15 février 2018

Point papeterie : prendre des notes...

 

Dans le premier article du site, les trois clefs de l'inspiration, un des premiers conseils que je permettais de donner était le suivant : « gardez toujours un carnet/journal sur vous pour recueillir sur l'instant toute cette matière à votre portée. ». C'est un principe auquel je ne déroge jamais. Si, par malheur, je sors munie d'un micro-sac de soirée et donc sans carnet, je finis toujours par le regretter...

 

 

La folie de la prise de note : une obsession utile

 

Si vous pratiquez une activité artistique, que ce soit le dessin, l'aquarelle, l'écriture ou la fabrication de bijoux, vous savez que l'inspiration peut surgir n'importe où, n'importe quand. Or, il n'y a pas de phénomène plus frustrant que de perdre une bonne idée. Je ne parle pas d'écrire un sonnet en dix minutes dans le métro -quoique...- mais de cette phrase, ce thème ou ce vers qui naît en une seconde à la vue d'un passant, d'un ciel particulièrement beau, ou en entendant une mélodie, une phrase, un bruit. Bref, je ne compte pas les fois où au détour d'une journée ordinaire j'arrête tout pour m'exclamer : « Mais bien sûr ! ». Certains de ses « éclairs de génie » se sont bien entendu révélés des impasses mais quelques uns sont à l'origine de mes meilleures productions.

Si vous ne vous passionnez par pour un art au sens strict du terme, cela n'a aucune importance. La prise de note concerne tout un chacun.... Pour garder en mémoire le nom d'un restaurant qu'on nous conseille, une vanne désopilante ou même la petite phrase drôle et adorable du petit dernier. Le regret de ne pas avoir suffisamment noté les bonnes idées se fait particulièrement ressentir au moment des fêtes ou à l'approche des anniversaires : « Mais si, il m'avait parlé d'un truc qu'il lui faisait envie. Un bouquin. Un certain Arthur machin truc. Argh, j'arrive pas à me rappeler... » À défaut d'avoir griffonné l'idée cadeau -et d'avoir conservé le fameux post-it-, on se retrouve à offrir la bouteille de vin ou les chocolats mille fois offerts !

Je vous parlais de post-it car je connais pas mal de personnes qui utilisent ce genre de choses. Je ne dis pas qu'ils sont inutiles mais, personnellement, j'ai tendance à les perdre. Maintenant j'essaie de les coller dans mon agenda, mon carnet de note où n'importe quel « lieu » qui me permettra de les retrouver. Si vous voulez pratiquer la prise de notes au mieux, il existe plusieurs possibilités selon vos besoins...

 

Les cahiers, carnets et les autres...

Commençons par un outil très pratique mais que je n'utilise presque jamais pour prendre des notes : le smartphone. Si cela ne me correspond pas, vous pouvez très bien y trouver votre compte. Si vous désirez essayer le téléphone pour remplacer vos post-it, choisissez une application dédiée – elles sont nombreuses et souvent gratuites. La seule que j'ai pu expérimenter et qui semble la plus connue -et une des plus plébiscitées- est Evernote. N'hésitez pas à l'essayer.

Peut-être que, comme moi, vous préférez le papier. L'offre étant colossale, le mieux reste de choisir le format qui vous paraît le plus pratique. Beaucoup apprécient les petits cahiers format 9x14cm. En effet ils rentrent dans n'importe quel sac ! De mon côté je n'en utilise pas de cette taille car j'adore avoir beaucoup de place pour écrire. Si je possède un agenda en A6, il ne me sert qu'à noter quelques rendez-vous mais jamais à prendre de notes. Il me faut au moins un A5 (148 x 210 mm) ! Pour cela j'ai très longtemps utilisé des carnets A5 moleskine qui me servaient de journal intime/carnet de notes/cahier de brouillon,...

Ce genre de supports suppose que l'on écrit au kilomètre. Au mieux on inscrit la date et nos notes sont « rangées » chronologiquement. Si vous prenez peu de notes, ce système peut suffire. Personnellement j'ai besoin de plus « d'ordre »... Et je pense avoir trouvé l'outil parfait pour moi...



Mon allier personnel : le Traveler's Notebook

 

Pour ne pas mélanger les informations, je me retrouvais souvent avec deux, trois ou même quatre carnets ! Non seulement je n'ai pas envie de me balader avec une valise mais j'avais la fâcheuse tendance d'oublier ou de perdre mes fameux carnets... J'ai donc essayé de trouver une solution.

Le système de Traveler's notebook a été la réponse à mon problème. Mais qu'est-ce qu'un Traveler's notebook ? C'est une couverture -en cuir ou immitation cuir- qui permet, avec un simple système d'élastiques, d'y insérer des carnets -un à quatre pour la plupart des modèles.

 

Ainsi on peut choisir une fonction à chaque carnet. Souvent muni d'un passant à stylo, on a tout sous la main ! Je possède un traveler's notebook de la marque Dokibook et je ne peux plus m'en passer. J'ai pris ce modèle car il comporte quatre élastiques ce qui signifie que j'ai pu y mettre autant de carnets. Vous voulez savoir comment j'utilise ces derniers ? Le premier me sert de to-do list, le deuxième me permet de prendre des notes (de lecture ou lorsque j'assiste à une conférence), le troisième recueille mes recherches sur l'écriture et le dernier est une sorte de cahier de brouillon multi-fonctions. Je ne l'emmène par partout avec moi -je peux prendre une note exceptionnelle dans mon journal intime qui, lui, m'accompagne partout- mais je l'ai souvent dans le sac. Si vous choisissez le traveler's notebook, sachez qu'il existe plusieurs formats mais que la taille la plus commune est de 11x21cm.

Le modèle de traveler's notebook que je possède...

Voilà pour la prise de note... En espérant que cet article vous sera d'une quelconque utilité. Il faudra d'ailleurs que je vous fasse un article sur la manière d'utiliser ses notes -et je me dépêche d'écrire cette idée dans mon traveler !



Et vous, ami lecteur, touché par cette obsession de la prise de notes ?

 

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05 février 2018

La poésie - mais kezako ?



Lorsque l'on écrit, il semble judicieux d'acquérir une certaine culture littéraire. Et parce que j'aime la littérature -son histoire et ses complexités- j'ai décidé de vous parler régulièrement des différents genres qui existent.

 

Le mot poésie possède une longue et riche histoire. Il nous vient du latin poesis signifiant « poésie, œuvre poétique, genre poétique ». Si on remonte encore le fil du temps, le terme latin est lui-même dérivé du grec poiein (créer, fabriquer un poème). Dans le Larousse on définit la poésie par l'art d'évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers. Ce travail de la langue est un des désirs les plus anciens de notre humanité, cet appétit n'avait pas seulement des motivations de beauté, le jeu sur la musicalité et le rythme est né d'un besoin bien plus pragmatique...

I. Un exercice né avec l'homme ?

 

De manière personnelle j'aime définir la poésie via la dimension d'oralité. Car la poésie, qu'elle soit en vers ou en prose, est d'abord écrite pour être écoutée. Pourquoi un tel attachement à cet aspect ? Car la poésie est sans doute née du besoin de transmission orale. De nombreuses traditions orales relèvent de la poésie. Par exemple celle des griots africains, les bardes en Afrique occidentale.

De quelle manière cette tradition orale a été le berceau de la poésie ? La recherche d'une rythmique ainsi que l'utilisation de vers ou d'effets sonores étaient motivés par la mémorisation. Tous ces procédés étaient des moyens mnémotechniques. Si je suis aussi affirmative c'est que la poésie pour transmettre une tradition orale et des mythes fondateurs est apparue dans la plupart des civilisations. En Afrique, comme nous l'avons dit plus haut mais aussi en Mésopotamie avec l'épopée de Gilgamesh, dans l'Égypte antique, en Grèce avec l'Iliade et l'Odyssée,... L'apparition de l'écriture n'a pas empêché cette tradition orale de perdurer. N'oublions pas que la lecture et l'écriture étant longtemps restées l'apanage d'une élite, la majorité des gens avaient besoin de cette oralité.

Comme nous l'avons vu, la poésie en tant qu'art de jouer sur les rythmes et la musicalité remonte à l'antiquité. Pourtant, et bien qu'il n'en reste aucune trace, ne peut-on pas penser, à la lumière de son existence sur tous les continents, que les hommes de la préhistoire possédaient eux aussi une tradition orale empreinte de poésie ?

 

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Buste de Homère

II. D'abord le travail de la langue

La production poétique est d'abord une question d'outils littéraires. C'est l'utilisation de ces derniers qui donne une dimension poétique à un texte. Bien sûr on ne peut définir la poésie par un seul de ces procédés. La poésie n'est pas la versification comme elle ne se limite pas aux figures de style.

En linguistique on décrit la poésie comme un énoncé centré sur la forme, le signifiant. Poussé à l’extrême cette attention donnera le calligramme. Partir de cette définition permet de garder à l'esprit combien la poésie diffère selon la langue et la culture. On ne rime pas en anglais de la même manière qu'en français. Si on tourne le regard vers d'autres continents, la poésie s'éloigne encore plus de ce que nous connaissons. Ainsi le Haïku qui ne comporte aucune rime.

La recherche de musicalité me paraît au centre de cette volonté de travailler la forme. On prête attention à la matérialité des mots. Pour cela on dispose d'outils autour des sons comme les allitérations ou les assonances, les rimes ou l'utilisation de refrain. Quant au rythme il est ciselé aussi bien par le nombre de syllabes que par le jeu des accents, de la ponctuation,...

Mais on ne peut pas parler poésie sans s'attacher au pouvoir d'évocation des images. Les figures de style, parmi lesquelles la métaphores, la comparaison ou l'oxymore, permettent de « frapper » l'esprit du lecteur.

Cette multiplication des possibilités donne à la poésie une richesse incroyable...

 

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Guillaume Apollinaire - Calligramme - Poème du 9 février 1915 - Reconnais-toi

 

III. Des formes diverses et variées

Dans cette dernière partie, je vais me concentrer sur la poésie française, celle que je connais le mieux... Au fil des siècle, elle a d'abord été assujettie à un cadre particulièrement rigide avant de s'affranchir. 

Longtemps les poèmes à forme fixe ont dominé le paysage littéraire. Si tout le monde connaît le sonnet, n'oublions pas la ballade, l'ode, le rondeau ou le lai (surtout représenté par Marie de France). Ces « modèles » sont complexes aussi je pense qu'ils méritent chacun un article... Même lorsque les poèmes fixes n'ont plus été la norme, la poésie a longtemps tourné autour du vers et de la rime. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la poésie a avant tout été une question de nombre de pieds, de la qualité des rimes,... bref de versification.

Par la suite les poètes se sont libérés de ces règles. D'abord avec le vers libre puis via le poème en prose. N'oublions pas aussi les artistes qui se sont préoccupés de la graphie avec Apollinaire et ses Calligrammes ou Mallarmé et Reverdy.

La poésie présente mille visages et elle n'a cessé de varier au fil des plumes et des siècles. Je prévois de m'appesantir sur certaines de ses formes dans les mois à venir. Parce que connaître quelques uns des ces visages, c'est se donner la possibilité de jouer avec les codes, avec les cadres. Bref de faire, justement, de la poésie.

 

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Pierre Reverdy



Une forme de poésie préférée ?

 





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11 janvier 2018

Fonctions des passages descriptifs

 

Dans tous les ateliers de l'Écrhistoires abordant la fiction, nous insistons sur une chose : toute bonne scène possède une fonction. Si vous ne voyez pas à quoi sert tel ou tel passage, il faut au mieux le retravailler, au pire le supprimer. Il en est de même pour la description. Sans fonction précise, autant éparpiller les éléments qui la constituent au fil de votre récit...

 

Faire avancer le récit

 

En premier lieu, la description peut faire avancer le schmilblick... Par exemple pour préparer une scène à venir. Ainsi dans un roman policier, décrire une pièce avec un indice qui traîne ici ou là, offre l'opportunité d'amener le récit vers la résolution du crime. Et quel plaisir, lors de la relecture d'un roman à énigme -ou whodunit en anglais- de découvrir ces éléments au fil de l'ouvrage !

 

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Caractériser un personnage

 

Ensuite la description peut compléter la caractérisation d'un personnage. Imaginons un exemple... Une femme psycho-rigide que nous appellerons Liliane. Elle souffre peut-être même de TOC1. Ainsi Liliane pourrait tenir sa maison de manière obsessionnelle et une description de sa cuisine exagérément immaculée montrera cet aspect de sa personnalité.

Décrire l'environnement d'un personnage pour le caractériser est un outil intéressant. Elizabeth George, auteure de romans policiers, insiste sur ce point dans Mes secrets d'écrivain  : « Décrivez l'environnement d'un personnage et vous montrez qui il est ».

 

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Une question de rythme

 

Nous venons de passer en revue les deux fonctions que peut posséder une scène. Il reste une utilité que la description offre et qui lui est particulière : freiner le récit. Un procédé qui s'avère parfois salutaire.

Un passage descriptif provoque une rupture dans la narration, une pause, durant laquelle le lecteur ralentit. Dans les récits dont l'intrigue est complexe ou le rythme très soutenu, une respiration peut être bienvenue. Mal utilisée la description peut exagérément étirer l'action et lasser le lecteur. Il faut donc savoir doser et seule la pratique le permet aisément. Bref on revient toujours aux fondamentaux...



Et vous, vous utilisez les descriptions dans quel but ?

1Troubles obsessionnels compulsifs

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09 décembre 2017

Consigne d'écriture n°16 - «Une fable»

 

La consigne

Écrivez une fable. Pour la forme, libre à vous... Mais surtout amusez-vous !

 

 

Mon texte

 

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La punk et le joueur de sitar

Une punk en soucis de voisinage

À force de jouer à fond de sa guitare

Vit la police, si elle n'était point sage

Lui promettre quelques mois au mitard.

Hélas, la rebelle, sourde à ces menaces

S'en alla défier tout le quartier

Et s'écria au centre de la place :

« Fuck the police, vous faites vraiment chier ! »

Un galant, surprenant cette complainte

Et trouvant la punk de fort belle mine

Voulut savoir à quoi rimait ses plaintes

Et voici ce que lui dit la coquine :

« Toutes les commères s'en vont en cabale

Car, mon mignon, âme esseulée s'ennuie

En mal d'amour pour que mon cœur s'emballe

Je joue du punk à toute heure de la nuit. »

Le damoiseau émut par tant de grâce

Lui fit alors cette proposition :

« Si ma sérénade vous laisse de glace

Je prendrais publiquement position

Sur l'honneur, je punirais ces commères

D'avoir alerté ces maudits gendarmes

Mais si mes chants vous rendent moins amère

Vous me céderez et rendrez les armes.

Dès lors, abandonnant votre colère

Vous ne jouerez que de mon instrument

Et serez comblée par les quelques airs

Que je vous offrirais en tant qu'amant. »

La punk, attendrie, en fit la promesse

Et le soupirant sortit son sitar

Il en joua si bien, avec tant d'adresse

Qu'elle voulu aussi en jouer sans retard.

L'amour ayant conquis ce cœur volage

Ses guitares se turent désormais

Confirmant ainsi ce puissant adage

Il vaut bien mieux sitar que jamais.

 

 

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07 décembre 2017

Le talent et la sueur...

 

Comme je l'évoquais dans le premier billet sur ce site, les artistes éveillent un fantasme dans l'imaginaire populaire : l'auteur qui serait par miracle touché par la muse puis, dans une sorte de fièvre créatrice, produirait un chef d’œuvre. Bien sûr...

On parle de talent pour presque tout : les langues étrangères, la cuisine, l'Art, le bricolage, la broderie, le sport,... Mais quelle est vraiment la place de ce talent par rapport au travail ?

 

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I. Mais c'est quoi le talent ?

 

Selon mon pote le Larousse, le talent c'est simplement l'aptitude particulière à faire quelque chose et une capacité, un don remarquable dans le domaine artistique. Cette capacité vient d'où ? Y aurait-il, comme dans les contes, une bonne fée qui se pencherait sur certains poupons pour leur octroyer quelque don remarquable ? Posons la vraie question : est-ce la capacité ou le désir qui vient en premier ? La meilleure réponse nous vient d'un grand monsieur de la chanson : Jacques Brel. Dans un entretien radiophonique, plus précisément une interview à Knokke (Begique), le chanteur expliquait : Je suis convaincu d'une chose : le talent ça n'existe pas. Le talent c'est d'avoir l'envie de faire quelque chose. Je prétend qu'un homme qui rêve tout d'un coup qu'il a envie de manger un homard. Il a le talent, à ce moment là, pour manger un homard, pour le savourer convenablement et je crois qu'avoir envie de réaliser un rêve, c'est le talent. Tout le restant, c'est de la sueur, c'est de la transpiration, de la discipline. Je suis sure de ça. L'art je ne sais pas ce que c'est. Les artistes, je connais pas. Je crois qu'il y a des gens qui travaille à quelque chose.

 

 

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II. Et les génies ? Et les prodiges ?

 

Si on décide de parler de désir, il semble impossible de croire que ce dernier suffira. Un prodige du piano devra passer des heures à son instrument. Peu importe nos facilités, sans sueur elles ne resteront que cela, de simples facilités. Dans le sport de haut niveau, personne ne viendrai remettre en question la valeur d'un entraînement assidu. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour un écrivain, un peintre ou un sculpteur ? Concentrons-nous un peu sur la littérature, domaine que je connais le mieux...

Le fait est que les grands auteurs sont des travailleurs acharnés. Pour preuve, il suffit d'un tout petit coup d’œil à quelques manuscrits... Ratures, notes : on peut voir combien l'auteur travaille son texte.

Le grand Charles Dickens, par exemple, avec A Christmas carol :

 

Manuscrit

 

Un autre exemple ? Monsieur Flaubert écrivait dans sa correspondance : « Dieu ! que ma Bovary m’embête ! J’en arrive à la conviction quelquefois qu’il est impossible d’écrire » - lettre à Louise, 10 avril 1853. Cet extrait – ainsi que la photo du manuscrit au-dessus-, nous montre à quel point ces auteurs travaillaient pour produire un texte un abouti.

 

III. Une histoire de temps... Ce qu'en dit la psychologie.

Le psychologue suédois K. Anders Ericsson s'est justement penché sur cette question. Pour se faire, il a mené des recherches dès les années 90. Avec deux confrères, il s'est intéressé à la pratique de violonistes de l'Académie de Musique de Berlin. Il a divisé les musiciens en trois groupes : les futurs solistes, les interprètes de bon niveau et ceux destinés à une carrière dans le professorat. Tous ayant commencé à 5 ans. Ceux du premier groupe atteignaient (avec plus de 30 heures par semaine de paratique) au moins 10 000 heures d'exercice. Le deuxième groupe arrivait quant à lui à 8000 heures et le troisième 4000 heures.

Cette « théorie des 10 000 heures » a été popularisée par le journaliste du New Yorker Malcolm Gladwell dans plusieurs ouvrages sur la réussite. Même le neurologue Daniel Levitin le confirme : « Que les études portent sur des basketteurs, des romanciers, des patineurs, des joueurs d'échecs ou des criminels passés maîtres, le nombre des 10.000 heures revient constamment ».

 

 

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Dress rehearsal - Greg Olsen

 

Face à tout cela, certains risquent de se décourager : « Il est trop tard pour moi ! J'ai déjà X ans... alors 10 000 heures, ce n'est même pas la peine... » Premièrement cette théorie n'est justement qu'une théorie. Elle signifie simplement que le travail vient d'abord. Peu importe le niveau de départ, à l'arrivée c'est bien la pratique qui fait la plus grande différence. Deuxièmement, dites-vous bien que quelqu'un de 48 ans qui consacrerait 1 heure par jour à l'écriture ou à l'apprentissage du piano, aurait toujours, à 58 ans, 3 650 de pratique de plus que celui qui se serait découragé. Bref, le travail n'est jamais perdu !

 

Alors, prêt à se retrousser joyeusement les manches ?

 

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25 novembre 2017

Consigne d'écriture n°15 - «Logo rallye musical»

 

La consigne

Cela commence avec une explosion Choisissez un album que vous appréciez -en français hein...-. Vous devrez inclure chaque titre de chanson. Par exemple, pour le dernier album d'Orelsan, il faudrait inclure : la fête est finie, San, basique, tout va bien, défaite de famille, la lumière, bonne meuf, quand est-ce que ça s'arrête, Christophe, zone, dans ma ville on traîne, la pluie, paradis, notes pour plus tard. À toi de jouer !

    

Mon texte

 

Pour cet exercice, j'ai choisi un album qui a accompagné mes jeunes années. Sorti lorsque j'avais 15 ans, « Alors »  du génial groupe de rock français Pigalle, je ne saurai trop vous recommander de l'écouter si vous ne connaissez pas. Je devais donc inclure dans mon texte : alors, geindre, faut pas s'inquiéter, Betty, à quoi servent les prières, parking, joyeux anniversaire, qu'importe les spasmes, ronde, si dormir faisait, allaient-ils s'aimer ?, Il Incesta, anguille, fond de cale, il y a dans les rues de la ville, il faudra bien t'asseoir.

 

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Alors que ses journées consistent à écouter geindre les clients, elle-même ne se permet pas la moindre lamentation. Pour ses collègues, elle reste la petite boulotte du poste 201. Celle toujours de bonne humeur, prête à s'esclaffer à la machine à café, la gentille blonde qui ne perd jamais son calme. Même quand le vingtième appel de la journée s'ouvre sur des insultes. D'ailleurs, les nouveaux se retrouvent sous son aile et, depuis huit ans qu'elle travaille dans l'immense centre d'appel, elle a formé la majorité des employés. Parce que personne ne reste très longtemps dans le call center. Tante Josiane lui dit souvent qu'elle finira par craquer, qu'elle échouera en maison de repos, sa cervelle de moineau noyée dans les calmants. Qui peut subir une telle pression sans finir cinglé ? « Faut pas s'inquiéter pour moi, Josiane. » répond en souriant Betty. Puis elle repart en chantonnant un refrain des années 80. Mais elle ne démissionne pas.
Le matin, elle se rend à pied à l'arrêt de bus. À Basfroi, Antoine monte et se faufile à côté d'elle. Régulièrement le jeune homme, un grand échalas aux yeux globuleux, lui propose un ciné. Il a deux passions dans la vie : regarder la F1 à la télé et les gros seins. Faut dire que Betty est abondante de partout et Antoine s'adresse toujours à sa poitrine avec beaucoup de tendresse. Elle décline mais il ne baisse pas les bras. Il supplie le Dieu Nichon pour qu'un jour la blonde lui cède. Mais à quoi servent les prières en matière de sexe ? Betty continue de refuser en souriant.
Ce mardi ne fait pas exception. Comme toujours, elle entre par le parking pour pointer plus rapidement. Betty allume son ordinateur avant de se tourner vers sa voisine. Elle lui claque une bise par dessus la cloison. La collègue lui lance un généreux « Joyeuxanniversaire ! Trente ans, ça se fête ! ». Betty avait complètement oublié l’événement et, toute à sa surprise, elle regarde Aurélie sans répondre. La grande brune, aussi fine et molle que du fil dentaire, plaisante un moment sur son grand âge puis retourne à son poste. Trente ans... Betty a trente ans. La jeune femme sent son estomac tressauter et des points noirs dansent devant ses yeux. Avant de pouvoir s'abandonner à cette angoisse, le téléphone sonne. Qu'importe les spasmes de panique qui montent en elle, il lui faut répondre. Replaçant son sourire habituel, Betty se plonge dans le travail. Elle subit les humiliations habituelles avec son pragmatisme légendaire. La douleur arrive en une petite heure. Avant la fin de la journée, la migraine sera intolérable et le casque insupportable. Depuis quelques mois, son médecin l'a arrêtée plusieurs fois et insiste pour qu'elle consulte un ORL. Elle a souri au docteur mais ne fera rien.
Peu avant sa pause, elle reçoit une convocation chez Trottier. Une sueur glacée la fait frissonner : le chef de plateau délègue tout aux superviseurs alors pourquoi veut-il la voir ? La jeune femme se lève et l'étau semble se resserrer autour de son crâne. Comme si son cœur, désormais logé derrière son front, voulait s'échapper. En passant devant le mur vitré du couloir, elle jette un coup d’œil sur sa silhouette ronde et tire plusieurs fois sur sa tunique. La migraine s'intensifie et Betty se demande comment elle va pouvoir parler. Si dormir faisait passer les symptômes... Mais parfois elle se lève avec la douleur. Elle masse sa nuque en marchant. Le grand chauve l'attend, son costume gris impeccable. Depuis deux mois, tout le monde sait qu'il est d'une humeur d'ogre un jour de disette. Il faut dire qu'un petit scandale secoue le centre d'appel. Une rumeur persistait depuis longtemps sur lui et Caressi, une téléconseillère aux allures de poupée gonflable. On avait remarqué leur parade nuptiale. L'homme marié ne cessait de mater la jeune femme et cette dernière passait son temps à minauder avec lui. Bientôt les paris avaient été lancés : allaient-ils s'aimer et commettre l'adultère ? Puis on avait appris que madame Trottier demandait le divorce. Elle les aurait surpris en fort mauvaise posture.
Betty sait tout cela et qu'elle risque de s'en prendre plein à la tête. Le chef de plateau commence son discours bien huilé. Chiffres à l'appui, il lui reproche de manquer de dynamisme. Ensuite il lui passe un enregistrement et souligne chacune de ses faiblesses. Face à ce procès, Betty garde le silence. La douleur augmente encore. Mais il attend qu'elle s'excuse, qu'elle promette de faire mieux, de devenir une téléconseillère modèle. La jeune femme, incapable de parler, se contente de lui sourire, contrite. Ce qui semble agacer Trottier qui, le regard froid, lui lance :
« Je suppose qu'il ne faut pas s'étonner que votre mollesse ne se cantonne pas seulement à vos fesses. »
La valse des points noirs s’accélèrent et Betty a l'impression qu'on lui enfonce un sabre dans la boite crânienne.
C'est là que la colère arrive.
Une colère dont elle ne se savait pas capable. Elle a pourtant eu son lot d'injustices, Betty... Même quand elle se souvient de l'alcoolisme de maman. Même quand le moment affreux lui revient, ce que papa a fait. Cette nuit où il incesta.
Betty essaie de revenir à la réalité mais le moment présent glisse comme une anguille entre ses pensées. La chaise de bureau est toute légère entre ses mains et c'est sans aucune lenteur, sans aucune mollesse qu'elle la lève au-dessus de sa tête. Elle frappe. Et frappe encore. Elle n'aurait jamais cru que tuer quelqu'un ferait si peu de bruit. Celui-ci n'empire même pas sa migraine. Bien moins que les voix aigres dans le casque... Il y a du sang sur sa tunique. Sur ses mains. Il ne respire plus mais la flaque de sang continue de s'étendre sur la moquette grisâtre. C'est joli ce contraste... Elle prend le téléphone.
La police arrive très vite. Bientôt, elle se retrouve à expliquer :
« Faut noter que j'vous ai appelé. Que je me suis livrée tout de suite et tout ça. Faut que j'appelle un avocat ? Comme dans les séries ? Parce que je suis honnête. Je connais pas d'avocat moi... Ni rien. Ça va coûter cher ? J'suis pas à fond de cale mais j'suis pas riche... Notez-le que j'suis pas riche. Que je vous suive ? Je risque de rentrer tard ? J'aime pas rentrer la nuit. Il y a de ces cinglés dans les rues de la ville... J'veux pas me faire agresser. Même que l'autre soir, y avait des racailles dans le bus. Et j'étais toute seule. J'ai eu peur en montant. Je savais pas si je devais rester. Puis je me suis dit « Betty, il faudra bien t'asseoir alors vas-y, ne les regarde pas, c'est tout». Mais j'ai eu peur. Ça a souvent peur... Une femme seule...  »
Personne ne semble l'écouter, alors Betty se penche vers celui qui la pousse et murmure : « On pourrait pas s'arrêter faire une course, m'sieur l'agent ? Sinon j'pourrais pas faire de gâteau. »
Puis elle ajoute, avec un sourire éclatant :
« Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. »

 

11 novembre 2017

Consigne d'écriture n°14 - «Explosion»

 

La consigne

 

Cela commence avec une explosion

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Mon texte

Tout a commencé avec une explosion.

La journée me promettait une symphonie de contraintes. Un lundi comme les autres, avec son lot de ragots autour de la machine à café, sa ribambelle de courriers à ouvrir, de mails à trier, d'appels à transférer. Mon tailleur gris semblait assorti à mon emploi du temps. Des mois que je me désolais quotidiennement sur l'échec de ma vie : dix ans sans évolution professionnelle -secrétaire éternellement dévolue aux tâche ingrates- et une trajectoire amoureuse fade comme une soupe de navets... Même mon chat me faisait la gueule depuis que je l'avais abandonné pour une croisière moribonde avec ma mère. D'ailleurs j'étais à deux félins de devenir la folle aux chats : ce cliché de la vieille fille dont nous nous moquions tant mes copines et moi. Maintenant, elles sont toutes trop occupées, avec des marmots partagés avec leurs ex-maris et des familles décomposées comme l'est mon existence. Sauf que moi je n'ai rien à recomposer. Alors je continue à me lamenter, semaine après semaine. Sur ma solitude, l'ingratitude de mes proches, ma mère et sa mémoire en dentelle, ma sœur et ses problèmes de fric, mon cousin et ses cures de désintoxication. Ma thérapeute, lasse d'entendre mes jérémiades, a espacé nos séances.

9h32. Une enveloppe de plus. L'invitation s'adressait à la patronne de ma patronne. Un carton épais et mat fleurant bon les petits fours et les coupes de champagnes autour d’œuvres snobinardes. Je savais que madame Grimalier ne se rendait pas aux vernissages. La garce profitait, en plus d'une carrière florissante, d'une horde d'amants. Plus séduisants et plus jeunes que ne devraient le permettre les convenances. Pas le temps pour hanter les galeries d'art. Bref, cette entrée gratuite pour le royaume des couguars me faisait de l’œil. Je m'imaginais déjà : moi et ma petite robe noire qui ne m'allait pas si mal... Je me dégoterais un artiste de vingt ans à la barbe fournie persuadé de faire face à une femme de pouvoirs. Dans l'espoir que je finance sa carrière balbutiante de photographe underground, il se jetterait dans mon lit.

Alors oui, je n'avais pas résisté à l'attrait de mon fantasme. Le carton avait rejoint ma mauvaise imitation de sac haute couture. Rien que de sortir un lundi soir, ailleurs qu'au cinéma du coin -mon abonnement mensuel me tenant lieu de vie sociale-, c'était un séisme dans ma routine.

Ma petite robe noire et moi, on s'est offert le luxe d'un taxi.

Mon niveau d'attente revu à la baisse, j'attendais des plaisirs simples de la soirée : un moment à m’imaginer dans la peau d'une autre. Tant pis pour l'artiste de vingt-cinq ans sans le sou et sous mon charme de femme mûre... Oui, si je pouvais me gaver de petits fours en bonne compagnie, ce serait une réussite !

Le lieu, étroit et à moitié désert, se trouvait coincé entre un restaurant à sushis et un bar à tapas. Le genre de galerie miteuse à servir du mousseux à la place du champagne et des toasts au pâté au lieu de verrine de mousseline saumon fumée sous sa chantilly de fromage de chèvre. Tant pis.

Puis une explosion.

De couleurs et d'émotions. Une toile immense pour ce lieu minuscule. Le tout résolument contemporain. À mille lieux des impressionnistes que j'adore.

Une explosion de force dans les coups de pinceaux.

Là, quelque part dans mes entrailles tièdes, une chaleur monte. Mes yeux me brûlent. Chaque courbe me murmure un secret. Pour moi seule.

Rien ne peut empêcher ma bulle d'amertume d'éclater, fichant dans mon cœur comateux des bris de douleur et de désir. Devant moi, l’œuvre se trouble, filtrée par mes larmes.

Finalement je suis vivante.

 

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19 octobre 2017

L'écriture, mauvaise pour la santé ?

 

Lorsque l'on évoque la santé dans nos activités, les images évoquées restent celles d'efforts physiques : ces emplois où l'on porte des charges lourdes, ces hobbies durant lesquels notre corps est malmené,... Quant à l'écriture, elle ne semble pas poser problème.

Au delà des conséquences à rester vissé sur une chaise plusieurs heures durant, il faut avoir conscience que pour écrire bien et longtemps une santé correcte est indispensable. Cette bonne condition demandera deux dimensions : une première, mentale, consiste à pouvoir se concentrer durablement et la seconde, physique, demande endurance et capacité à adopter une posture physiologique.

I. Une histoire de concentration

 

Sur l’Écrhistoires, nous avons abordé quelques astuces pour « entrer en écriture », c'est à dire trouver l'impulsion pour commencer à écrire. Cette étape, lorsque l'on prend le temps de se construire un rituel, ne pose pas réellement problème. C'est après que les vrais soucis se pointent...

Un psychologue anglais, Norman Mackworth, fut recruté pendant la seconde guerre mondiale par la RAF pour étudier l'efficacité des opérateurs radar. Il détermina, grâce au test connu sous le nom d'horloge de Mackworth, qu'après 30 min on perdait 10 à 15 % de nos capacités. Cette baisse de performance et de l'attention existe tout au long notre journée et se traduit par une courbe en forme de cloche : la loi de Yerkès-Dodson.

Bien entendu, l'écriture ne s'apparente pas vraiment à la tâche d'opérateurs radar et une baisse de concentration n'aura pas de conséquences vitales. Pourtant comprendre comment fonctionne l'attention nous montre ses présupposés.

Ainsi une quantité suffisante de sommeil, une alimentation équilibrée et une consommation mesurée d'excitants favoriseront vos capacités de concentration. De plus, si on part de ces 30 min d'attention optimale, se ménager des pauses régulières d'un quart d'heure vous permettra de maintenir la qualité de votre travail.

Rappelons aussi que la méditation est un outil intéressant pour développer son attention.

 

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II. L'écriture : une activité physique ?

 

L'écriture est-elle une activité physique ? Pas la peine d'entretenir le suspens : oui le corps participe à l'écriture. Ceux qui travaillent dans un bureau ne pourront pas me contredire : rester assis des heures devant un ordinateur n'est pas une chose simple. Non seulement on peut avoir mal au dos et les yeux qui fatiguent mais on peut développer à terme des pathologies chroniques.

Comme pour la concentration, votre condition physique se travaille en amont. Nul besoin pour cela d'avoir une santé parfaite ou de pratiquer le sport à outrance. Il suffit d'inclure quelques éléments simples -et à la portée de tous- dans votre hygiène de vie. Tout d'abord un dos musclé est un dos en bonne santé. Au-delà de cela, une bonne posture fera une vraie différence. Le yoga ou le pilate me semblent de bonnes pistes pour favoriser ces muscles et une posture saine. Personnellement je pratique le yoga et bien que j'ai beaucoup -vraiment beaucoup- de progrès à faire, cette activité m'aide vraiment.

 

Ces-postures-de-yoga-vont-soulager-votre-dos-et-vos-hanches-en-seulement-4-minutes

Une activité corporelle régulière ne suffira sans doute pas. Votre environnement joue aussi un rôle primordial. Un siège de bonne qualité, une bonne position des mains sur le clavier,... Il est important de réfléchir sur la manière dont on travaille.

Nous venons de voir que pour rester efficace, il faut une bonne hygiène de vie. Mais comment mettre ces conclusions en pratique ?

 

III. Avant, pendant et après les longues séances de travail

 

Si vous prévoyez décrire de longues heures (plus de deux), je vous conseille de mettre toutes les chances de votre côté pour que cette séance se passe bien.

Prenez le temps de vous mettre en conditions avant de travailler. Prendre un quart d'heure pour faire quelques étirements ou des postures de yoga vous permettra de mieux gérer la séance physiquement. Pour la concentration, vous pouvez tout-à-fait enchaîner sur une courte méditation - au moins quelques minutes-. Ensuite installez-vous comme il faut et prévoyez de quoi vous hydrater.

Pendant la séance elle-même, essayez de prendre conscience de votre posture : le dos, la position des mains sur le clavier ou la manière dont vous tenez votre stylo. Si vous portez des lunettes, par pitié, mettez-les !

Ménagez-vous des pauses régulières. De mon côté, je prends une pause de dix minutes tous les trois-quart d'heure. Ses pauses ne consistent pas à rester vissé sur votre chaise et à errer sur les réseaux sociaux. C'est votre corps que vous devez reposer. Pour cela, n'hésitez pas à vous dégourdir les jambes ou même à faire de nouveau quelques étirements pour soulager votre dos. Mais le plus important reste, à mon sens, de ne pas continuer à utiliser d'écran. Si, comme moi, vous souffrez de problèmes de circulation, rester debout le temps de cette pause vous limitera les sensations de jambes lourdes et les œdèmes.

Vous êtes allés au bout de votre séance ? Bravo ! Prenez maintenant un moment pour vous étirer. Vous pouvez aussi masser vos poignets, très sollicités quand on écrit. Si possible, prévoyez une activité qui ne nécessita pas d'être assis. Une ballade, un peu de ménage,... peu importe, vous dégourdir ne pourra qu'être bénéfique !

N'oubliez pas que tout est question d'entraînement. Si vous « débutez », ne commencez pas par vouloir écrire trois heures de suite. Augmentez progressivement la longueur de vos séances.

Enfin, si des douleurs surviennent, n'hésitez pas à abréger. Mieux vaut cesser d'écrire pour le moment plutôt que de se faire mal et d'être dans l'incapacité de travailler pendant plusieurs jours. De plus si vous souffrez de migraines ou de votre dos plusieurs jours de suite, n'hésitez pas à consulter.

Bref, prenez soin de vous ! 

 

Et vous, souffrez-vous de rester en posture assise ?

 

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14 septembre 2017

Dialogues et réalisme

 

En juillet, j'avais abordé le dialogue sous l'angle de la typographie et vous avais assommés avec l'histoire du cadratin... Sincèrement, « habiller » ses dialogues me semble le point le plus simple. Avant tout, il faut savoir ce que l'on veut de la voix de nos personnages...

Nous commencerons par comprendre pourquoi le « réalisme » reste une question de choix. Quel contrat tacite l'auteur passera-t-il avec son lecteur ?

Toutefois lorsque l'on désire écrire des dialogues « réalistes », il me semble que nous devions d'abord appréhender les limites de ce réalisme.

Enfin, écrire un dialogue s'apparente à un art qui ne peut se limiter aux questions techniques.

I. Le réalisme des dialogues : choix littéraire ?

 

La première question que je poserai est la suivante : un dialogue doit-il être crédible ? Doit-il imiter la vie ? Doit-il sonner vrai ?

Dans un roman policier, fantastique ou réaliste, je pense sincèrement que oui mais ce n'est pas toujours le cas. Prenons un maître : Shakespeare. Othello et Hamlet sont des chefs d’œuvre et pourtant la poésie de leurs répliques ne laisse pas de place au réalisme. Est-ce grave ? Pas du tout. C'est bien à l'auteur de décider si ses dialogues seront réalistes ou non.

Si Shakespeare met tout au service de la poésie, de l'émotion, de la langue, d'autres grands écrivains ont tenté de donner une voix crédible à leurs personnages. C'est le cas de Tolstoï. D'ailleurs l'auteur russe ne comprenait pas Shakespeare et n'hésitait pas à s'en moquer :

Le monologue d’Othello auprès de Desdémone endormie, qu’il désire aussi belle morte que vivante, qu’il aimera aussi bien morte que vivante, dont il ne veut, maintenant, que respirer les parfums, etc., etc., ce monologue est absolument impossible. L’homme qui se prépare au meurtre d’une créature aimée ne peut prononcer des phrases pareilles, et il peut encore moins, après le meurtre, dire que maintenant le soleil et la lune doivent s’obscurcir et la terre éclater.”
Il était bien gentil Léon, mais est-ce bien mature de débiner ses petits camarades qui n'ont pas fait les même choix ? Prenons le célèbre roman d'Oscar Wilde Le Portrait de Dorian Gray, les dialogues fourmillent de bons mots, d'aphorismes,... L'esprit prime sur le réalisme et c'est, entre autres, ce qui rend la plume de l'écrivain irlandais aussi savoureuse.

 

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II. Un dialogue réaliste, à quel point ?

Le premier principe d'un dialogue réaliste est très simple : un dialogue crédible n'imite pas la vie. Pour preuve ? La prochaine fois que vous allez boire un café, écoutez quelques minutes les conversations de vos voisins de table. Si on les transcrivait tels quels, ces échanges feraient-il de bon dialogues ? Certes non. Les répétitions, les « euh », les passages ennuyeux, les hésitations... Tout ce qui émaille nos échanges dans la réalité n'auraient pas forcément sa place dans un roman. Un dialogue se doit d'imiter la vie...en mieux. Crédibilité ne signifie pas réalisme primaire.

Pour mieux expliquer ce principe, nous pourrions prendre le théâtre comme exemple. Un comédien, pour jouer juste, doit nous donner à nous, spectateurs, l'impression qu'il ressent vraiment ce qu'éprouve son personnage. Pourtant un acteur doit aussi faire porter sa voix et « élargir » l'amplitude de ses mouvements afin que tous -même au fond de la salle- puissent profiter de son jeu. Pour les dialogues, il en est de même, Ils ne devront pas imiter ou singer la vie mais en donner une illusion adaptée.

 

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Phèdre de Racine, mise en scène d’Ophélia Teillaud et  Marc Zammit - Théâtre Mouffetard, février 2012

 

III. L'écriture du dialogue : un art

 

Si le métier de dialoguiste semble tombé en désuétude, nous continuons à porter aux nues le travail d'auteurs tels que Michel Audiard ou Henri Jeanson. Car oui, le dialogue est un art à part entière.

L'importance du dialogue dans un scénario coule de source et il devrait en être de même pour le roman ou la nouvelle. Si vous aimez lire, vous devez avoir connu cette déception : vous êtes plongé dans une histoire, une bonne histoire, avec des personnages sympathiques et une intrigue prenante et là, patatras, les dialogues cassent tout. Les voix des personnages semblent tomber à côté, comme une mauvaise note en plein concerto.

 

Citation

 

Visuel citation : De bons dialogues donnent de bons personnages. De mauvais dialogues donnent de mauvais personnages. Joe Abercrombie, écrivain.

Hélas, la technique a ses limites et le dialogue est un art délicat : faire sonner juste une réplique est une question de musicalité. Ce n'est qu'avec beaucoup de lecture et de pratique que l'on parvient à saisir ce qui différencie un dialogue juste des autres.

Il est donc question d'oreille et si vous devez retenir un conseil, c'est celui-ci : travailler vos dialogues à haute voix. Quand vous les écrivez et quand vous les corrigez. C'est le meilleur moyen de voir s'ils sont naturels. De même, pensez à exercer votre oreille en écoutant les autres. Lorsque vous croisez quelqu'un avec un accent ou un phrasé particulier, restez attentif à la manière dont il s'exprime. Prenez quelques notes au besoin.
Bien sûr il existe de nombreux outils et techniques pour vous aider à parfaire vos dialogues. De plus, quelques prérequis semblent indispensables comme de comprendre quelles fonctions peut occuper une réplique ou l'importance d'avoir des personnages bien caractérisés. Promis, je prendrai le temps, dans les mois à venir, de revenir sur ces questions.
En attendant, ouvrez grandes vos oreilles : écouter les autres est la manière la plus simple d'améliorer notre capacité à donner une voix juste à un personnage...

 

Et vous, ami lecteur, dialogues réalistes ou envolées lyriques ?

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31 août 2017

La plume et le clavier : un duel à l'aube ?

 

Sur les sites consacrés à la fiction, dans les manuels théoriques mais aussi au sein des ateliers d'écriture, le sujet continue de faire débat : écrire à la main ou directement sur ordinateur. De la même manière que les lecteurs d'Epub s'opposent souvent à ceux qui préfèrent le poids d'un ouvrage entre leurs mains, la plume et le clavier semblent scinder les écrivants en deux clans.

En dehors de toute considération philosophique, il me paraît utile de simplement comprendre ce que ces deux écoles ont à nous offrir. Ces outils, au-delà de toute considération métaphysique, peuvent et doivent se mettre au service de notre créativité.

Nota Bene : il ne sera question ici que de papier et d'ordinateur. Quant à la possibilité d'écrire sur une tablette ou un smartphone, j'avoue que je n'ai jamais vraiment tenté l'expérience.

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I. Comparatif technique

Commençons cette réflexion par le plus évident : les avantages et inconvénients de chaque outil... Ceux qui privilégient l'écriture à la main ont l'avantage de pouvoir écrire partout et dans -presque- toutes les conditions : dans les transports en commun, debout ou même allongé dans le lit, en pleine nature,... Il suffit de disposer d'un bout de papier et d'un crayon. Quoi de plus nomade ? Au contraire l'ordinateur demande quelques aménagements. On peut tout à fait utiliser un portable à l'extérieur mais il faut le prévoir : transport, batterie,... S'il nous vient une envie subite d'écrire, ce sera plus compliqué...

Si utiliser un stylo apporte -pour certain- une dimension de « plaisir », on a tendance à se fatiguer au bout d'un moment. Surtout quand on a perdu l'habitude d'écrire à la main. Bien entendu plus on « pratique » et plus on dispose d’endurance mais pour avoir souffert de tendinites à répétition lorsque j'étais étudiante, il y a une limite. Le clavier n'a pas ce désavantage même si la fatigue oculaire à cause de l'écran peut devenir, à long terme, tout aussi handicapant.

Enfin, il est parfois intéressant de regarder les brouillons à la main. Nos ratures nous permettent de comprendre de quelle manière on travaille un texte. Les changements sont visibles alors que sur écran on supprime ce qui ne nous convient pas. Hélas cet avantage est contrebalancé par le fait qu'il est compliqué de corriger un texte écrit à la main. Il faudra recopier plusieurs fois les mêmes choses... Chaque version d'un projet prendra beaucoup de temps puisqu'on doit tout réécrire.

Au contraire, l'ordinateur permet de changer une partie de son texte sans tout recopier. On peut déplacer des paragraphes entiers sans se fatiguer...

Bref, que ce soit pour l'écriture manuscrite ou sur clavier, il existe autant d'avantages que d'inconvénients... Comment savoir quel outil utiliser ? En premier lieu, il convient d'apprendre à se connaître...

II. Apprendre à se connaître

 

Cette partie revient dans tellement de mes articles et de mes ateliers que le précepte d'apprendre à se connaître devient une règle de vie... Comme toujours, prenez donc le temps nécessaire pour vous observer. Écrire à la main ou taper sur clavier change-t-il quelque chose à votre inspiration, à votre efficacité, à votre créativité ?

Afin de vous aider, je ne saurais trop vous conseiller la tenue d'un journal d'auteur/d'écrivant. Prendre le temps -5 à 10 min par jour ou séance- de noter vos ressentis, vos difficultés, vos impressions vous permettra de comprendre votre processus créatif et, par conséquent, de le parfaire.

 

III. Choisir le bon outil au bon moment

 

Après avoir pris le temps de lister les avantages et inconvénients de chaque outil puis d'apprendre à vous connaître, le conseil qui nous intéresse coule de source. Il s'agit d'utiliser la plume ou le clavier selon vos propres préférences et particularités. Vous expliquer de quelle manière je procède me permettra d'être plus claire...

À la main, j'écris toutes mes réflexions, idées, notes parce qu'allumer mon ordinateur à chaque fois me semble fastidieux. Concernant mes écrits intimes -comme la tenue de mon journal-, j'utilise aussi un stylo.

Quant au reste, je le tape afin de pouvoir retravailler facilement mes textes. Il existe une exception : la poésie. Je suis incapable d’écrire le premier jet d'un poème sur ordinateur, j'ai besoin de papier. Peut-être parce que le genre poétique exige une réflexion pour chaque mot, que c'est un travail de grande précision...

Vous le voyez, je ne défends ni le clavier ni la plume, les deux me semblent complémentaires selon ce que l'on écrit et pourquoi. À vous de trouver le fonctionnement qui vous conviendra le mieux. Pour finir avec le sujet, un petit conseil... Lorsque je bloque sur une scène ou un passage, changer d'outil me permet parfois de renouveler l'inspiration. Passer au stylo quand je travaille sur écran a souvent donné un nouveau souffle à mon écriture. Une manière simple de surmonter certains obstacles...

 

Et vous, plutôt plume ou clavier ?