14 septembre 2017

Dialogues et réalisme

 

En juillet, j'avais abordé le dialogue sous l'angle de la typographie et vous avais assommés avec l'histoire du cadratin... Sincèrement, « habiller » ses dialogues me semble le point le plus simple. Avant tout, il faut savoir ce que l'on veut de la voix de nos personnages...

Nous commencerons par comprendre pourquoi le « réalisme » reste une question de choix. Quel contrat tacite l'auteur passera-t-il avec son lecteur ?

Toutefois lorsque l'on désire écrire des dialogues « réalistes », il me semble que nous devions d'abord appréhender les limites de ce réalisme.

Enfin, écrire un dialogue s'apparente à un art qui ne peut se limiter aux questions techniques.

I. Le réalisme des dialogues : choix littéraire ?

 

La première question que je poserai est la suivante : un dialogue doit-il être crédible ? Doit-il imiter la vie ? Doit-il sonner vrai ?

Dans un roman policier, fantastique ou réaliste, je pense sincèrement que oui mais ce n'est pas toujours le cas. Prenons un maître : Shakespeare. Othello et Hamlet sont des chefs d’œuvre et pourtant la poésie de leurs répliques ne laisse pas de place au réalisme. Est-ce grave ? Pas du tout. C'est bien à l'auteur de décider si ses dialogues seront réalistes ou non.

Si Shakespeare met tout au service de la poésie, de l'émotion, de la langue, d'autres grands écrivains ont tenté de donner une voix crédible à leurs personnages. C'est le cas de Tolstoï. D'ailleurs l'auteur russe ne comprenait pas Shakespeare et n'hésitait pas à s'en moquer :

Le monologue d’Othello auprès de Desdémone endormie, qu’il désire aussi belle morte que vivante, qu’il aimera aussi bien morte que vivante, dont il ne veut, maintenant, que respirer les parfums, etc., etc., ce monologue est absolument impossible. L’homme qui se prépare au meurtre d’une créature aimée ne peut prononcer des phrases pareilles, et il peut encore moins, après le meurtre, dire que maintenant le soleil et la lune doivent s’obscurcir et la terre éclater.”
Il était bien gentil Léon, mais est-ce bien mature de débiner ses petits camarades qui n'ont pas fait les même choix ? Prenons le célèbre roman d'Oscar Wilde Le Portrait de Dorian Gray, les dialogues fourmillent de bons mots, d'aphorismes,... L'esprit prime sur le réalisme et c'est, entre autres, ce qui rend la plume de l'écrivain irlandais aussi savoureuse.

 

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II. Un dialogue réaliste, à quel point ?

Le premier principe d'un dialogue réaliste est très simple : un dialogue crédible n'imite pas la vie. Pour preuve ? La prochaine fois que vous allez boire un café, écoutez quelques minutes les conversations de vos voisins de table. Si on les transcrivait tels quels, ces échanges feraient-il de bon dialogues ? Certes non. Les répétitions, les « euh », les passages ennuyeux, les hésitations... Tout ce qui émaille nos échanges dans la réalité n'auraient pas forcément sa place dans un roman. Un dialogue se doit d'imiter la vie...en mieux. Crédibilité ne signifie pas réalisme primaire.

Pour mieux expliquer ce principe, nous pourrions prendre le théâtre comme exemple. Un comédien, pour jouer juste, doit nous donner à nous, spectateurs, l'impression qu'il ressent vraiment ce qu'éprouve son personnage. Pourtant un acteur doit aussi faire porter sa voix et « élargir » l'amplitude de ses mouvements afin que tous -même au fond de la salle- puissent profiter de son jeu. Pour les dialogues, il en est de même, Ils ne devront pas imiter ou singer la vie mais en donner une illusion adaptée.

 

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Phèdre de Racine, mise en scène d’Ophélia Teillaud et  Marc Zammit - Théâtre Mouffetard, février 2012

 

III. L'écriture du dialogue : un art

 

Si le métier de dialoguiste semble tombé en désuétude, nous continuons à porter aux nues le travail d'auteurs tels que Michel Audiard ou Henri Jeanson. Car oui, le dialogue est un art à part entière.

L'importance du dialogue dans un scénario coule de source et il devrait en être de même pour le roman ou la nouvelle. Si vous aimez lire, vous devez avoir connu cette déception : vous êtes plongé dans une histoire, une bonne histoire, avec des personnages sympathiques et une intrigue prenante et là, patatras, les dialogues cassent tout. Les voix des personnages semblent tomber à côté, comme une mauvaise note en plein concerto.

 

Citation

 

Visuel citation : De bons dialogues donnent de bons personnages. De mauvais dialogues donnent de mauvais personnages. Joe Abercrombie, écrivain.

Hélas, la technique a ses limites et le dialogue est un art délicat : faire sonner juste une réplique est une question de musicalité. Ce n'est qu'avec beaucoup de lecture et de pratique que l'on parvient à saisir ce qui différencie un dialogue juste des autres.

Il est donc question d'oreille et si vous devez retenir un conseil, c'est celui-ci : travailler vos dialogues à haute voix. Quand vous les écrivez et quand vous les corrigez. C'est le meilleur moyen de voir s'ils sont naturels. De même, pensez à exercer votre oreille en écoutant les autres. Lorsque vous croisez quelqu'un avec un accent ou un phrasé particulier, restez attentif à la manière dont il s'exprime. Prenez quelques notes au besoin.
Bien sûr il existe de nombreux outils et techniques pour vous aider à parfaire vos dialogues. De plus, quelques prérequis semblent indispensables comme de comprendre quelles fonctions peut occuper une réplique ou l'importance d'avoir des personnages bien caractérisés. Promis, je prendrai le temps, dans les mois à venir, de revenir sur ces questions.
En attendant, ouvrez grandes vos oreilles : écouter les autres est la manière la plus simple d'améliorer notre capacité à donner une voix juste à un personnage...

 

Et vous, ami lecteur, dialogues réalistes ou envolées lyriques ?

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31 août 2017

La plume et le clavier : un duel à l'aube ?

 

Sur les sites consacrés à la fiction, dans les manuels théoriques mais aussi au sein des ateliers d'écriture, le sujet continue de faire débat : écrire à la main ou directement sur ordinateur. De la même manière que les lecteurs d'Epub s'opposent souvent à ceux qui préfèrent le poids d'un ouvrage entre leurs mains, la plume et le clavier semblent scinder les écrivants en deux clans.

En dehors de toute considération philosophique, il me paraît utile de simplement comprendre ce que ces deux écoles ont à nous offrir. Ces outils, au-delà de toute considération métaphysique, peuvent et doivent se mettre au service de notre créativité.

Nota Bene : il ne sera question ici que de papier et d'ordinateur. Quant à la possibilité d'écrire sur une tablette ou un smartphone, j'avoue que je n'ai jamais vraiment tenté l'expérience.

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I. Comparatif technique

Commençons cette réflexion par le plus évident : les avantages et inconvénients de chaque outil... Ceux qui privilégient l'écriture à la main ont l'avantage de pouvoir écrire partout et dans -presque- toutes les conditions : dans les transports en commun, debout ou même allongé dans le lit, en pleine nature,... Il suffit de disposer d'un bout de papier et d'un crayon. Quoi de plus nomade ? Au contraire l'ordinateur demande quelques aménagements. On peut tout à fait utiliser un portable à l'extérieur mais il faut le prévoir : transport, batterie,... S'il nous vient une envie subite d'écrire, ce sera plus compliqué...

Si utiliser un stylo apporte -pour certain- une dimension de « plaisir », on a tendance à se fatiguer au bout d'un moment. Surtout quand on a perdu l'habitude d'écrire à la main. Bien entendu plus on « pratique » et plus on dispose d’endurance mais pour avoir souffert de tendinites à répétition lorsque j'étais étudiante, il y a une limite. Le clavier n'a pas ce désavantage même si la fatigue oculaire à cause de l'écran peut devenir, à long terme, tout aussi handicapant.

Enfin, il est parfois intéressant de regarder les brouillons à la main. Nos ratures nous permettent de comprendre de quelle manière on travaille un texte. Les changements sont visibles alors que sur écran on supprime ce qui ne nous convient pas. Hélas cet avantage est contrebalancé par le fait qu'il est compliqué de corriger un texte écrit à la main. Il faudra recopier plusieurs fois les mêmes choses... Chaque version d'un projet prendra beaucoup de temps puisqu'on doit tout réécrire.

Au contraire, l'ordinateur permet de changer une partie de son texte sans tout recopier. On peut déplacer des paragraphes entiers sans se fatiguer...

Bref, que ce soit pour l'écriture manuscrite ou sur clavier, il existe autant d'avantages que d'inconvénients... Comment savoir quel outil utiliser ? En premier lieu, il convient d'apprendre à se connaître...

II. Apprendre à se connaître

 

Cette partie revient dans tellement de mes articles et de mes ateliers que le précepte d'apprendre à se connaître devient une règle de vie... Comme toujours, prenez donc le temps nécessaire pour vous observer. Écrire à la main ou taper sur clavier change-t-il quelque chose à votre inspiration, à votre efficacité, à votre créativité ?

Afin de vous aider, je ne saurais trop vous conseiller la tenue d'un journal d'auteur/d'écrivant. Prendre le temps -5 à 10 min par jour ou séance- de noter vos ressentis, vos difficultés, vos impressions vous permettra de comprendre votre processus créatif et, par conséquent, de le parfaire.

 

III. Choisir le bon outil au bon moment

 

Après avoir pris le temps de lister les avantages et inconvénients de chaque outil puis d'apprendre à vous connaître, le conseil qui nous intéresse coule de source. Il s'agit d'utiliser la plume ou le clavier selon vos propres préférences et particularités. Vous expliquer de quelle manière je procède me permettra d'être plus claire...

À la main, j'écris toutes mes réflexions, idées, notes parce qu'allumer mon ordinateur à chaque fois me semble fastidieux. Concernant mes écrits intimes -comme la tenue de mon journal-, j'utilise aussi un stylo.

Quant au reste, je le tape afin de pouvoir retravailler facilement mes textes. Il existe une exception : la poésie. Je suis incapable d’écrire le premier jet d'un poème sur ordinateur, j'ai besoin de papier. Peut-être parce que le genre poétique exige une réflexion pour chaque mot, que c'est un travail de grande précision...

Vous le voyez, je ne défends ni le clavier ni la plume, les deux me semblent complémentaires selon ce que l'on écrit et pourquoi. À vous de trouver le fonctionnement qui vous conviendra le mieux. Pour finir avec le sujet, un petit conseil... Lorsque je bloque sur une scène ou un passage, changer d'outil me permet parfois de renouveler l'inspiration. Passer au stylo quand je travaille sur écran a souvent donné un nouveau souffle à mon écriture. Une manière simple de surmonter certains obstacles...

 

Et vous, plutôt plume ou clavier ?

 

10 août 2017

Personnages : dix éléments indispensables

 

Dans l'écriture de fiction -romanesque ou scénaristique- la place des personnages est primordiale. Que serait Orgueil et Préjugé sans la fougueuse Elizabeth Bennet et le charismatique MrDarcy ? Aurions-nous la même fascination pour le roman d'Oscar Wilde sans l'humanité trouble de Dorian Gray ?

Soyons franc : il n'existe pas de recette magique qui permette d'obtenir ce petit quelque chose en plus, cette magie qui transforme un être de papier en une incarnation de chair et de sang. Néanmoins certains aspects me semblent indispensables pour tendre vers cet idéal. Ces quelques éléments ne feront pas de miracle mais vous aideront à construire vos personnages.

Certains auteurs élaborent soigneusement des « fiches de personnage » avant même de commencer à écrire. Ce n'est pas mon cas mais peu importe la méthodologie ; à terme les personnages principaux comportent tous ces dix ingrédients.

I. Une carte d’identité

  1. Un état civil

Commençons par le plus évident : l'état-civil ! Pas besoin de connaître tous les détails mais vous devrez pour le moins savoir le nom et l'âge de votre personnage.

Pour ce qui est de nommer les héros -ou personnages secondaires-, il existe plusieurs écoles. Certains se focaliseront sur la sonorité, d'autres sur la véracité -prénom en adéquation avec l'époque par exemple-, il y en a même qui misent sur un lien entre le nom et le rôle / caractère du personnage. Qu'importe... N'oubliez pas que rien n'est gravé dans le marbre, je suis en train d'écrire une trilogie et mon héroïne vient juste de changer de prénom alors que j'en suis au milieu du deuxième opus !

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  1. Un physique

Ici pas la peine de connaître le moindre grain de beauté de notre personnage mais de garder une trace de son apparence générale : couleur des yeux / cheveux / stature / particularité physique. Il s'agit de ne pas se contredire lorsque l'on travaille sur un projet long.

  1. Une particularité

Personnellement j'aime bien octroyer à chacun de mes personnages une « particularité », quelque chose qu'il sera le seul à posséder dans le récit. Ce ne doit pas forcément être une rareté, seulement un signe extérieur qui marquera l'esprit du lecteur et différenciera facilement ce personnage des autres : des tâches de rousseur, le port de lunettes, un tatouage, une calvitie précoce...



Avec cela vous aurez les données de base du personnage mais rien qui le rendra véritablement attachant ou intéressant. C'est tout juste une enveloppe reconnaissable... Il est temps de lui donner une humanité.



II. Une humanité

  1. Un passé

Inutile de le rappeler, le passé est ce qui nous façonne : que nous nous construisions pour ou contre, grâce ou malgré, il me semble compliqué de comprendre quelqu'un sans savoir d'où il vient. Il en sera de même pour vos personnages. Là encore pas besoin de leur composer une biographie exhaustive, gardez à l'esprit quelques éléments de sa vie AVANT le temps du récit. Il ne sera peut-être pas pertinent de donner toutes ces infos au lecteur, cela permettra surtout la cohérence dans la trajectoire du personnage.

Par exemple savoir que votre héros n'a pas pu faire d'études à cause d'une enfance pauvre aura une influence sur son rapport au savoir, à la culture ou à l'argent.

  1. Des aspérités

Là il s'agit surtout des personnages principaux : un héros trop parfait ou un « méchant » seulement monstrueux n'ont que peu d'intérêt. Tout être humain a des contradictions, des aspérités, des zones d'ombre et de lumière. À vous de jouer avec cela pour donner à vos personnages une complexité suffisamment intéressante pour apporter un plus au récit sans pour autant tomber dans le cliché.

  1. Un mode de fonctionnement

Savoir comment fonctionne un personnage est fondamental. Celui-ci est-il dominé par une vision manichéenne du monde, un respect de l'ordre et des règles ? Alors il réagira aux événements extérieur en gardant ce fonctionnement.

  1. Une voix

La voix combine la manière de penser et de s'exprimer. Cette notion arrive en dernier de cette partie parce qu'elle découle de tout le reste. Le vocabulaire utilisé changera en fonction du milieu dont est issu le personnage ainsi que de sa capacité à apprendre... Le phrasé et le rythme ne sera pas le même selon qu'il est introverti ou très sociale. En prenant tout cela en compte, vous parviendrez plus facilement à donner une coloration unique à cette voix. Dans l'idéal, un dialogue devrait être imputable à un personnage donné parce que « reconnaissable ».

III. Une existence « narrative »

  1. Un rôle dans l'histoire ou la narration

Puisque nous avons désormais un personnage complet, avec un passé, un fonctionnement, une apparence,... il est temps de le placer dans le récit. De la même façon qu'un producteur/réalisateur engagera un acteur pour un rôle précis, il convient de savoir lequel incarnera le personnage en question. Pour les héros ou l'antagoniste, la question paraît d'une simplicité enfantine... Mais pour les autres ? Pourquoi ce personnage existe-t-il ? Pour aider le héros ? Pour apporter un peu de légèreté dans le récit ? Un personnage, même bon, doit servir à quelque chose.

  1. Un objectif

Là on revient au fonctionnement de notre personnage. Qu'importe son rôle dans le récit, il doit avoir un « objectif ». Ce dernier est le ressort qui le fera agir. Prenons un exemple : le collègue du héros existe pour lui faire perdre son emploi, il dénoncera une faute grave de notre personnage principal et le fera licencier. Mais pourquoi faire cela ? Est-ce un homme si ambitieux qu'il est prêt à tout pour évincer un « concurrent » ? Un père de famille nombreuse qui agit à contrecœur, par peur de perdre lui-même son emploi ?

  1. Un arc dramatique travaillé

On appelle arc dramatique la trajectoire émotionnel du personnage, comment les événements narratifs vont le transformer, le révéler... Un héros ou un personnage secondaire ne sera pas le même au début et à la fin de son existence dans le récit. De la même façon que le caractère du personnage aura une influence sur sa manière d'agir aux événements, ces derniers auront à leur tour une influence sur lui. Par exemple une héroïne très jeune confrontée plusieurs fois à la trahison deviendra sans doute plus méfiante.

Connaître l'arc dramatique d'un personnage permet d'être attentif à garder le récit dans une dynamique, à ne pas trop s'égarer en cours de route.

 

Perso

Cet article aborde de nombreuses notions... S'il rappelle les fondamentaux, j'espère avoir l'occasion de revenir plus précisément sur chacun de ses éléments.

Il est inutile de faire une liste de ces « indispensables » à chaque fois que vous écrivez mais cela devient intéressant quand un personnage vous semble faible. Pour vous aider à trouver ce qui « cloche ».

 

Quel exemple de personnage particulièrement réussi vous vient à l'esprit ?

 

27 juillet 2017

Habiller ses dialogues

 

Dans la littérature contemporaine, encore plus de divertissement, les dialogues tiennent une place primordiale. Pour le confirmer, il suffit d'entrer dans une librairie et de feuilleter quelques romans.

Donner une « voix » aux personnage s'apparente à un art à part entière et j'aurai l'occasion d'aborder le sujet dans les mois à venir. Mais avant même de se poser des questions aussi délicates que « Un dialogue doit-il être réaliste ? » ou « Quelles fonctions doivent occuper le dialoque dans un roman ? », il me semblait primordiale de parler typographie.

En effet, un dialogue ne se présente pas n'importe comment. L'habiller de la bonne ponctuation, c'est déjà faire preuve d'une rigueur appréciable pour le lecteur.

Citation

 

I. Les guillemets, une question de pays ?



La typographie est une question complexe et je suis loin d'être une spécialiste. Je peux seulement partager ce que j'ai appris au fil du temps.

Commençons par les guillemets... On pourrait croire que la question est d'une simplicité d'école primaire : ouvrez-les en début de dialogue et n'oubliez pas les refermer ! Si seulement cela se résumait à une histoire d'ouverture et de fermeture...

En effet il en existe de deux sortes, les anglais :

 

GuillAng

 

Et les français, qui ont reçu l'aval de l'Académie française :

 

GuillFr

Si vous choisissez d'ouvrir vos dialogues -et de les fermer- avec des guillemets, il va sans dire que vous utiliserez les seconds. A moins que vous n'écriviez dans la langue de Shakespeare -et dans ce cas, permettez-moi, si ce n'est pas votre langue maternelle, de vous exprimez mon admiration-...

Les dialogues peuvent donc être introduits par des guillemets ouverts que vous fermerez à la fin.

Notez bien qu'on n'encadre pas chaque réplique et que la règle suivante s'applique en français : une paire de guillemets par dialogue.

« Prends ton manteau, dit-il en se levant. On s'en va. »

Ensuite, quand il y a échange de répliques, on n'ouvre pas les guillemets à chaque fois, on marque chaque changement d'interlocuteur par un tiret, élément sur lequel vous ne devez pas faillir si vous désirez présenter un tapuscrit le plus professionnel possible.

II. Tiret, une question de rigueur !

Prenons d'ailleurs le temps d'aborder la question de ces fameux tirets. Contrairement à ce que beaucoup pensent, non les tirets de dialogue ne sont ni des tirets simples,

- Prends ton manteau...

Ni des tirets bas :

_ Prends ton manteau...

On garde les premiers pour les utiliser en trait d'union dans les mots composés ou les soudures grammaticales ( par exemple y a-t-il).

Pour les dialogues, on se sert des tirets cadratins :

Prends ton manteau...

Si vous avez besoin d'indications techniques pour les utiliser dans les traitements de texte les plus courant (Word et OpenOffice), signalez-le moi en commentaire, je ferais un tuto sur le sujet dans les mois à venir.

III. Faire des choix : pourquoi, comment ?

Dans la littérature contemporaine, il existe plusieurs manières de présenter ses dialogues. Si la solution classique reste le combo ouverture/fermeture de guillemet + tiret cadratin, il existe une autre manière de marquer vos dialogues. Elle est de plus en plus l'usage dans l'édition contemporaine. On se passe de guillemet et on se contente d'utiliser des tirets.

De manière tout à fait personnelle, voici les choix auxquels je me tiens. Dans les écrits où il y a très peu de dialogue, j'utilise des guillemets. Pour ceux qui sont riches en discours direct, je m'en passe avec soulagement.

Le domaine de la typographie est une discipline complexe et je ne suis pas une spécialiste, je me limiterai donc à ce que nous venons de voir. De plus, si votre travail est édité, il va sans dire que des professionnels de la question sauront peaufiner tout cela bien mieux que n'importe quel amateur...

Peu importe le choix que vous ferez, sachez qu'il faut rester cohérent et s'y tenir tout au long de votre tapuscrit.



Et vous, quel choix pour vos dialogues ?

 

 

15 juillet 2017

Consigne d'écriture n°9 - épiphore

La consigne

Écrire un texte -sujet et forme libre- utilisant l'épiphore - figure de style consistant en la répétition, à la fin de deux ou de plusieurs groupes de phrases ou de vers qui se succèdent, d'un même mot ou d'un même groupe de mots -.

 

Mon texte

 

Les épreuves en intérim

La vie palpite toujours

La joie succède aux abîmes

Et la nuit succède au jour

Dans les victoires ou les deuils

La leçon n'est pas facile

La fatigue au coin de l’œil

La sagesse au bord des cils

 

Sans artifice

De son aiguille

Le temps nous tisse

À bout de fil

Vois ce qui brille

Comme une envie

Jamais facile

Reste la vie

La vie fragile

Comme une envie

Reste la vie

Au bord des cils

 

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06 juillet 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 3/3

 

Si vous avez suivi les deux premières étapes de ce « Tuto du stylo », à découvrir ici et , vous disposez à présent de la première mouture, version, d'une histoire. Qu'elle comporte 500 ou 3000 mots, vous pouvez d'ors et déjà être fier de vous. Pourtant le plus gros du travail reste à faire : passer d'un premier jet à un écrit abouti.

Quand on évoque la correction, immanquablement, on pense à ces copies de français, maths ou histoire -rayez la ou les mentions inutiles- saturées de rouge qui provoquaient un soupire déçu ou la colère de nos parents. Ces souvenirs parfois déplaisants peuvent nous freiner. Or la correction en écriture n'est pas notation. La correction pour un écrivain, c'est d'abord une valorisation de ses capacités littéraires. C'est répondre à cette question centrale en Art : de quelle manière je peux magnifier mon œuvre pour qu'elle s'approche au plus près de mon idéal ?

Au fil du temps, cette étape, que l'on redoute tant au début, devient un passage profondément créatif, porteur d'espoir et de jubilation.

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

 

Prendre du recul...

 

Il s'agit tout d'abord de prendre du recul au sens propre du terme. Et ce de deux manières : temporelle et physique.

Sauf deadline -dans le cadre d'une activité professionnelle ou d'un concours-, mieux vaut éviter de se pencher à chaud sur son texte. Pour gagner en pertinence et en efficacité, on laisse reposer son écrit. Mais alors QUAND doit-on retravailler ses productions ? Il n'existe -hélas- pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question légitime. Cela dépend de plusieurs facteurs dont un seul est neutre, la longueur de votre production, et c'est celui qui, à mes yeux, compte le moins. Finalement ce que je prends personnellement en compte c'est mon lien émotionnel au projet. Si c'est un écrit théorique, je peux me pencher dessus dès le lendemain. Si c'est un poème à dimension autobiographique, il me faut parfois des mois avant d'être capable de le retravailler avec intelligence.

Enfin au-delà du recul temporel, un recul physique est non seulement possible mais souhaitable. Si, comme moi, vous écrivez votre premier jet directement sur ordinateur, évitez de corriger sur écran, l'expérience m'a appris que c'était beaucoup moins efficace -aussi bien pour retravailler un texte que pour une correction stricte (grammaticale et orthographique).

Si vous écrivez à la main : le moment de taper sa production reste une bonne occasion de commencer les corrections.

Enfin, un dernier petit conseil : gardez une trace de toutes les versions de votre travail. Non seulement on peut s'apercevoir que finalement tel passage supprimé a sa place dans le récit mais cela permet de voir combien notre texte s'est amélioré !

 

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Exemple de manuscrit personnel après relecture pour correction

 

La question de la bienveillance

 

Prendre du recul au sens strict du terme ne suffit toutefois pas, il s'agit aussi de porter un regard juste sur ses écrits. Une question délicate puisque cela consiste à faire l'équilibriste pour ne tomber ni dans une satisfaction aveugle ni dans l'autoflagellation.

Le premier principe à intégrer est le suivant : ne pas confondre ce que l'on produit avec soi-même. Je ne nierais pas que l'on a souvent un lien étroit et fort avec notre travail mais il ne s'agit pas de confondre ce que l'on produit avec ce que l'on est. Cette confusion reste commune. Combien d'écoliers ont pensé -et pensent encore- qu'obtenir une mauvaise note signifie qu'eux-même sont « nuls » ou méritent un 0 ?

Au début, lorsque je me rendais compte qu'une de mes scènes était franchement mauvaise, j'avais envie de tout envoyer au diable. Je me disais « Ah, tant pis, je suis nulle ! Je n'arrive à rien ! Je me suis pris pour Flaubert mais je suis incapable d'écrire un truc qui tienne la route ! ». Alors je mettais tout à la poubelle. Avant de me résoudre, quelques jours après, à tout recommencer.

Aujourd'hui encore certains passages me désespèrent. Seulement j'ai compris que je ne pouvais simplement pas toujours faire  bien. Où serait l'intérêt si je ne pouvais pas progresser et retravailler mes écrits ?

Si vous deviez adopter une devise ultime, ce serait la suivante « Exigence et bienveillance ».

 

Manuscrit

 

Marcel Proust – Manuscrit de À la recherche du temps perdu

 

Une question de connaissance de soi...

 

Dans son célèbre ouvrage, Écriture, mémoires d'un métier, Stephen King nous fait part d'un conseil reçu d'un directeur de publication lorsque, jeune auteur, il collectionnait les lettres de refus. Une règle simple que l'écrivain continue de faire sienne : Version 2 = version 1 – 10 %. Cette maxime peut être utile à certains mais doit être considérée avec précaution car elle ne convient pas à tous.

« Alors pourquoi la citer ? », me demanderez-vous. Car ce principe nous rappelle que l'on doit être capable de sacrifier certains passages pour le bien de son texte. Quant aux chiffres, je me permettrais simplement de vous conseiller d'apprendre à vous connaître. Personnellement j'ai tendance à l'économie lorsque j'écris. Radine dans mes descriptions, je me retrouve le plus souvent à devoir compléter mes textes. Ce que je gagne en matière, je la perds néanmoins quand je me préoccupe du « style ». Lors de de cette étape, je me rends compte que je multiple les mots inutiles et me voilà en train de rayer, supprimer, raturer. Malgré mes progrès au fil des années, il y a toujours à parfaire, que ce soit en ajoutant ou en épurant. À vous de trouver comment valoriser au mieux les qualités de votre plume, en prenant en compte ce qui fait votre singularité, votre identité d'écrivant.

L'astuce en plus : pour mieux mettre en relief et les imperfections d'un texte, rien ne remplace la lecture à voix haute. Pas besoin de public... Seul dans votre salon ou votre bureau, lisez votre publication en prenant soin d'articuler, de ne pas aller trop vite. Vous verrez que répétitions, dialogues faibles, tournures incompréhensibles, et toute autre maladresse gagnent en visibilité !

 

 

Et vous des astuces personnelles à partager ?

 

01 juillet 2017

Consigne d'écriture n°8 - « Lettre d'amour»


La consigne

Une lettre d'amour.

 

lettre

 

Mon texte

 

Ma Laura,

 

Ta bouche s'est-elle pincée à cause de ce possessif ?

Je suppose que ce que la simple amitié me permettait hier, mon amour me l'interdit aujourd'hui. Des mois à te prendre la main, à rire, à partager nos goûts et nos secrets... Il aura suffit d'un instant de franchise pour que ta paume se dérobe, que nos conversations s'enlisent et que ton regard se détourne. Comme si mes sentiments te salissaient.

Tu ne t'en doutais donc pas ? Dis-moi, Laura, où se niche ton rejet. Est-ce parce que j'aime les femmes ou parce que c'est toi que j'aime, parmi toutes les autres ?

Tu m'accuses de t'avoir dupée. Tu déclares ne plus rien vouloir de moi, que tout a changé. Mais je reste ta petite Beth. Ouvre les yeux, ma chérie, ce désir qui te dégoûte, je l'ai éprouvé tout de suite. Rien n'a changé, si ce n'est que tu le sais.

Ces caresses que nous avons partagées, que tu renies, tu les pensais vraiment pures ? Comme lavée par l'amitié ?

Tes soupirs, tes rougeurs, ton plaisir, je ne les ai pas rêvés. Notre relation n'est pas moins belle parce que je lui ai donné son véritable nom. Contrairement à ce que tu sembles croire, je ne veux rien de toi sans ton consentement. Tu peux te mentir en décidant que tu n'as pas envie de moi. Pourtant j'accepterais mieux que tu me repousses si tu regardais ton désir en face. Si tu me disais : «Je te désire ? La belle affaire ! Je ne veux pas de toi. »

Cette lettre existe à cause de ton aveuglement. Lis-la, mens-moi encore mais prends un instant pour affronter ce que tu ressens.

Nous en avons parlé bien souvent : tes fiançailles te rendent malheureuse, ton avenir te terrifie. Combien de fois ai-je consolé tes larmes ? Tu as peur de rompre cet engagement, soit. Tu veux fuir mon désir et le tien, soit.

Ferme les yeux bien fort et épouse-le. Qui suis-je pour t'en empêcher ? Je m'effacerai, je ne viendrai même pas à tes noces. Tu n'auras rien à craindre de moi. Mais te vois-tu dans quinze ans ? Dans vingt ans ?

Je te vois, moi. Tu es là, Laura, devant moi. Presque réelle. Toujours belle.

L'épouse si convenable du bon docteur. La silhouette plus douce et quelques mèches blanches dans ton chignon. Mère de deux grands enfants. Trois peut-être. Tout le monde qui t'approuve, t'envie et te salue à la messe. L'image te plaît ? Aie le courage de t'approcher ! Vois le pli amer de ta bouche. Vois la résignation qui a remplacé le feu de tes yeux. Viens derrière le décor de ton existence... Tes journées à tenir la maison, les heures à prendre le thé avec ces bourgeoises qui t'ennuient, les soirées à attendre ton mari retenu auprès d'un malade.

As-tu encore des fous rires ? Joues-tu toujours au piano avec passion ? Es-tu cette Laura sensible et flamboyante dont je suis éperdument amoureuse ? Perdue dans la routine, tu continues à sourire. Et longtemps tes enfants t'auront offert le bonheur au service minimum. Mais voilà, ils ont grandi. Ils font des études, ils font leur vie. Et la ronde des convenances sociales continuent sans fin.

Ton mari est resté égal à lui-même, il t'aime avec constance et pragmatisme. D’ailleurs, il exerce ses droits conjugaux avec une régularité honorable. Tu le vois ? Le samedi soir, ça ne manque jamais, il ne t'épargne pas le poids de son corps sur le tien, ses caresses un peu lasses, son souffle sur ta peau qui reste froide. Une fois son affaire terminée, il s'endort, content de lui et de toi. Tu entends ses ronflements ? Allongée dans le noir, est-ce que tu penseras à moi ? À notre ardeur ? À nos plaisirs ? À mon amour ?

Trouve la force de renoncer à nous, la force de me rejeter une dernière fois. Je ne protesterai pas. Plus de lettre. Plus de visite. Plus rien. Mais regarde-toi dans vingt ans Laura. Là, dans le lit glacial des convenances, ton cœur vide, son odeur encore sur toi, c'est en pleurant que tu t'endors.

 

Alors viens avec moi Laura. Console dès à présent celle que tu risques de devenir. Séchons ensemble les larmes de cet avenir.

 

Ton Elizabeth.

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15 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 2/3

 

Enfin le deuxième volet de la série « Écrire une histoire » ! Si vous n'avez pas eu l'opportunité de lire la première partie, vous pouvez la découvrir ici. Pour ceux qui ont suivi cette étape, vous disposez à présent d'un paragraphe -ou plusieurs- qui développe votre idée. Et aujourd'hui on passe à l'écriture...

Comme il y a presque autant de méthodes pour cela que de pratiquants, je vais vous présenter les profils les plus courants et les plus caricaturaux. Exposer ces recettes ce n'est pas en prôner une par rapport à l'autre. Encore moins donner des routes goudronnées desquelles on ne peut plus sortir une fois le voyage entrepris. C'est plutôt une manière de dire : si vous bloquez, prenez le temps d'explorer d'autres manières de travailler, inspirez-vous de ces méthodes...

Le goût de l'expérimentation est une des premières qualités créatives. En cela, je vous renvoie aux ateliers d'écriture : suivre une consigne, c'est s'amuser à quitter sa zone de confort, accepter d'essayer, de se tromper, de tâtonner. La base pour se former à toute compétence !

De manière personnelle, j'ai utilisé ce que je vous présente, non parce que je me cherche mais parce que mon choix dépend de la longueur de mon projet, du sujet, de mon humeur,... Impossible pour moi de m'enfermer dans un seul « protocole ». Comme le sculpteur utilisera ses outils selon le bloc de marbre qu'il travaille, je me sens libre de piocher dans TOUT ce qui pourra m'aider à écrire.

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).



Écrire au fil de l'eau



Pour les nouvelles, j'écris au fil du texte, en voyant où mon/mes personnages et la situation vont me mener. Parfois je connais déjà la fin/ la chute de mon histoire. D'autre fois, je me laisse juste guide par mon instinct. Avec, en tête, une certitude qui ne me quitte pas, peu importe mes tâtonnements et mes errances, je pourrais toujours revenir en arrière, pour changer, rectifier, corriger. En résumé :

 

Kundera

J'écris donc les premiers jets de mes nouvelles « porte complètement close ». C'est à dire que je ne cherche pas à me rapprocher de la perfection. Ce n'est qu'au moment de retravailler mon texte que j'essaie de parfaire au mieux mon histoire.

Ce n'est que si je bloque sur un passage que je me tourne vers une méthode plus scolaire...

 

Flocon de neige

 

Rendons à César blablablablabla... La méthode du Flocon de neige est celle élaborée par une figure connue de l'apprentissage de l'écriture de fiction : Randy Ingermanson. Elle a le mérite d'être très détaillée et élaborée et le défaut....d'être très détaillée et élaborée. Je ne dis pas qu'elle ne convient à personne mais j'ai la conviction que se contraindre à suivre un protocole conçu par autrui risque de vous couper les ailes ou du moins de faire ressembler votre feuille de route à des rails sans échappatoire. Je vous déconseille donc de commencer par là pour écrire une fiction longue. L'étudier pour s'en inspirer, oui. Utiliser quelques étapes, oui. Mais ne prenez pas le risque de « calibrer » votre créativité.

Le seul protocole d'écriture valable pour vous, c'est le votre ! Celui que vous construirez au fil de vos textes.

 

La méthode du Flocon de neige (en résumé et adapté au texte court)  :

  • à partir de votre paragraphe -celui élaboré dans le premier article (lien), continuez le résumé pour disposer de l'intégralité de votre histoire.

  • Développer chaque phrase en un paragraphe. Ainsi vous disposerez d'un résumé d'environ une page de votre histoire.

  • Si plusieurs personnages interviennent dans votre histoire, écrivez brièvement celle-ci de leur point de vu.

  • Faire une liste de toutes les scènes à écrire. (cette étape est beaucoup plus importante quand on aborde l'écriture d'un texte long)

  • C'est le moment d'écrire votre histoire. Pour cela vous disposez de beaucoup de matière première. En théorie, il n'y a plus qu'à vous asseoir devant votre écran et vous laisser guider par le travail effectué en amont.

Pour plus d'information sur la méthode, ici pour les anglophones, pour les autres.

 

L'écriture en patchwork

Cette dernière partie me semble plus adaptée au roman. Mais certains de mes clients - qui se reconnaîtront ;-) - détestent jusqu'au mot méthode, évoquons, en leur honneur, cette possibilité. Vous écrivez vos parties non pas selon la chronologie du récit ni dans l'ordre de lecture, plutôt selon l'humeur et l'inspiration qui vous motive durant votre séance ? Cela ne posera sans doute pas de problème pour une nouvelle ou un très court roman. Je vous conseille toutefois de vous habituer à « baliser » votre matière pour TOUS vos projets afin d'acquérir des réflexes afin que, si vous vous lancez dans, par exemple, un gros récit de 100 000 mots, vous ne retrouviez pas à abandonner en cour de route, asphyxier par l'ampleur des fichiers, feuilles, carnets, bref sous la demie-tonne de matière brute.

Comment on fait ? Et bien au fur et à mesure, tenez une liste des scènes prévues/écrites/à corriger... Cela vous prendra 5 min après chaque séance, ce qui est peu finalement pour -peut-être- sauver des dizaines ou même des centaines d'heures de travail !

 

Un dernier conseil : écrivez, écrivez, écrivez ! Allez au bout de votre texte sans -trop- vous poser de question. Il sera toujours temps, ensuite, de l'améliorer.

 

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Et vous, à première vue, quelle méthode vous ressemble ?

 

08 juin 2017

Psychologie des personnages – Manuel pratique – Howard M. Gluss, PH.D. & Scott Edward Smith

 

 

 

Genre : Essai

Date de publication : 2006

Maison d'édition : Dixit

Prix : 19 euros

 

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Résumé : Ce manuel est un outil formidable, une source très documentée qui s'appuie à la fois sur le travail d'un praticien de la psychologie et sur de nombreux exemples de personnages de films dans lesquels on trouve des personnalités : antisociales, paranoïaques, narcissiques, borderlines, obsessionnelles, masochistes...

 

Mon Avis

 

Depuis plusieurs année, je suis une fervente lectrice de Scenario-buzz, le site de l'auteur et scénariste Nathalie Lenoir. D'ailleurs, ami lecteur, je ne peux que te conseiller vivement de lire ses articles. Je n'écris pas de scénario, un domaine qui m'est étranger. C'est par elle que j'ai pu découvrir le manuel qui nous occupe aujourd'hui.

Quel formidable outil que cet ouvrage ! Et pas seulement pour le scénariste ou même l'auteur de fiction. Les passionnésde cinéma trouveront des choses passionnantes à se mettre sous la dent.

Les auteurs -un psy et un scénariste- partent des troubles de la personnalité pour nous parler de psychologie humaine. Chaque profil est abondamment expliqué en prenant appui sur des personnages de films. Suit un récapitulatif, les principales caractéristiques de la personnalité en question etles clichés attachés à cette dernière. Enfin, on peut trouver toute une liste de filmspour illustrerle profil expliqué avant.

Aborder le cinéma par le biais de la psychologie est fascinant... Pour ce qui est de l'écrivant, c'est un manuel de référence d'un grand secours qui aide à donner de la richesse à ses personnages.

 

Et vous, utilisez-vous la psychologie dans des domaines artistiques ?

 

Posté par Emilie Cognac à 15:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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01 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 1/3



Écrire une histoire est une activité à la portée de tous, dès lors que l'on se permet l'imperfection. Je ne suis pas du genre à vendre du rêve, aussi ne vais-je pas raconter qu'en suivant les trois articles de ce tuto vous disposerez d'une recette magique pour produire un recueil de nouvelles propres à l'édition. Ce que je vous propose est à la fois beaucoup moins « vendeur » et néanmoins ambitieux : essayer de montrer que prendre plaisir à inventer une histoire ne concerne pas seulement les romanciers, scénaristes et autres écrivants.

Faire surgir tout un univers avec les mots pour seuls outils est à la portée de tous. Une activité pour laquelle il n'y a pas besoin de posséder des économies, d'être en bonne santé, ou de disposer d'un ordinateur. Ce que je voudrais vous faire entrevoir, c'est le réconfort que peut apporter ce petit -ou grand- espace en nous, où l'on peut s'inventer une histoire. Même lorsque le corps ou la vie vous trahit, il reste cette liberté première : fermer les yeux et, s'évader quelques minutes ou quelques heures.

Bien entendu, dans l'article qui nous intéresse aujourd'hui, il sera question d'écriture, pour garder une trace de nos trouvailles.

Trois articles donc pour les trois grandes étapes de la naissance d'un récit : trouver le sujet -qui, quoi, où, comment-, écrire l'histoire et reprendre son texte pour en tirer le meilleur possible....

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

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L’œuf ou la poule ? Ne pas s'enfermer dans une méthodologie

 

Comment naît une histoire ? Cette question, fort simple au demeurant, ne peut qu'appeler une réponse complexe. Si tout peut donner naissance à une histoire, on peut toutefois dire qu'un élément du récit vient en premier. Le personnage, l'intrigue, le contexte... Lorsque l'on prend la peine de nourrir son inspiration, on multiplie la probabilité de trouver le sujet d'un prochain texte.

Pour cette raison, il est, selon moi, préférable de ne pas s'enfermer dans une méthodologie, au risque de passer à côté de certaines possibilités. Par contre, il me semble bien de garder à l'esprit la liste des éléments qui composent une histoire.

 

Les étapes à « cocher »

Cette série d'ingrédients évoquée précédemment peut vous guider dans l'élaboration de votre « sujet ». Il n'y a pas d'ordre préférable, il suffit seulement d'essayer de compléter la liste. Dans l'ordre que l'on veut.

Dans un contexte donné, un personnage -ou plus-, voit un élément chambouler son quotidien. Élément qui va entraîner des conséquences plus ou moins problématiques.

Je vais vous donner deux exemples, le premier partira du personnage, le second de l'élément perturbateur.

  • Premier exemple : le personnage comme point de départ

Le personnage : une étudiante en mal d'amour.

J'affine un peu : Une étudiante en mal d'amour qui a une petite passion pour les cochons -du genre à collectionner les figurines à leur effigie-.

Un élément entre en jeu : elle rencontre/tombe amoureuse d'un activiste de la cause animal.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : Ce dernier débarque et lui laisse un - gigantesque ? - porc sauvé de l'abattoir.

Nous avons le point de départ de notre récit. À partir de là, on peut imaginer une infinité de possibilités. La jeune femme doit cacher son improbable colocataire à la concierge. Ou encore elle décide de s'en débarrasser bien qu'elle réside en centre-ville. Ou, plus gore, elle veut tuer et découper l'animal mais n'a aucune idée de comme s'y prendre.

  • Second exemple : on part de l'élément perturbateur

Dans ce cas, on peut partir d'une question de type « Et si... ? »

« Et si, au moment de découper un corps, la tronçonneuse tombait en panne ? »

Ensuite il suffit de combler le reste.

Le personnage : un tueur en série

J'affine un peu le contexte / le caractère de mon protagoniste : un tueur en série aguerri et sociopathe qui ne connaît aucun des voisins de son quartier.

Un élément entre en jeu : au moment de découper sa dernière victime, sa tronçonneuse tombe en panne.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : le tueur se retrouve à faire du porte à porte pour emprunter une tronçonneuse.

 

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Qu'importe de quel élément vous partez, vous disposerez d'un court paragraphe qui présente votre idée. Ne reste plus qu'à développer cette dernière.

Voici les paragraphes issus des exemples donnés :

Eva, étudiante, collectionne les cochons en porcelaine et soupire après le grand amour. Elle a le coup de foudre pour Nathan, un activiste de la cause animal. Enamourée, elle fait tout ce qu'il veut dans l'espoir de lui plaire. Aussi quand, un soir, il débarque avec Sunday, un énorme porc sauvé de l'abattoir, elle n'ose pas refuser de garder l'énorme animal dans son minuscule deux-pièces. Problème, comment cacher l'improbable colocataire de sa propriétaire qui vit à côté ?

Un tueur en série, Gilbert, réside dans un quartier calme d'une petite ville de province. Le meurtrier aguerri s'apprête à découper sa dernière victime quand sa tronçonneuse bien-aimée tombe en panne. C'est dimanche et la veille d'un jour férié pendant lequel il est censé recevoir ses parents et ses deux sœurs pour le déjeuner. La solution : emprunter une scie ou tronçonneuse à un voisin. Sauf qu'en bon sociopathe, cela fait dix ans qu'il snobe tous les habitants de son quartier. S'ensuit un porte-à-porte tragi-comique.

Je peux m'amuser à ce petit jeu pendant des heures... Parfois je note le sujet trouvé, parfois non. En tout cas, plus on pratique et plus les idées viennent facilement. Lorsque je décide de garder un embryon d'histoire, je note le paragraphe à la suite d'autres idées. Et quand j'ai envie de consacrer mon temps à l'écriture d'une nouvelle, il ne me reste plus qu'à piocher.

 

Alors... Prêt(e) à jouer le jeu ?