t'aimer. Implorant le ciel que tu redeviennes l'ange que tu fus autrefois.

 

Pourtant ce matin, la coupe a débordé ! Quand ta mère t'a questionné : « Tu ne prends pas Doudou ? », tu n'as même pas eu la bienséance de chuchoter ta réponse, « J'suis un grand maintenant » ! Tu es parti en riant, me laissant abandonné sous ton lit.

 

Je ne nie pas mes sentiments, cinq ans d'amour ne disparaissent pas du jour au lendemain... Je n'en peux plus alors je pars. Plutôt l'errance et la rue, plutôt le vide-grenier ou la déchetterie, que cette lente descente aux enfers à te regarder me dés-aimer un peu plus tous les jours.

 

Adieu

 

Ton Doudou qui t'aura tant aimé...

 

Contribution d'Eerylin

 

Chère toi,

 

 

 

Si je t’écris aujourd’hui c’est que la situation a assez duré.Je t’ai entendue tu sais, me traiter d’antiquité du moyen-âge. J’ai peut-être un peu d’ancienneté mais je ne suis pas sourde, ni d’ailleurs la seule à avoir des années au compteur. Où sont tes bonnes résolutions de fin d’année, celles qui faisaient frissonner mon levier de vitesses ?  Tu m’avais promis des escapades comme au bon vieux temps, juste toi et moi. Mais tu es comme mon pneu arrière, tu te dégonfles sans arrêt. Tu ripailles, tu fais bombance et finalement tu t’affales sur ton canapé en m’oubliant. Arrête donc de patiner dans la semoule, de t’occuper de tout et surtout de rien, lâche ton écran d’ordinateur. Tu sais, prendre l’air c’est revenir à l’essentiel alors ne te braque pas et partons au hasard, retrouvons le goût du pédalage, des moucherons et de l’effort. Profitons à nouveau de l’instant et comme dit le grand philosophe Forest Gump qui en connaît un rayon, la vie et le pédalage quotidien, c’est comme une boîte de chocolat, tu ne sais jamais vers quel chemin cela te mènera. Ce que je peux te garantir en revanche, c’est que ce sera une aventure à te couper le souffle. Que penses-tu d’aller chercher du pain pour commencer ??

 

 

 

Signé,

 

ta pauvre bicyclette...

 

 

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