14 octobre 2017

Consigne d'écriture n°11 - « Une de journaux »

La consigne

 

Il s'agit de choisir parmi les trois une de journaux proposées et de prendre le gros titre comme point de départ. On utilise ce dernier comme source d'inspiration pour produire ce qu'on veut : poème, petite histoire, anecdote,... La seule contrainte ? Le titre du texte sera celui de la une choisie.

 

20min

 

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Mon texte

L'accueil est à revoir

 

L'asphalte trempée ne reflétait pas même la lueur de la pleine lune, complètement dissimulée par des nuages plus épais que l'air moite. Seule la lumière blanchâtre des éclaires illuminait de temps à autre les platanes qui bordaient la nationale. Au volant, la femme pinça les lèvres :

      — Arrête cette putain de radio !

Elizabeth s'exécuta sans demander son reste... Après tout, cette virée était son idée. Même qu'il lui avait fallu insister lourdement pour convaincre Angeline. La petite rousse avait bien conscience que sa compagne n'avait accepté que pour avoir la paix...

Après huit ans, leur couple était en train de sombrer. Inexorablement. Cette mise au vert de quarante-huit heures serait peut-être leur dernière chance. Angeline n'en pouvait plus. Non, elle n'en pouvait plus de ces innombrables silences, de ces nuits à dormir en droites parallèles, incapables de se rejoindre pour un peu de tendresse. Si au moins elles se disputaient... Sans doute eut-il mieux valu des cris et des portes qui claquent plutôt que ces jours ternes qui s'accumulaient comme des bons de réduction sur un frigo familial.

L'orage semblait s'être encore rapproché et le tonnerre, assourdissant, fit sursauter la conductrice :

— On devrait s'arrêter...

Devant le silence d'Elizabeth, elle s'agaça :

      — Quelle idée à la con aussi...

      — Tu veux quoi ? Pardon de vouloir casser la routine ! De vouloir un week-end romantique...

Comment Angeline aurait-elle pu lui en vouloir ? Alors qu'elle tentait de se concentrer sur la route, sa gorge se noua... Elle ne comprenait pas pourquoi ça leur arrivait. Épuisée par le boulot, elle avait négligé Elizabeth. Cela durait depuis si longtemps qu'il lui semblait désormais impossible de changer les choses. Est-ce que l'amour ne suffisait pas ? Quelle souffrance que de contempler l'agonie lente et silencieuse de leur couple !

Angeline eut à peine le temps de déchiffrer le panneau :

      — Un hôtel !

Le petit chemin de terre qu'elles prirent se transforma bientôt en sentier boueux au bout duquel se tenait l'établissement annoncé. Il se dressait au milieu de champs abandonnés, avec des lignes sévères et une façade décrépie. Quelques genévriers bordaient bien le chemin mais, sur le terrain lui-même, seulement des mauvaises herbes... Alors que le ciel d'encre ne montrait aucune étoile, un éclair illumina une terrasse au carrelage ébréché au centre de laquelle trônaient, sous des bâches jaunâtres, plusieurs tables à la ferraille rouillée. Leurs chaussures s'enfoncèrent dans la boue en un grand sploutch visqueux. À gauche de la porte en verre fumée, Elizabeth déchiffra le nom de l'établissement : « Au genévrier fleuri ». Malgré son dépit, Angeline ne voulu pas envenimer la situation :

      — Au moins c'est une vraie aventure...

Bagages à la main, elles franchirent le seuil pour se retrouver dans une entrée sombre. Derrière la banque d’accueil en formica, couleur banane digérée, se tenait une grosse femme aux cheveux vaguement auburn et à l'air revêche. Une cigarette sans filtre pendait mollement entre les lèvres fuchsia. Ses joues flasques et rougeaudes tremblotèrent dans une tentative de sourire qui ne parvint qu'à faire ressortir sa couperose. Au dessus des pommettes noyées dans la graisse, deux yeux minuscules étaient surplombés par de fins sourcils redessinés au crayon bordeaux.

Surmontant l'aspect peu aimable de l'hôtelière, Elizabeth s'avança :

       — Bonsoir... Auriez-vous une chambre disponible ?

       — Combien d'nuits ?

       — Deux, s'il vous plaît.

Le regard porcin se plissa :

       — On paye d'avance et en liquide.

       — Pas de problème...

Contre les billets, fourrés aussitôt dans sa blouse fleurie, elle leur tendit une clef à laquelle pendouillait une pierre grossièrement marquée d'un numéro :

      — Si y a besoin... J'bouge pas.

Le couple gravit l'étroit escalier pour entrer en silence dans la chambre. De gros tournesols s'étalaient sur le papier peint jauni et la lumière du plafonnier en rotin y jetait une lueur fade. Le lit, à la couverture orangée, occupait les deux tiers de la pièce. À sa gauche, une table de chevet marron accueillait un vieux téléphone beige à cadran sur un napperon ajouré. Dans un coin, une petite table bancale tenait lieu de bureau et offrait une pile de magasines féminins aussi vieux que la décoration. Balançant leurs sacs par terre, les jeunes femmes ouvrirent sur une salle de bain minuscule, son carrelage moucheté de bleu marine était fendillé et des stickers de coquillages dissimulaient mal quelques fissures.

Elizabeth se saisit d'une serviette de bain et déplia le tissu rêche pour révéler une tache jaunâtre :

      — Dégueulasse...

La jolie rousse déglutit... Angeline avait raison : toute cette histoire de week-end était un fiasco. Alors qu'elles auraient pu dîner dehors, parler devant une assiette bien garnie, voilà qu'elles se retrouvait dans le pire hôtel du pays. Les bottes couvertes de boue, la faim au ventre et la pluie qui battait contre les vitres criblée de crottes de mouche... Elle se tourna vers sa compagne, certaine de découvrir un regard plein de reproches :

      — Je suis dés-

Le teint mat d'Angeline avait viré au rouge brique et elle avait les yeux fermés. Elizabeth inspira profondément comme pour trouver le courage d’affronter :

      — Ecoute je-

Le rire éclata sans prévenir. Un rire joyeux et gourmand qu'elle n'avait plus entendu depuis des mois. Angeline, pliée en deux, tenta de reprendre sa respiration mais dès que son regard croisait celui de sa compagne, la crise reprenait. Tant et si bien que des larmes coulèrent bientôt sur ses joues rondes. Elizabeth pouffa avant de s'esclaffer franchement et, à son tour, se retrouva incapable de se reprendre.

Lorsqu'elles se calmèrent, elles s'assirent sur le dessus de lit orange. Fatiguée, Elizabeth osa poser sa tête sur l'épaule de la petite rousse qui leva la main pour lui caresser les cheveux. Sans doute l'établissement était un hôtel miteux et que l'accueil était à revoir ainsi que la propreté du lieu mais qu'importe... Tout était parfait.

 

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12 octobre 2017

Voyage en poésie : le Haïku

Née au début des années 80, je fais partie de ceux qui ont grandi avec le Club Dorothée et ses animés venus tout droit du Japon. Une manière très pop-culture de commencer à s’intéresser au pays du soleil levant. Plus tard, à l'adolescence, en plus des quelques manga que je lisais, je me suis plongée avec délice dans les contes de Ugetsu Monogatari ou les romans de Tanizaki et de Kawabata. Quant au haïku, qui nous intéresse aujourd'hui, je ne l'ai découvert d'une fois adulte, lorsque j'ai eu l'impression d'avoir fait le tour de la poésie occidentale. Ce pan de la littérature japonaise reste un univers vaste et passionnant que j'ai eu logiquement envie de partager ici.

 

I. Une forme, une histoire

 

Le haïku est un court poème japonais de 17 syllabes fractionné en trois séquences : de 5 syllabes, 7 syllabes et 5 syllabes.

Impossible d'aborder le haïku sans mentionner une des figures majeures de la poésie classique japonaise : Matsuo Munefusa. Plus connu sous le seul pseudonyme de Bashō 芭蕉, qui signifie « Bananier », il est né dans une famille de Bushi -la noblesse guerrière-. Né aux alentours de Kyoto en 1644, sa vie fut vouée à la poésie. Il connaîtra le succès à Edo (Tokyo) puis renoncera à la vie mondaine pour prendre l'habit de moine et s'installer dans un ermitage. Devant ce dernier il aurait planté un bananier, ce qui lui aurait valu son nom de plume. Il meurt en novembre 1694 après avoir cessé de s'alimenter et demandé à ses disciples d'écrire des vers pour lui. Sur sa tombe, on plantera un Bashō...

Le poète a largement contribué à l'éclosion de la poésie populaire mais il a surtout imposé un certain esprit du haïku, une forme de simplicité, de pureté, de légèreté. Souvent en lien avec la nature et parfois constitué d'une touche d'humour le haïku est souvent décrit comme la poésie de l'instant.

Un exemple parmi les 2000 haïku composés par le maître Bashō ?

 

un vieil étang

古池や

furu ike ya

une grenouille plonge
蛙飛びこむ

kawazu tobikomu

le bruit de l’eau
水の音

mizu no oto

Pour ceux qui voudraient se plonger dans l’œuvre de Matsuo Bashō, il existe de nombreuses traductions française de bonne qualité dont l'intégral des haïku de Bashō.

 

 

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II. Une forme, quelques principes

 

Comme je l'écrivais précédemment on considère souvent le haïku comme la poésie de l'instant. Mukai Kyorai, élève de Bashō, explique dans Kyorai shō que le haïku « C'est simplement ce qui arrive en tel lieu, à tel moment ». Pour parvenir à cette « capture poétique » , chaque mot est ciselé, chaque section travaillée. Peut-être à cause de cette idée de moment présent, on a souvent pensé ou dit que le haïku était une forme poétique du zen. Or pour René Sieffert, spécialiste de la littérature japonaise, l'école de Bashō n'a aucun lien avec le zen.

Maintenant que les choses sont claires, parlons un peu plus de ce qu'est un haïku. Tout d'abord il ne comporte pas de rime. Aucune. Oui, cela nous éloigne grandement de la poésie classique française -et c'est tant mieux!-. Il doit aussi être autonome, c'est à dire qu'il doit se suffire à lui-même. C'est une œuvre à part entière.

Le haïku comporte trois séquence, la première et la troisième de 5 syllabes et la deuxième de 7. Les poètes préconisent d'utiliser un vocabulaire simple -compris par tous- et précis. Par exemple on utilisera plus volontiers le terme chêne que celui d'arbre.

Les thèmes sont très varié bien que la nature tient une place importante dans nombre de recueils de haïku. Ce qu'on oublie parfois est que l'humour est présent chez de nombreux poètes japonais.

Bashō lui-même utilisait le terme de kokkei 滑稽 qui signifie humoristique, cocasse. Non seulement l'image évoquée par le poème peut être amusante mais les jeux de mots sont légions chez certains auteurs. Ainsi, Issa, un des quatre maîtres classiques du haïku, écrivait au dix-neuvième siècle :

Le vent du printemps

découvre les fesses

du couvreur

 

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III. Quelques instants poétiques

 

Parce que pour comprendre et apprécier les haïku, il n'y a rien de plus simple que d'en lire quelques uns, voici certaine de mes préférés :

 

« Oh ! une luciole qui vole

Je voulais crier « Regarde ! »

Mais j'étais seul »

                                  Taïgï

« Le marais, moite

Le silence blême et lourd

Soudain un canard !... »

                                Takasaki

« Sot le 31 décembre

Tout aussi sot

le Jour de l'An »

                              Shiki

« Dans l'eau que je puise

scintille le début

du printemps »

                            Ringaï

« Une fleur tombée

remonte à sa branche !

Non ! c'était un papillon »

                         Moritaka

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     Cet article n'étant qu'une courte bafouille, n’hésitez pas à lire quelques ouvrages sur le haïku ou de haïku si le sujet vous intéresse. Je vous signale d'ailleurs l'ouvrage passionnant de Philippe Costa Petit manuel pour écrire des haiku.

Le haïku est un exercice très agréable, je ne peux que vous encourager à vous y essayer... D'ailleurs lorsque je dirige des ateliers d'initiation à l'écriture poétique, le haïku en est une partie incontournable...

 

Et vous, ami lecteur, amateur d'haïku ?

 




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21 septembre 2017

Verbes de parole : utilité et limites


      La semaine dernière nous avons abordé la question du lien entre réalisme et dialogues. Vous le savez, la catégorie boîte à outils me permet d'aborder exclusivement la partie artisanale de l'écriture, la partie technique. Concernant les dialogues, nous avions déjà vu sa typographie, aussi j'ai pensé qu'il était temps d'évoquer les verbes de parole.

Qu'importe le nom qu'on leur octroie : verbes de parole, de dialogue ou introducteurs, ce sont des termes que tout écrivant utilisera un jour. Faire le point sur la manière la plus efficace de les utiliser me paraissait indispensable.



I. Verbes de dialogue : définition et liste



Un verbe de dialogue/parole ou introducteur est un verbe qui introduit la parole.

Pour trouver une liste de ces fameux verbes, il suffit de faire une recherche sur le Net et les résultats nous confirment la richesse de la langue française :

Aboyer ; accepter ; acclamer ; accorder ; accuser ; achever ; acquiescer ; adhérer ; adjurer ; admettre ; admonester ; s’adresser ; affirmer ; affranchir ; ajouter ; alléguer ; anathématiser ; ânonner ; annoter ; annoncer ; apostropher ; appeler ; applaudir ; apprendre ; approuver ; arguer ; argumenter ; arrêter ; articuler ; assener ; assurer ; attester ; avancer ; avertir ; aviser ; avouer ; babiller ; badiner ; bafouer ; bafouiller ; balbutier ; baragouiner ; bavarder ; bégayer ; bénir ; beugler ; blaguer ; blâmer ; bougonner ; bourdonner ; brailler ; bramer ; bredouiller ; brusquer ; cacher ; cafouiller ; capituler ; céder ; certifier ; chanter ; chantonner ; chuchoter ; choisir ; clamer ; combattre ; commander ; commenter ; compatir ; compléter ; composer ; concéder ; conclure ; confesser ; confier ; confirmer ; congratuler ; considérer ; conspuer ; conter ; contester ; contredire ; converser ; couiner ; couper ; cracher ; crachoter ; crépiter ; crier ; critiquer ; croire ; débiter ; décider ; déclamer ; déclarer ; décrire dédouaner ; déduire ; se défendre ; dégoiser ; demander ; démentir ; démontrer ; dénoncer ; déplorer ; détailler ; deviner ; deviser ; dévoiler ; dialoguer ; dire ; discourir ; discréditer ; discuter ; disserter ; dissimuler ; distinguer ; divulguer ; douter ; ébruiter ; éclater de rire ; égosiller ; égrener ; éluder ; s’émerveiller ; émettre ; emporter ; encenser ; enchérir ; encourager ; enguirlander ; énoncer ; enquérir ; entamer ; enflammer ; entonner ; entrer en matière ; énumérer ; épeler ; ergoter ; s’esclaffer ; estimer ; essayer ; établir ; éternuer ; s’étouffer ; étonner ; s’étrangler ; exagérer ; examiner ; exhorter ; exiger ; expliquer ; exploser ; exprimer ; s’excuser ; exposer ; exulter ; faire miroiter ; faire remarquer ; faire fanfaronner ; féliciter ; flatter ; finir ; formuler ; fustiger ; garantir ; se gargariser ; geindre ; gémir ; glisser ; glorifier ; gloser ; glousser ; gouailler ; grincer ; grognasser ; grogner ; grommeler ; gronder ; haleter ; haranguer ; hasarder ; héler ; hésiter ; honnir ; huer ; humilier ; hurler ; imaginer ; s’impatienter ; implorer ; s’incliner ; indiquer ; infirmer ; informer ; injurier ; innocenter ; insinuer ; insister ; insulter ; s’instruire ; s’insurger ; intercéder ; interdire ; s’intéresser ; s’interloquer ; interroger ; interrompre ; intervenir ; intimer ; inventer ; inventorier ; invoquer ; ironiser ; jauger ; jubiler ; juger ; jurer ; justifier ; lâcher ; lancer ; lire ; lister ; louer ; marmonner ; maugréer ; médire ; menacer ; mentir ; mépriser ; mettre en garde ; minauder ; minimiser ; monologuer ; murmurer ; se moquer ; narguer ; narrer ; nasiller ; négocier ; nier ; objecter ; objurguer ; obliger ; obtempérer ; observer ; s’offusquer ; opiner ; ordonner ; outrager ; palabrer ; papoter ; parlementer ; parler ; penser ; permettre ; pérorer ; persifler ; pester ; philosopher ; piaffer ; plaider ; plaisanter ; se plaindre ; plastronner ; pleurer ; pleurnicher ; polémiquer ; pontifier ; postillonner ; pouffer ; poursuivre ; préciser ; préférer ; présenter ; prétendre ; prier ; proférer ; prohiber ; promettre ; prôner ; prophétiser ; proposer ; protester ; prouver ; psalmodier ; quémander ; questionner ; quêter ; rabâcher ; raconter ; radoter ; railler ; rajouter ; râler ; rapporter ; rappeler ; rassurer ; raviser ; réaliser ; récapituler ; réciter ; réclamer ; reconnaître ; rectifier ; récuser ; redire ; refuser ; réfuter ; regretter ; se réjouir ; relater ; remarquer ; remettre en question ; renâcler ; renauder ; renchérir ; renseigner ; repartir ; répéter ; répliquer ; répondre ; reprendre ; réprimander ; réprouver ; requérir ; résister ; ressasser ; résumer ; rétorquer ; révéler ; revendiquer ; réviser ; ricaner ; riposter ; rire ; risquer ; ronchonner ; ronronner ; rouscailler ; rouspéter ; rugir ; saluer ; s’exclamer ; scruter ; seriner ; sermonner ; siffler ; signaler ; signifier ; sélectionner ; soliloquer ; solliciter ; sommer ; stigmatiser ; souffler ; souligner ; soupçonner ; sourire ; souscrire ; soutenir ; se souvenir ; suggérer ; supplier ; supputer ; susurrer ; taquiner ; tempérer ; tempêter ; tenter ; terminer ; tonitruer ; tonner ; traduire ; vanter ; vérifier ; vilipender ; vitupérer ; vociférer ; vomir ; zézayer, zozoter

Les répétions paraissent impossibles avec tant de propositions... Sauf qu'il est facile d'abuser des verbes de paroles et votre prose risque de s'en trouver plombée...

 

II. Les verbes de dialogues : des mots de plomb

King

Dans son ouvrage Écriture mémoire d'un métier, Stephen King nous adjure de ne pas abuser de l'utilisation de ces verbes de parole. Si je ne suis pas toujours d'accord avec les préceptes de de cet auteur, le piège qu'il évoque me paraît des plus réels !

Même la meilleure prose pâtirait d'un abus des verbes de dialogues... Une preuve de ce que j'avance ? Très bien... Prenons un classique du répertoire du dix-huitième siècle : Le jeu de l'amour et du hasard. Dans cette comédie de Marivaux, j'ai choisi la sixième scène de l'Acte II. Lisette et Arlequin, déguisé respectivement en leur maîtresse et maître, sont tombés amoureux. Prenons le début de leur tête à tête...

ARLEQUIN

Enfin, ma reine, je ne vous quitte plus car j'ai trop pâti d'avoir manqué de votre présence, et j'ai cru que vous esquiviez la mienne.

LISETTE

Il faut vous avouer, Monsieur, qu'il en était quelque chose.

ARLEQUIN

Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ?

LISETTE

Non, mon cher, la durée m'en est trop précieuse.

ARLEQUIN

Ah, que ces paroles me fortifient !

LISETTE

Et vous ne devez point douter de ma tendresse.

ARLEQUIN

Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne.

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Bien entendu, on ne peut nier une seconde que c'est fort bien écrit. Mais que se passerait-il si on collait un verbe de parole poussif à chaque réplique ?

Arlequin se plaignit :

— Enfin, ma reine, je ne vous quitte plus car j'ai trop pâti d'avoir manqué de votre présence, et j'ai cru que vous esquiviez la mienne.

— Il faut vous avouer, Monsieur, qu'il en était quelque chose, confessa Lisette.

— Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ? s'indigna-t-il.

— Non, mon cher, la durée m'en est trop précieuse, protesta-t-elle.

— Ah, que ces paroles me fortifient ! se réjouit le jeune homme.

— Et vous ne devez point douter de ma tendresse, confirma Lisette.

— Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne, s'enflamma-t-il.

Vous remarquerez que le dialogue, si plaisant au départ, perd toute sa légèreté. Si vous en doutez, il suffit de prendre le temps de lire cet échange à haute voix... Convaincu ? Bien entendu, on peut tout à fait piocher dans la liste donnée précédemment mais gardez à l'esprit d'utiliser les verbes de parole avec parcimonie.

 

III. Comment éviter l'abus des verbes de dialogues ?

 

Malgré toutes mes mises en garde, il faudra bien faire intervenir le récit dans les échanges un peu long. Cela permet de garder un certain dynamisme dans la scène en question.

Déjà nul besoin de rappeler à chaque réplique qui est l'interlocuteur, faites-le seulement de temps à autre et préférez les verbes simples. Enfin on peut très bien utiliser le mouvements de nos personnages pour introduire un dialogue. Par exemple :

« Surprise, Annie se pencha vers la jeune femme :

Il s'est passé quelque chose ? »

Pour conclure, je dirais aussi que si vos personnages sont bien construits, ils auront leur propre « voix ». Ces dernières seront alors suffisamment reconnaissables pour pouvoir se passer facilement de certains verbes de dialogue.

 

Et vous, quelle place tiennent les verbes de dialogue dans vos écrits ?

 

16 septembre 2017

Consigne d'écriture n°10 - «Terre»

 

La consigne

Un thème lié aux quatre éléments que nous ferons tous au fil du temps : Terre

 

Mon texte

 

Racines en terre

Compter mes racines

Me donne des forces

Ma terre sanguine

Nourrit mon écorce

 

Mon CV est à terme

Je dois être mobile

Mais ma terre reste ferme

Mes élans malhabiles

Région en bandoulière

Et le cœur indocile

Sur mon âme, des lierres

Ma terre au bord des cils

 

Compter mes racines

Me donne des forces

Ma terre sanguine

Nourrit mon écorce

 

Les pieds rivés au sol

Laissez-moi ma région

Elle reste ma boussole

Mes entrailles de Lyon

Car à fond et à flore

Partir c'est m'enterrer

Pas de ruée vers l'or

Impossible d'errer

Car à terre et à flore

Mon amour enferré

Je compterai encore

Mes racines au carré

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Envie de suivre la prochaine consigne ?

Pour cela, rien de plus simple, il suffit de s'inscrire à la newsletter...

 

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14 septembre 2017

Dialogues et réalisme

 

En juillet, j'avais abordé le dialogue sous l'angle de la typographie et vous avais assommés avec l'histoire du cadratin... Sincèrement, « habiller » ses dialogues me semble le point le plus simple. Avant tout, il faut savoir ce que l'on veut de la voix de nos personnages...

Nous commencerons par comprendre pourquoi le « réalisme » reste une question de choix. Quel contrat tacite l'auteur passera-t-il avec son lecteur ?

Toutefois lorsque l'on désire écrire des dialogues « réalistes », il me semble que nous devions d'abord appréhender les limites de ce réalisme.

Enfin, écrire un dialogue s'apparente à un art qui ne peut se limiter aux questions techniques.

I. Le réalisme des dialogues : choix littéraire ?

 

La première question que je poserai est la suivante : un dialogue doit-il être crédible ? Doit-il imiter la vie ? Doit-il sonner vrai ?

Dans un roman policier, fantastique ou réaliste, je pense sincèrement que oui mais ce n'est pas toujours le cas. Prenons un maître : Shakespeare. Othello et Hamlet sont des chefs d’œuvre et pourtant la poésie de leurs répliques ne laisse pas de place au réalisme. Est-ce grave ? Pas du tout. C'est bien à l'auteur de décider si ses dialogues seront réalistes ou non.

Si Shakespeare met tout au service de la poésie, de l'émotion, de la langue, d'autres grands écrivains ont tenté de donner une voix crédible à leurs personnages. C'est le cas de Tolstoï. D'ailleurs l'auteur russe ne comprenait pas Shakespeare et n'hésitait pas à s'en moquer :

Le monologue d’Othello auprès de Desdémone endormie, qu’il désire aussi belle morte que vivante, qu’il aimera aussi bien morte que vivante, dont il ne veut, maintenant, que respirer les parfums, etc., etc., ce monologue est absolument impossible. L’homme qui se prépare au meurtre d’une créature aimée ne peut prononcer des phrases pareilles, et il peut encore moins, après le meurtre, dire que maintenant le soleil et la lune doivent s’obscurcir et la terre éclater.”
Il était bien gentil Léon, mais est-ce bien mature de débiner ses petits camarades qui n'ont pas fait les même choix ? Prenons le célèbre roman d'Oscar Wilde Le Portrait de Dorian Gray, les dialogues fourmillent de bons mots, d'aphorismes,... L'esprit prime sur le réalisme et c'est, entre autres, ce qui rend la plume de l'écrivain irlandais aussi savoureuse.

 

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II. Un dialogue réaliste, à quel point ?

Le premier principe d'un dialogue réaliste est très simple : un dialogue crédible n'imite pas la vie. Pour preuve ? La prochaine fois que vous allez boire un café, écoutez quelques minutes les conversations de vos voisins de table. Si on les transcrivait tels quels, ces échanges feraient-il de bon dialogues ? Certes non. Les répétitions, les « euh », les passages ennuyeux, les hésitations... Tout ce qui émaille nos échanges dans la réalité n'auraient pas forcément sa place dans un roman. Un dialogue se doit d'imiter la vie...en mieux. Crédibilité ne signifie pas réalisme primaire.

Pour mieux expliquer ce principe, nous pourrions prendre le théâtre comme exemple. Un comédien, pour jouer juste, doit nous donner à nous, spectateurs, l'impression qu'il ressent vraiment ce qu'éprouve son personnage. Pourtant un acteur doit aussi faire porter sa voix et « élargir » l'amplitude de ses mouvements afin que tous -même au fond de la salle- puissent profiter de son jeu. Pour les dialogues, il en est de même, Ils ne devront pas imiter ou singer la vie mais en donner une illusion adaptée.

 

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Phèdre de Racine, mise en scène d’Ophélia Teillaud et  Marc Zammit - Théâtre Mouffetard, février 2012

 

III. L'écriture du dialogue : un art

 

Si le métier de dialoguiste semble tombé en désuétude, nous continuons à porter aux nues le travail d'auteurs tels que Michel Audiard ou Henri Jeanson. Car oui, le dialogue est un art à part entière.

L'importance du dialogue dans un scénario coule de source et il devrait en être de même pour le roman ou la nouvelle. Si vous aimez lire, vous devez avoir connu cette déception : vous êtes plongé dans une histoire, une bonne histoire, avec des personnages sympathiques et une intrigue prenante et là, patatras, les dialogues cassent tout. Les voix des personnages semblent tomber à côté, comme une mauvaise note en plein concerto.

 

Citation

 

Visuel citation : De bons dialogues donnent de bons personnages. De mauvais dialogues donnent de mauvais personnages. Joe Abercrombie, écrivain.

Hélas, la technique a ses limites et le dialogue est un art délicat : faire sonner juste une réplique est une question de musicalité. Ce n'est qu'avec beaucoup de lecture et de pratique que l'on parvient à saisir ce qui différencie un dialogue juste des autres.

Il est donc question d'oreille et si vous devez retenir un conseil, c'est celui-ci : travailler vos dialogues à haute voix. Quand vous les écrivez et quand vous les corrigez. C'est le meilleur moyen de voir s'ils sont naturels. De même, pensez à exercer votre oreille en écoutant les autres. Lorsque vous croisez quelqu'un avec un accent ou un phrasé particulier, restez attentif à la manière dont il s'exprime. Prenez quelques notes au besoin.
Bien sûr il existe de nombreux outils et techniques pour vous aider à parfaire vos dialogues. De plus, quelques prérequis semblent indispensables comme de comprendre quelles fonctions peut occuper une réplique ou l'importance d'avoir des personnages bien caractérisés. Promis, je prendrai le temps, dans les mois à venir, de revenir sur ces questions.
En attendant, ouvrez grandes vos oreilles : écouter les autres est la manière la plus simple d'améliorer notre capacité à donner une voix juste à un personnage...

 

Et vous, ami lecteur, dialogues réalistes ou envolées lyriques ?

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31 août 2017

La plume et le clavier : un duel à l'aube ?

 

Sur les sites consacrés à la fiction, dans les manuels théoriques mais aussi au sein des ateliers d'écriture, le sujet continue de faire débat : écrire à la main ou directement sur ordinateur. De la même manière que les lecteurs d'Epub s'opposent souvent à ceux qui préfèrent le poids d'un ouvrage entre leurs mains, la plume et le clavier semblent scinder les écrivants en deux clans.

En dehors de toute considération philosophique, il me paraît utile de simplement comprendre ce que ces deux écoles ont à nous offrir. Ces outils, au-delà de toute considération métaphysique, peuvent et doivent se mettre au service de notre créativité.

Nota Bene : il ne sera question ici que de papier et d'ordinateur. Quant à la possibilité d'écrire sur une tablette ou un smartphone, j'avoue que je n'ai jamais vraiment tenté l'expérience.

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I. Comparatif technique

Commençons cette réflexion par le plus évident : les avantages et inconvénients de chaque outil... Ceux qui privilégient l'écriture à la main ont l'avantage de pouvoir écrire partout et dans -presque- toutes les conditions : dans les transports en commun, debout ou même allongé dans le lit, en pleine nature,... Il suffit de disposer d'un bout de papier et d'un crayon. Quoi de plus nomade ? Au contraire l'ordinateur demande quelques aménagements. On peut tout à fait utiliser un portable à l'extérieur mais il faut le prévoir : transport, batterie,... S'il nous vient une envie subite d'écrire, ce sera plus compliqué...

Si utiliser un stylo apporte -pour certain- une dimension de « plaisir », on a tendance à se fatiguer au bout d'un moment. Surtout quand on a perdu l'habitude d'écrire à la main. Bien entendu plus on « pratique » et plus on dispose d’endurance mais pour avoir souffert de tendinites à répétition lorsque j'étais étudiante, il y a une limite. Le clavier n'a pas ce désavantage même si la fatigue oculaire à cause de l'écran peut devenir, à long terme, tout aussi handicapant.

Enfin, il est parfois intéressant de regarder les brouillons à la main. Nos ratures nous permettent de comprendre de quelle manière on travaille un texte. Les changements sont visibles alors que sur écran on supprime ce qui ne nous convient pas. Hélas cet avantage est contrebalancé par le fait qu'il est compliqué de corriger un texte écrit à la main. Il faudra recopier plusieurs fois les mêmes choses... Chaque version d'un projet prendra beaucoup de temps puisqu'on doit tout réécrire.

Au contraire, l'ordinateur permet de changer une partie de son texte sans tout recopier. On peut déplacer des paragraphes entiers sans se fatiguer...

Bref, que ce soit pour l'écriture manuscrite ou sur clavier, il existe autant d'avantages que d'inconvénients... Comment savoir quel outil utiliser ? En premier lieu, il convient d'apprendre à se connaître...

II. Apprendre à se connaître

 

Cette partie revient dans tellement de mes articles et de mes ateliers que le précepte d'apprendre à se connaître devient une règle de vie... Comme toujours, prenez donc le temps nécessaire pour vous observer. Écrire à la main ou taper sur clavier change-t-il quelque chose à votre inspiration, à votre efficacité, à votre créativité ?

Afin de vous aider, je ne saurais trop vous conseiller la tenue d'un journal d'auteur/d'écrivant. Prendre le temps -5 à 10 min par jour ou séance- de noter vos ressentis, vos difficultés, vos impressions vous permettra de comprendre votre processus créatif et, par conséquent, de le parfaire.

 

III. Choisir le bon outil au bon moment

 

Après avoir pris le temps de lister les avantages et inconvénients de chaque outil puis d'apprendre à vous connaître, le conseil qui nous intéresse coule de source. Il s'agit d'utiliser la plume ou le clavier selon vos propres préférences et particularités. Vous expliquer de quelle manière je procède me permettra d'être plus claire...

À la main, j'écris toutes mes réflexions, idées, notes parce qu'allumer mon ordinateur à chaque fois me semble fastidieux. Concernant mes écrits intimes -comme la tenue de mon journal-, j'utilise aussi un stylo.

Quant au reste, je le tape afin de pouvoir retravailler facilement mes textes. Il existe une exception : la poésie. Je suis incapable d’écrire le premier jet d'un poème sur ordinateur, j'ai besoin de papier. Peut-être parce que le genre poétique exige une réflexion pour chaque mot, que c'est un travail de grande précision...

Vous le voyez, je ne défends ni le clavier ni la plume, les deux me semblent complémentaires selon ce que l'on écrit et pourquoi. À vous de trouver le fonctionnement qui vous conviendra le mieux. Pour finir avec le sujet, un petit conseil... Lorsque je bloque sur une scène ou un passage, changer d'outil me permet parfois de renouveler l'inspiration. Passer au stylo quand je travaille sur écran a souvent donné un nouveau souffle à mon écriture. Une manière simple de surmonter certains obstacles...

 

Et vous, plutôt plume ou clavier ?

 

10 août 2017

Personnages : dix éléments indispensables

 

Dans l'écriture de fiction -romanesque ou scénaristique- la place des personnages est primordiale. Que serait Orgueil et Préjugé sans la fougueuse Elizabeth Bennet et le charismatique MrDarcy ? Aurions-nous la même fascination pour le roman d'Oscar Wilde sans l'humanité trouble de Dorian Gray ?

Soyons franc : il n'existe pas de recette magique qui permette d'obtenir ce petit quelque chose en plus, cette magie qui transforme un être de papier en une incarnation de chair et de sang. Néanmoins certains aspects me semblent indispensables pour tendre vers cet idéal. Ces quelques éléments ne feront pas de miracle mais vous aideront à construire vos personnages.

Certains auteurs élaborent soigneusement des « fiches de personnage » avant même de commencer à écrire. Ce n'est pas mon cas mais peu importe la méthodologie ; à terme les personnages principaux comportent tous ces dix ingrédients.

I. Une carte d’identité

  1. Un état civil

Commençons par le plus évident : l'état-civil ! Pas besoin de connaître tous les détails mais vous devrez pour le moins savoir le nom et l'âge de votre personnage.

Pour ce qui est de nommer les héros -ou personnages secondaires-, il existe plusieurs écoles. Certains se focaliseront sur la sonorité, d'autres sur la véracité -prénom en adéquation avec l'époque par exemple-, il y en a même qui misent sur un lien entre le nom et le rôle / caractère du personnage. Qu'importe... N'oubliez pas que rien n'est gravé dans le marbre, je suis en train d'écrire une trilogie et mon héroïne vient juste de changer de prénom alors que j'en suis au milieu du deuxième opus !

CNI

  1. Un physique

Ici pas la peine de connaître le moindre grain de beauté de notre personnage mais de garder une trace de son apparence générale : couleur des yeux / cheveux / stature / particularité physique. Il s'agit de ne pas se contredire lorsque l'on travaille sur un projet long.

  1. Une particularité

Personnellement j'aime bien octroyer à chacun de mes personnages une « particularité », quelque chose qu'il sera le seul à posséder dans le récit. Ce ne doit pas forcément être une rareté, seulement un signe extérieur qui marquera l'esprit du lecteur et différenciera facilement ce personnage des autres : des tâches de rousseur, le port de lunettes, un tatouage, une calvitie précoce...



Avec cela vous aurez les données de base du personnage mais rien qui le rendra véritablement attachant ou intéressant. C'est tout juste une enveloppe reconnaissable... Il est temps de lui donner une humanité.



II. Une humanité

  1. Un passé

Inutile de le rappeler, le passé est ce qui nous façonne : que nous nous construisions pour ou contre, grâce ou malgré, il me semble compliqué de comprendre quelqu'un sans savoir d'où il vient. Il en sera de même pour vos personnages. Là encore pas besoin de leur composer une biographie exhaustive, gardez à l'esprit quelques éléments de sa vie AVANT le temps du récit. Il ne sera peut-être pas pertinent de donner toutes ces infos au lecteur, cela permettra surtout la cohérence dans la trajectoire du personnage.

Par exemple savoir que votre héros n'a pas pu faire d'études à cause d'une enfance pauvre aura une influence sur son rapport au savoir, à la culture ou à l'argent.

  1. Des aspérités

Là il s'agit surtout des personnages principaux : un héros trop parfait ou un « méchant » seulement monstrueux n'ont que peu d'intérêt. Tout être humain a des contradictions, des aspérités, des zones d'ombre et de lumière. À vous de jouer avec cela pour donner à vos personnages une complexité suffisamment intéressante pour apporter un plus au récit sans pour autant tomber dans le cliché.

  1. Un mode de fonctionnement

Savoir comment fonctionne un personnage est fondamental. Celui-ci est-il dominé par une vision manichéenne du monde, un respect de l'ordre et des règles ? Alors il réagira aux événements extérieur en gardant ce fonctionnement.

  1. Une voix

La voix combine la manière de penser et de s'exprimer. Cette notion arrive en dernier de cette partie parce qu'elle découle de tout le reste. Le vocabulaire utilisé changera en fonction du milieu dont est issu le personnage ainsi que de sa capacité à apprendre... Le phrasé et le rythme ne sera pas le même selon qu'il est introverti ou très sociale. En prenant tout cela en compte, vous parviendrez plus facilement à donner une coloration unique à cette voix. Dans l'idéal, un dialogue devrait être imputable à un personnage donné parce que « reconnaissable ».

III. Une existence « narrative »

  1. Un rôle dans l'histoire ou la narration

Puisque nous avons désormais un personnage complet, avec un passé, un fonctionnement, une apparence,... il est temps de le placer dans le récit. De la même façon qu'un producteur/réalisateur engagera un acteur pour un rôle précis, il convient de savoir lequel incarnera le personnage en question. Pour les héros ou l'antagoniste, la question paraît d'une simplicité enfantine... Mais pour les autres ? Pourquoi ce personnage existe-t-il ? Pour aider le héros ? Pour apporter un peu de légèreté dans le récit ? Un personnage, même bon, doit servir à quelque chose.

  1. Un objectif

Là on revient au fonctionnement de notre personnage. Qu'importe son rôle dans le récit, il doit avoir un « objectif ». Ce dernier est le ressort qui le fera agir. Prenons un exemple : le collègue du héros existe pour lui faire perdre son emploi, il dénoncera une faute grave de notre personnage principal et le fera licencier. Mais pourquoi faire cela ? Est-ce un homme si ambitieux qu'il est prêt à tout pour évincer un « concurrent » ? Un père de famille nombreuse qui agit à contrecœur, par peur de perdre lui-même son emploi ?

  1. Un arc dramatique travaillé

On appelle arc dramatique la trajectoire émotionnel du personnage, comment les événements narratifs vont le transformer, le révéler... Un héros ou un personnage secondaire ne sera pas le même au début et à la fin de son existence dans le récit. De la même façon que le caractère du personnage aura une influence sur sa manière d'agir aux événements, ces derniers auront à leur tour une influence sur lui. Par exemple une héroïne très jeune confrontée plusieurs fois à la trahison deviendra sans doute plus méfiante.

Connaître l'arc dramatique d'un personnage permet d'être attentif à garder le récit dans une dynamique, à ne pas trop s'égarer en cours de route.

 

Perso

Cet article aborde de nombreuses notions... S'il rappelle les fondamentaux, j'espère avoir l'occasion de revenir plus précisément sur chacun de ses éléments.

Il est inutile de faire une liste de ces « indispensables » à chaque fois que vous écrivez mais cela devient intéressant quand un personnage vous semble faible. Pour vous aider à trouver ce qui « cloche ».

 

Quel exemple de personnage particulièrement réussi vous vient à l'esprit ?

 

27 juillet 2017

Habiller ses dialogues

 

Dans la littérature contemporaine, encore plus de divertissement, les dialogues tiennent une place primordiale. Pour le confirmer, il suffit d'entrer dans une librairie et de feuilleter quelques romans.

Donner une « voix » aux personnage s'apparente à un art à part entière et j'aurai l'occasion d'aborder le sujet dans les mois à venir. Mais avant même de se poser des questions aussi délicates que « Un dialogue doit-il être réaliste ? » ou « Quelles fonctions doivent occuper le dialoque dans un roman ? », il me semblait primordiale de parler typographie.

En effet, un dialogue ne se présente pas n'importe comment. L'habiller de la bonne ponctuation, c'est déjà faire preuve d'une rigueur appréciable pour le lecteur.

Citation

 

I. Les guillemets, une question de pays ?



La typographie est une question complexe et je suis loin d'être une spécialiste. Je peux seulement partager ce que j'ai appris au fil du temps.

Commençons par les guillemets... On pourrait croire que la question est d'une simplicité d'école primaire : ouvrez-les en début de dialogue et n'oubliez pas les refermer ! Si seulement cela se résumait à une histoire d'ouverture et de fermeture...

En effet il en existe de deux sortes, les anglais :

 

GuillAng

 

Et les français, qui ont reçu l'aval de l'Académie française :

 

GuillFr

Si vous choisissez d'ouvrir vos dialogues -et de les fermer- avec des guillemets, il va sans dire que vous utiliserez les seconds. A moins que vous n'écriviez dans la langue de Shakespeare -et dans ce cas, permettez-moi, si ce n'est pas votre langue maternelle, de vous exprimez mon admiration-...

Les dialogues peuvent donc être introduits par des guillemets ouverts que vous fermerez à la fin.

Notez bien qu'on n'encadre pas chaque réplique et que la règle suivante s'applique en français : une paire de guillemets par dialogue.

« Prends ton manteau, dit-il en se levant. On s'en va. »

Ensuite, quand il y a échange de répliques, on n'ouvre pas les guillemets à chaque fois, on marque chaque changement d'interlocuteur par un tiret, élément sur lequel vous ne devez pas faillir si vous désirez présenter un tapuscrit le plus professionnel possible.

II. Tiret, une question de rigueur !

Prenons d'ailleurs le temps d'aborder la question de ces fameux tirets. Contrairement à ce que beaucoup pensent, non les tirets de dialogue ne sont ni des tirets simples,

- Prends ton manteau...

Ni des tirets bas :

_ Prends ton manteau...

On garde les premiers pour les utiliser en trait d'union dans les mots composés ou les soudures grammaticales ( par exemple y a-t-il).

Pour les dialogues, on se sert des tirets cadratins :

Prends ton manteau...

Si vous avez besoin d'indications techniques pour les utiliser dans les traitements de texte les plus courant (Word et OpenOffice), signalez-le moi en commentaire, je ferais un tuto sur le sujet dans les mois à venir.

III. Faire des choix : pourquoi, comment ?

Dans la littérature contemporaine, il existe plusieurs manières de présenter ses dialogues. Si la solution classique reste le combo ouverture/fermeture de guillemet + tiret cadratin, il existe une autre manière de marquer vos dialogues. Elle est de plus en plus l'usage dans l'édition contemporaine. On se passe de guillemet et on se contente d'utiliser des tirets.

De manière tout à fait personnelle, voici les choix auxquels je me tiens. Dans les écrits où il y a très peu de dialogue, j'utilise des guillemets. Pour ceux qui sont riches en discours direct, je m'en passe avec soulagement.

Le domaine de la typographie est une discipline complexe et je ne suis pas une spécialiste, je me limiterai donc à ce que nous venons de voir. De plus, si votre travail est édité, il va sans dire que des professionnels de la question sauront peaufiner tout cela bien mieux que n'importe quel amateur...

Peu importe le choix que vous ferez, sachez qu'il faut rester cohérent et s'y tenir tout au long de votre tapuscrit.



Et vous, quel choix pour vos dialogues ?

 

 

15 juillet 2017

Consigne d'écriture n°9 - épiphore

La consigne

Écrire un texte -sujet et forme libre- utilisant l'épiphore - figure de style consistant en la répétition, à la fin de deux ou de plusieurs groupes de phrases ou de vers qui se succèdent, d'un même mot ou d'un même groupe de mots -.

 

Mon texte

 

Les épreuves en intérim

La vie palpite toujours

La joie succède aux abîmes

Et la nuit succède au jour

Dans les victoires ou les deuils

La leçon n'est pas facile

La fatigue au coin de l’œil

La sagesse au bord des cils

 

Sans artifice

De son aiguille

Le temps nous tisse

À bout de fil

Vois ce qui brille

Comme une envie

Jamais facile

Reste la vie

La vie fragile

Comme une envie

Reste la vie

Au bord des cils

 

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06 juillet 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 3/3

 

Si vous avez suivi les deux premières étapes de ce « Tuto du stylo », à découvrir ici et , vous disposez à présent de la première mouture, version, d'une histoire. Qu'elle comporte 500 ou 3000 mots, vous pouvez d'ors et déjà être fier de vous. Pourtant le plus gros du travail reste à faire : passer d'un premier jet à un écrit abouti.

Quand on évoque la correction, immanquablement, on pense à ces copies de français, maths ou histoire -rayez la ou les mentions inutiles- saturées de rouge qui provoquaient un soupire déçu ou la colère de nos parents. Ces souvenirs parfois déplaisants peuvent nous freiner. Or la correction en écriture n'est pas notation. La correction pour un écrivain, c'est d'abord une valorisation de ses capacités littéraires. C'est répondre à cette question centrale en Art : de quelle manière je peux magnifier mon œuvre pour qu'elle s'approche au plus près de mon idéal ?

Au fil du temps, cette étape, que l'on redoute tant au début, devient un passage profondément créatif, porteur d'espoir et de jubilation.

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

 

Prendre du recul...

 

Il s'agit tout d'abord de prendre du recul au sens propre du terme. Et ce de deux manières : temporelle et physique.

Sauf deadline -dans le cadre d'une activité professionnelle ou d'un concours-, mieux vaut éviter de se pencher à chaud sur son texte. Pour gagner en pertinence et en efficacité, on laisse reposer son écrit. Mais alors QUAND doit-on retravailler ses productions ? Il n'existe -hélas- pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question légitime. Cela dépend de plusieurs facteurs dont un seul est neutre, la longueur de votre production, et c'est celui qui, à mes yeux, compte le moins. Finalement ce que je prends personnellement en compte c'est mon lien émotionnel au projet. Si c'est un écrit théorique, je peux me pencher dessus dès le lendemain. Si c'est un poème à dimension autobiographique, il me faut parfois des mois avant d'être capable de le retravailler avec intelligence.

Enfin au-delà du recul temporel, un recul physique est non seulement possible mais souhaitable. Si, comme moi, vous écrivez votre premier jet directement sur ordinateur, évitez de corriger sur écran, l'expérience m'a appris que c'était beaucoup moins efficace -aussi bien pour retravailler un texte que pour une correction stricte (grammaticale et orthographique).

Si vous écrivez à la main : le moment de taper sa production reste une bonne occasion de commencer les corrections.

Enfin, un dernier petit conseil : gardez une trace de toutes les versions de votre travail. Non seulement on peut s'apercevoir que finalement tel passage supprimé a sa place dans le récit mais cela permet de voir combien notre texte s'est amélioré !

 

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Exemple de manuscrit personnel après relecture pour correction

 

La question de la bienveillance

 

Prendre du recul au sens strict du terme ne suffit toutefois pas, il s'agit aussi de porter un regard juste sur ses écrits. Une question délicate puisque cela consiste à faire l'équilibriste pour ne tomber ni dans une satisfaction aveugle ni dans l'autoflagellation.

Le premier principe à intégrer est le suivant : ne pas confondre ce que l'on produit avec soi-même. Je ne nierais pas que l'on a souvent un lien étroit et fort avec notre travail mais il ne s'agit pas de confondre ce que l'on produit avec ce que l'on est. Cette confusion reste commune. Combien d'écoliers ont pensé -et pensent encore- qu'obtenir une mauvaise note signifie qu'eux-même sont « nuls » ou méritent un 0 ?

Au début, lorsque je me rendais compte qu'une de mes scènes était franchement mauvaise, j'avais envie de tout envoyer au diable. Je me disais « Ah, tant pis, je suis nulle ! Je n'arrive à rien ! Je me suis pris pour Flaubert mais je suis incapable d'écrire un truc qui tienne la route ! ». Alors je mettais tout à la poubelle. Avant de me résoudre, quelques jours après, à tout recommencer.

Aujourd'hui encore certains passages me désespèrent. Seulement j'ai compris que je ne pouvais simplement pas toujours faire  bien. Où serait l'intérêt si je ne pouvais pas progresser et retravailler mes écrits ?

Si vous deviez adopter une devise ultime, ce serait la suivante « Exigence et bienveillance ».

 

Manuscrit

 

Marcel Proust – Manuscrit de À la recherche du temps perdu

 

Une question de connaissance de soi...

 

Dans son célèbre ouvrage, Écriture, mémoires d'un métier, Stephen King nous fait part d'un conseil reçu d'un directeur de publication lorsque, jeune auteur, il collectionnait les lettres de refus. Une règle simple que l'écrivain continue de faire sienne : Version 2 = version 1 – 10 %. Cette maxime peut être utile à certains mais doit être considérée avec précaution car elle ne convient pas à tous.

« Alors pourquoi la citer ? », me demanderez-vous. Car ce principe nous rappelle que l'on doit être capable de sacrifier certains passages pour le bien de son texte. Quant aux chiffres, je me permettrais simplement de vous conseiller d'apprendre à vous connaître. Personnellement j'ai tendance à l'économie lorsque j'écris. Radine dans mes descriptions, je me retrouve le plus souvent à devoir compléter mes textes. Ce que je gagne en matière, je la perds néanmoins quand je me préoccupe du « style ». Lors de de cette étape, je me rends compte que je multiple les mots inutiles et me voilà en train de rayer, supprimer, raturer. Malgré mes progrès au fil des années, il y a toujours à parfaire, que ce soit en ajoutant ou en épurant. À vous de trouver comment valoriser au mieux les qualités de votre plume, en prenant en compte ce qui fait votre singularité, votre identité d'écrivant.

L'astuce en plus : pour mieux mettre en relief et les imperfections d'un texte, rien ne remplace la lecture à voix haute. Pas besoin de public... Seul dans votre salon ou votre bureau, lisez votre publication en prenant soin d'articuler, de ne pas aller trop vite. Vous verrez que répétitions, dialogues faibles, tournures incompréhensibles, et toute autre maladresse gagnent en visibilité !

 

 

Et vous des astuces personnelles à partager ?