04 mai 2017

Premier jet : ma méthode en 5 points



La semaine dernière, nous abordions ici l'usage du dictionnaire des synonymes. Or je ne l'utilise jamais pendant l'écriture du premier jet, c'est-à-dire de la première version d'un texte. Devant cette évidence, j'ai eu envie de vous parler de ce fameux "brouillon".

 

Kundera

 

 

Ma méthode, non pas LA méthode

 

Ma manière de travailler est personnelle, dans le sens que si elle me convient parfaitement elle ne sera peut-être pas celle qui vous correspond.

Il existe de nombreuses méthodes pour venir à bout d'un long projet. À titre professionnel, lorsqu'un client me demande un atelier sur le premier jet romanesque, je commence par lui donner un questionnaire qui détermine quelle méthode lui ressemble le plus. Tenter de travailler en respectant une feuille de route étrangère à sa personnalité mène, au pire, à l'échec et, au mieux, à perdre un temps considérable. Pour cette raison, je n'aborderai aujourd'hui que les règles qui me semblent utiles à TOUS.

Dans le cas de l'écriture d'un roman, vous pouvez tenter de suivre mes conseils quelque soit votre profil. Si vous écrivez les scènes dans le désordre, prenez-les en compte pour chaque séquence, si -comme moi- vous abordez une nouvelle ou un roman dans le « sens de la lecture » -vous commencez par le début et achevez par la fin-, vous pouvez essayer de les respecter jusqu'au bout. Bref n'oubliez pas d'adapter autant que possible les méthodes et outils que vous glanez ici et ailleurs.



Mes cinq règles pour une première version



 

Premier jet



  • Écrire porte fermée

Pour ce premier point, je me permets d'emprunter la métaphore à S. King, issue de son ouvrage sur l'écriture On writing : A mémoir of the craft. J'écris le brouillon sans reprendre mon souffle et en restant centré sur moi. Je ne pense pas au lecteur ou à mes proches, seulement à ce projet et à ce que je souhaite pour ce dernier.

  • Accepter l'imperfection

Mon perfectionnisme m'a longtemps desservi. Alors que j'étais fière de toujours vouloir produire le meilleure, j'ai fini par me rendre compte que ce trait de ma personnalité me servait d'excuse : puisqu'il est impossible (encore moins lors d'une première version) de livrer une production parfaite, je ne terminais jamais rien. Comme l'a écrit Kundera : "Le droit intangible du romancier, c'est de pouvoir retravailler son roman." 

  • Refuser de stagner

Certains passages nous sont plus difficiles que d'autres à écrire -pour moi les scènes de sexe ont longtemps été sources d'angoisses-. J'ai choisis dans ce cas de me forcer à écrire envers et contre tout. Simplement parce que si un passage est mauvais, il me suffira de le réécrire lors de la deuxième version. Savoir que ce n'est qu'un brouillon m'épargne beaucoup de pression.

Néanmoins ce parti pris a ses limites. Certains écrivants ont besoin de maintenir l'ensemble de leur premier jet à un certain niveau de qualité. Dans ce cas, on peut toujours contourner la difficiculté. Entre crochets, décrivez simplement ce que vous n'avez pas encore écrit (par exemple « scène de baiser entre X et Y »).

  • Pas de recherches pendant l'écriture

Je suis une infatigable curieuse. Et un brin paresseuse. Pour ces deux raisons, je n'effectue aucune recherche en cours d'écriture. Imaginons que mon héroïne offre une orchidée rare à un personnage. Or je ne connais rien aux fleurs. Si j'ai le malheur de lever le nez de mon manuscrit, il peut arriver deux phénomènes...

Soit je suis d'humeur travailleuse et je vais aller chercher l'information en question, très motivée. Hélas ma soif de connaissance entrera en scène et je me retrouverais, une heure plus tard, en train de lire l'histoire complète de la culture de l'orchidée depuis le dix-septième siècle.

Soit je suis d'humeur paresseuse et je me servirais de cette recherche comme prétexte pour glander sur Wikipédia -et je me retrouverais, je ne sais comment, à lire un article sur la reproduction des oursins.

Voilà pourquoi je ne fais pas de recherche et inscrirais [espère rare d'orchidée] directement dans mon texte.

  • Ne pas revenir en arrière

La dernière règle que je respecte ressemble à la précédente sauf qu'il s'agit de recherches dans mon propre brouillon. Je ne reviens jamais en arrière. Pas de correction en cours de route -sinon mon perfectionnisme redevient un obstacle- ni de vérification. En général je me débrouille pour disposer de toutes les infos dont j'ai besoin -aspect physique de mes personnages, nom et description des lieux...-. Comme nul n'est parfait, il arrive que je doute d'un détail. Est-ce que le fameux Sergent Machain a les yeux marrons ou je n'ai jamais abordé la question ?

Dans ce cas, je préfère ne pas perdre mon temps à relire ce qui précède et j’inscris [couleur des yeux de Machain, à vérif']. Pourquoi ? Dans le cas d'une nouvelle ou d'un article, cela n'aura que peu d'incidence mais si votre manuscrit comprend 50 000 mots, l'exercice risque de vous porter préjudice.



Vous connaissez désormais ma méthode pour écrire la première version d'un texte, j'espère que cet article aura été utile...

En attendant, laissons ma curiosité prendre le pas :



Et vous, cher écrivant, avez-vous trouvé votre méthode d'écriture ?

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27 avril 2017

Du bon usage du dictionnaire des synonymes



Ce mois-ci dans ma boîte à outils : le dictionnaire des synonymes

En février - deux mois déjà !-, je vous présentais ici les dictionnaires que je consulte au quotidien, aussi bien en ligne que sur papier. Pour les premiers j'évoquais un site que je fréquente régulièrement, ce dictionnaire des synonymes, dont l'interface très simple permet une utilisation rapide et agréable. Je précisais aussi qu'il faudrait « à l'occasion que je revienne sur l'utilisation particulière du dictionnaire des synonymes. Refuser de le consulter ou en abuser peut jouer contre vous. » Chose promise blablablabla... Me voilà donc prête aujourd'hui à aborder ce point particulier. L'objectif de cet article est limpide : poser quelques principes simples pour que cet outil ne se retourne pas contre vous !

Pour rendre cet article plus parlant, j'ai décidé de partir d'un texte qui nous servira d'exemple. N'écoutant que mon courage -comment ça, j'en fais un peu trop?-, j'ai choisi un de mes écrits et l'ai retravaillé dans le mauvais sens que nous puissions nous livrer à quelques expérimentation...

 

Synonymes

 

Un allié pour éviter les répétitions

Voici donc notre exemple, dans lequel les termes qui se répètent figurent en gras. Le dictionnaire des synonymes ne réglera pas tout mais nous donnera un coup de main appréciable dans la quête du mot juste.

« Indifférent à la réputation désastreuse du quartier, l'enfant courait sur les pavés irréguliers d'Adragar. Quiconque à Gramzla désirait poser un orteil sur les limites de la loi, connaissait ce quartier. Prêteurs sur gage, receleurs, voleurs virtuoses : du moment qu'on déliait les cordons de sa bourse, tout pouvait s'acheter ici. L'enfant galopait, sans se préoccuper des alentours lorsqu'il freina brusquement, manquant s'étaler. Ça devait se trouver par là... Reprenant son souffle, il hésita à demander sa route. Il ne savait pas lire et répugnait à l'avouer. Ce problème serait bientôt réglé : avec l'argent cousu dans son revers de son pantalon, il pourrait prendre quelques cours chez maître Falamedes. C'était payer une fortune pour peu d'instruction mais l'autre possibilité, se vendre comme esclave quelques années, lui répugnait. De plus, avec son œil en moins et la cicatrice affreuse qui lui barrait le visage, qui l'aurait acheté ? Penser à ça lui provoquait toujours des démangeaisons et il souleva son bandeau noir pour se gratter l’œil discrètement. Quand sa pute de mère s'était rendue compte qu'ellel'avait défiguré, ça avait été la rue : il ne valait plus grand chose. Sans les Frères de la Lumière, sa blessure aurait mal tourné. Penser à l'assassin rappela à Kiren pourquoi il se dépêchait et il jeta un regard méfiant aux alentours... Plusieurs tavernes bordaient le trottoir. Cela faisait trop longtemps qu'il restait immobile, on le repérerait bientôt. Avec sa malchance, il tomberait sur un voleur qui le dévaliserait. Ou pire, il tomberait sur un rabatteur et il se retrouverait à vendre son cul... L'enfant poussa un soupir de soulagement en voyant l'animal sur la devanture de droite. D'un pas faussement assuré, il entra Au Dauphin fatigué et retint une quinte de toux : les odeurs mêlées de galena1, d'alcool et de transpiration rance lui donnèrent la nausée. »

Le même extrait après correction, mes commentaires sont en rouge :

«  Indifférent à la réputation désastreuse du quartier, l'enfant courait sur les pavés irréguliers d'Adragar. Quiconque à Gramzla désirait poser un orteil sur les limites de la loi, connaissait cette partie de la capitale[Ici, j'ai préféré utiliser une périphrase]. Prêteurs sur gage, receleurs, voleurs virtuoses : du moment qu'on déliait les cordons de sa bourse, tout pouvait s'acheter ici. Le garçon [Pas eu besoin du dictionnaire] galopait, sans se préoccuper des alentours lorsqu'il freina brusquement, manquant s'étaler. Ça devait se trouver par là... Reprenant son souffle, il hésita à demander sa route. Il ne savait pas lire et répugnait à l'avouer. Ce problème serait bientôt réglé : avec l'argent cousu dans son revers de son pantalon, il pourrait prendre quelques cours chez maître Falamedes. C'était payer une fortune pour peu d'instruction mais l'autre possibilité, se placer [Pas eu besoin du dictionnaire] comme esclave quelques années, lui répugnait. De plus, avec son œil en moins et la cicatrice affreuse qui lui barrait le visage, qui l'aurait acheté ? Penser à ça lui provoquait toujours des démangeaisons et il souleva son bandeau noir pour se gratter [Quand c'est possible, je supprime simplement la répétition] discrètement. Quand sa pute de mère s'était rendue compte qu'ellel'avait défiguré, ça avait été la rue : il ne valait plus grand chose. Sans les Frères de la Lumière, financés par Creed, sa blessure aurait mal tourné. Évoquer [Une demi-douzaine de synonymes me sont venus à l'esprit mais aucun qui ne me convenait. Après consultation du dictionnaire, je me suis demandé comment « évoquer » avait pu m'échapper, -le chenapan !-] à l'assassin rappela à Kiren pourquoi il se dépêchait et il jeta un regard méfiant aux alentours... Plusieurs tavernes bordaient le trottoir. Cela faisait trop longtemps qu'il restait immobile, on le repérerait bientôt. Avec sa malchance,, il tomberait sur un tire-laine [en lisant la liste des synonymes, j'ai pensé à cette expression. Parfois, le dictionnaire nous donne l'inspiration et on trouve une possibilité qui ne figure pas parmi les occurrences proposées mais qui correspond mieux à l'univers de notre scène] qui le dévaliserait, ou pire, [supprimé !] un rabatteur : il se retrouverait à vendre son cul... L'adolescent [Le dictionnaire des synonymes donnait adolescent et le terme correspondant à l'âge du personnage, je l'ai gardé] poussa un soupir de soulagement en voyant l'animal sur la devanture de droite. D'un pas faussement assuré, il entra Au Dauphin fatigué et retint une quinte de toux : les odeurs mêlées de galena, d'alcool et de transpiration rance lui donnèrent la nausée. »

Sur huit termes remplacés / supprimés, je n'aurais finalement utilisé le dictionnaire que trois fois.

 

Capture

De son usage abusif : attention au piège !



Comme tout outil de travail, le dictionnaire des synonymes devrait se manier avec prudence... C'est toujours la même histoire, il s'agit d'en user avec sagesse ! Les différences entre deux termes sont parfois moins subtils que l'on pense, il vaut mieux une répétition qu'une approximation ou, pire, un contresens. -Je me souviendrai toujours avoir lu dans un texte imprimé, et à plusieurs reprise, le terme peloté ou lieu de pelotonné. Et une héroïne qui se pelote SEUL sur le canapé n'a pas vraiment le même impact sur le lecteur!-.

Autre piège, qui guette en général les très jeunes écrivants : le complexe du vocabulaire. Il s'agit d'auteurs qui rougissent de la supposée pauvreté de leur lexique et abusent du dictionnaire des synonymes sans vérifier les définitions ! On se retrouve alors avec des textes improbables. Amusons-nous à caricaturer ce travers... Appliqué à notre exemple, cela donnerait :

« Indifférent à la réputation désastreuse du quartier, l'enfant courait sur les pavés irréguliers d'Adragar. Quiconque à Gramzla désirait poser un orteil sur les limites de la loi, connaissait l’arrondissement. Prêteurs sur gage, receleurs, fripons virtuoses : du moment qu'on déliait les cordons de sa bourse, tout pouvait s'acheter ici. Le chérubin galopait, sans se préoccuper des alentours lorsqu'il freina brusquement, manquant s'étaler. Ça devait se trouver par là... Reprenant son souffle, il hésita à demander sa route. Il ne savait pas lire et répugnait à l'avouer. Ce problème serait bientôt réglé : avec l'argent cousu dans son revers de son pantalon, il pourrait prendre quelques cours chez maître Falamedes. C'était payer une fortune pour peu d'instruction mais l'autre possibilité, se bazarder comme esclave quelques années, lui répugnait. De plus, avec son globe oculaire en moins et la cicatrice affreuse qui lui barrait le visage, qui l'aurait acheté ? Gamberger à ça lui provoquait toujours des démangeaisons et il souleva son bandeau noir pour se gratter l’œil discrètement. Quand sa pute de mère s'était rendue compte qu'ellel'avait défiguré, ça avait été la rue : il ne valait plus grand chose. Sans les Frères de la Lumière, sa blessure aurait mal tourné. Penser à l'assassin rappela à Kiren pourquoi il se dépêchait et il jeta un regard méfiant aux alentours... Plusieurs tavernes bordaient le trottoir. Cela faisait trop longtemps qu'il restait immobile, on le repérerait bientôt. Avec sa malchance, il s'acoquinerait avec un voleur qui le dévaliserait. Ou pire, il tomberait sur un rabatteur et il se retrouverait à vendre son cul... Le marmot poussa un soupir de soulagement en voyant l'animal sur la devanture de droite. D'un pas faussement assuré, il entra Au Dauphin fatigué et retint une quinte de toux : les odeurs mêlées de galena, d'alcool et de transpiration rance lui donnèrent la nausée. »

 

Dans le cas où vous auriez l'envie ou le besoin d'enrichir votre vocabulaire, on ne peut pas aller plus vite que la musique. Lisez, écouter des émissions intelligentes, côtoyez des gens de toutes les couches sociales et de tous les horizons, bref jouez les éponges et soyez patients. Surtout n'oubliez pas que ce sont VOS mots qui comptent : par pitié, ne déguisez pas votre plume !



Et vous, le dictionnaire des synonymes, un allié indispensable ou un ramasse poussière dans votre bibliothèque ?

1Herbe à pipe aux propriétés légèrement hallucinogène

06 avril 2017

Mes astuces pour « entrer en écriture »



Ce mois-ci dans ma boîte à outils :  tout pour convoquer inspiration et motivation.

En écrivant l'article sur l'impératif de faire de la place, j'ai pensé à ma quête de l'inspiration et combien cette nécessité lui est liée. Qu'on envisage l'écriture comme un loisir ou un travail, si on décide de pratiquer sérieusement, il arrivera un jour où vous n'aurez pas envie de vous asseoir pour prendre le stylo. Que celui qui n'a jamais la flemme me jette le premier coussin, dont je me saisirais pour m'assoupir quelques heures minutes !

Oui, écrire est ma passion. Oui, j'accède souvent à une intense sensation de joiedevant ma feuille ou mon écran. Pourtant, certains jours, le canapé m'interpelle, le ménage fronce des sourcils, le désir de papoter avec une amie me taraude. Et c'est là, dans ces instants d'hésitation que réside la différence entre ceux qui progressent et les autres. Comme il serait facile de s'abriter derrière l'excuse de l'inspiration : « Ah, je ne suis pas d'humeur à écrire... Je manque d'inspiration, pauvre de moi ! Tant pis, j'écrirai demain... ».

Au lieu de cela, j'ai cherché des solutions pour écrire malgré tout. Non pas me forcer mais me mettre en humeur d'écriture. Je ne dis pas que ces propositions vous conviendront, ni qu'elles feront des miracles. Toutefois elles peuvent aider quelques écrivants à (re)trouver la motivation.

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Se créer un rituel



Selon Twyla Tharp, célèbre chorégraphe et auteure de l'ouvrage The Creative Habit : learn it and use it for life, les rituels sont primordiaux pour entretenir sa créativité. Ces habitudes peuvent consister en ce qui vous correspond le mieux. Ce peut être se préparer une tisane puis la déguster en lisant la production de la dernière séance. Ou encore vous installer dans un endroit particulier. À force de toujours pratiquer quelques gestes ou actions avant d'écrire -ou peindre, ou danser,...-, le simple fait d'accomplir le « rituel » vous mettra dans le bain. Comme si vous disiez à votre esprit : là, je m'apprête à travailler, à créer. Et hop, votre cerveau se mettra en « mode créativité ». Un peu comme le fait de sourire nous met de meilleure humeur même quand le sourire est d'abord de « façade » -une étude scientifique a étudié le phénomène, si vous en connaissez les références, partagez-les en commentaires, je n'arrive plus à les retrouver-.

Je ne peux que vous conseiller de mettre en place un rituel et de vous y tenir pour que ce dernier devienne ce coup de pouce qui change tout.

 

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Entrer en écriture grâce à celle-ci

 

Dans l'article que j'évoquais en introduction, je parlais d'écrire pour faire place nette ou vider la poubelle de vos émotions. Je connais quelques auteurs qui utilisent cette pratique. Faire appel aux mots pour trouver les mots. Vous pouvez soit parler de vous -et de vos difficultés- soit utiliser une consigne d'écriture. Cela correspond finalement aux gammes pour les musiciens ou au travail à la barre pour les danseurs. Personnellement, j'utilise rarement cette méthode. En vérité, j'y ai recours seulement devant un blocage très important. Pourquoi ? Parce que j'ai du mal à me détacher des phrases que je viens d'écrire et que cela revient alors à une rumination sur le papier. Reste que c'est une piste qui convient à certains. Je répète qu'il n'y pas UNE recette miracle, seulement des pistes pour trouver ce qui vous aidera VOUS.

 

La méditation et autres outils personnels...

 

Enfin je vais vous parler de ce que je mets en place lorsque je ne suis pas d'humeur à écrire. Non seulement je dispose de mes propres rituels de secours mais aussi de quelques outils auxquels je fais appel quand mes habitudes ne suffisent pas. La première pratique que je tente reste une courte séance de méditation. Cinq à vongt minutes suffisent en général. Je reviens au moment présent, je me « recentre » et cela me ramène à un état qui me convient particulièrement pour écrire. Dix-neuf fois sur vingt, la méditation résout mon problème. Et si vraiment, je continue à bloquer ou à avoir la flemme je...vais prendre une douche. Oui, oui, vous avez bien lu. Pourquoi la douche ? Parce que c'est un moment où je lâche complètement prise. C'est un peu mon couteau-suisse émotionnel. Un blocage d'écriture ? Une douche. Un problème avec mon manuscrit ? Une douche. Une angoisse diffuse ? Une douche. Pas très écologique mais ça fonctionne.

À défaut du coup de la douche, se connaître est le premier impératif. Observez-vous et trouvez vos propres outils, vos propres astuces pour vous mettre en posture d'écriture...



Et vous, quelles astuces vous aident à « entrer en créativité » ?

16 mars 2017

Écrire pour faire place

 

Après deux articles dans la catégorie « Se réécrire », l'un proposant la tenue d'un journal d'estime de soi et l'autre d’exprimer sa gratitude, j'ai envie de me détacher du développement personnel.

Avant d'utiliser l'écriture comme outil au service d'une philosophie ou de grands principes, elle m'a d'abord aidée dans mon quotidien. Simplement à faire de la place. Comment ? Pourquoi ? Laissez-moi tout vous expliquer.

 

Effacer le tableau...

 

Vous souvenez-vous de ce grand tableau à l'école primaire ? Noir ou blanc, l'odeur des craies ou des feutres... Dans la plupart des classes existe un roulement de l'élève de service. Vous savez, l'enfant si fier d'assister le maître : en distribuant les feuilles, en écrivant la date et, le soir, en nettoyant ce grand tableau. Ah... Effacer la journée de travail. Faire place nette pour le lendemain. Il ne viendrait à l'idée d'aucun professeur, le matin suivant, d'écrire par-dessus les énoncés et exercices de la veille.

Et pourtant c'est ce que la plupart d'entre nous tentons de faire. On se couche rempli des joies, chagrins, victoires et rancœurs du jour. On dort en compagnie de ce capharnaüm et le lendemain on se lèvre comme si de rien n'était. Prêt à gribouiller par dessus les événements de la veille.

Au quotidien, nous aurions pourtant besoin de faire place nette, d'effacer le tableau de notre journée. Pour cela une minute suffit, quelques phrases déposées sur une feuille volante, dans un cahier ou sur smartphone... Ne vous perdez pas dans les détails ni dans les interprétations ou les analyses, plutôt quelque chose du genre :

« Longue journée. Rencontré H, très sympa. Réunion avec Mr D : gros conflit, pas encore de solution. »



Sortir les poubelles de nos émotions

 

Dans la première partie, nous avons parlé du quotidien, des micros-événements. Écrire est encore plus efficace face à des émotions intenses. Notre cœur et notre esprit sont de vraies poubelles : on y accumule des tas de choses, on les laisse pourrir dans un coin. Puis quelques jours/semaines/mois plus tard on s'étonne que la moisissure envahisse tout le reste. Certains d'entre nous ne laissent pas les déchets dépérir : ils vident leur poubelle sur les personnes qu'ils aiment le plus.

Parce que ce sont nos proches qu'on a sous la main, c'est sur eux qu'on se retrouve à déverser nos poubelles. C'est comme ça que, surmené au travail, on peut se retrouver à crier sur nos enfants ou notre conjoint...

 

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Il existe nombre de manières de vider nos poubelles : en se confiant à un ou une ami(e), en consultant un thérapeute, en pratiquant une activité exutoire... Mais quoi de plus accessible qu'un stylo ? Parce qu'il ne nous est pas toujours possible de téléphoner à notre confident ou d'attendre cette séance de yoga qui nous fait tant de bien... Dans ce cas, écrire sa colère, ses angoisses peut faire le boulot. Quitte à mettre ça dans une vraie poubelle à la fin.

Bref ne laissez pas les déchets s'empiler dans votre esprit. Non seulement il y a toujours un moment où ça déborde mais cela occupe de la place. Un espace dans lequel vous pourriez collectionner tant de jolies choses...

 

Mémoire vide, mémoire vive ?

 

Selon Daniel Levitin, un spécialiste des neurosciences, professeur de psychologie cognitive, existe le principe d'externalisation. C'est le fait de ne pas remplir sa tête de choses qui n'ont rien à y faire. Il préconise pour cela d'écrire le plus possible dans son agenda, de s'en servir comme d'une extension de sa mémoire. Allégez la charge d'informations que vous avez à traiter ! Ne vous contentez pas de noter vos rendez-vous mais aussi tout ce dont vous vous efforcez de vous souvenir -horaires de magasin, tâches à effectuer, identifiants internet,...-. Non seulement tout cela prend de la place mais épuise votre énergie.

La thèse de monsieur Levitin reste une merveilleuse découverte pour la maniaque d'organisation que je suis. Désormais quand un de mes proches se moque gentiment de ma manie de faire des listes pour tout, j'ai une bonne excuse...

 

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Daniel Levitin

 

09 mars 2017

L'écriture avec l'Art du Kaizen

 

Le mois dernier, j'abordais la question de l'écriture des scènes de sexe. Thème intéressant maisà destination des écrivants forcenés.

Pour varier, j'avais décidé de proposer en mars une chronique pour ceux qui n'écrivent pas -encore !- régulièrement. Ceux qui voudraient se mettre sérieusement -du moins quotidiennement- à l'écriture mais s'épuisent par avance. Le manque de temps, la difficulté de changer ses habitudes, le perfectionnisme,... autant d'obstacles à un projet à long terme.

Il existe pourtant une solution pour dépasser ces difficultés : le Kaizen, la méthode des petits pas.

Cette proposition nous vient du Japon, par l'entremise de Robert Maurer via son ouvrage Un petit pas peut changer votre vie : la voie du Kaizen. Personnellement, je l'ai découverte grâce à mon magazine fétiche Flow (dont il faudra que je vous parle ici).

 

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Le Kaizen : koi za ko ?

La méthode du Kaizen consiste en un principe très simple : pour atteindre un objectif, nul besoin de s'épuiser à essayer de tout chambouler tout de suite, il suffit d'avancer un petit pas après l'autre.

Là où cela diffère de ce que j'avais pu lire auparavant est que les pas à effectuer sont vraiment minuscules. Vous voulez vous remettre au sport ? Alors commencez par courir une min par jour. Oui une seule petite minute. On peut décider de continuer ainsi aussi longtemps que l'on veut et quand on se sent prêt on ajoute un autre petit pas (pourquoi pas courir 3 min ?). L'idée est qu'avancer sans effort, c'est toujours avancer.

Kaizen

 

L'écriture en 4 petits pas...



Le Kaizen peut s'appliquer à tout : le dessin, le sport, vaincre sa timidité et bien sûr...écrire. Pour vous simplifier encore plus la vie, je vous propose de suivre 4 petits pas d'écriture.

Pour cela, ill vous faut : un espace où écrire. Je pense que c'est mieux de centraliser vos productions afin de voir concrètement vos petits pas. Un cahier, un calepin, quelques feuilles de votre agenda ou de votre journal... Bref comme vous voulez.

Ensuite vous choisissez votre premier pas. Par exemple écrire une phrase par jour. Ou pendant une minute. Une fois à l'aise, mais surtout prenez votre temps, vous passez à deux phrases, ou deux minutes. Et voilà !

 

Lao Tseu

 



Suivez gratuitement le programme

« L'écriture créative en 28 jours... »

 

Vous préférez être guidé dans votre démarche ? Je vous propose de suivre le programme « Se (re)mettre à l'écriture créative en 28 jours », pour cela rien de plus simple :

  1. Si ce n'est déjà fait, inscrivez-vous à la newsletter de l'Écrhistoires

  2. Inscrivez-vous directement par mail (emiliecognac@ecrhistoires.fr) ou laissez un commentaire sous l'article dédié à ce programme. ICI

La première session de aura lieu du 01 au 30 avril. Chaque matin, vous recevrez directement dans votre boîte mail un énoncé simple d'écriture, à la portée de tous.

Le programme prend très peu de temps : pas plus d'une minute la première semaine, trois minutes la deuxième, cinq minutes la troisième et sept minutes la dernière. Une manière simple, ludique et accessible de se (re)mettre à l'écriture.

Vous écrivez déjà régulièrement ? Rien ne vous empêche de nous rejoindre pour vous amuser !

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poster en commentaires ou à me contacter directemen (emiliecognac@ecrhistoires.fr).

 

Prêt à faire ce petit pas en ma compagnie ?

 


23 février 2017

Les dictionnaires : les alliés de tous



Ce mois-ci dans ma boîte à outils : les dictionnaires



Le mois dernier, pour inaugurer la boite à outils, je m'amusais à vous parler des gros mots. Un article finalement tout à fait sérieux, que vous pouvez retrouver ici... Lors de l'élaboration de cette première chronique, j'avais eu recours à un outil bien connu de qui manie un tant soit peu la langue : le dictionnaire. Finalement, puisque c'est « l'outil » que j'utilise le plus fréquemment, il semblait logique d'aborder le sujet. En ligne, sur papier, spécifiques, nombreux sont les dictionnaires qui, au quotidien, sont devenus des alliés.

 

Cit-dico

 

Les dictionnaires en lignes



À l'ère du numérique, il serait dommage de ne pas profiter des dictionnaires en ligne. Définitions et vocabulaire à porter de clique, quoi de plus simple et sans danger ? Sauf que l'on peut très bien, dans la précipitation, utiliser Internet à mauvais escient. Le risque est d'utiliser des informations dépassées ou pire erronées. Si, pour écrire votre roman contemporain, vous utilisez le Littré1, il va de soit que vous risquez quelques déconvenues.

Pour ce qui est du bon vieux dictionnaire de français, je ne jure que par le site de Larousse, que je trouve ergonomique et sérieux. Lorsque je donne des définitions, elles sont en général issu de cet espace.

Par contre quand, plus rarement, j'ai besoin d'avoir recours à un dictionnaire des synonymes je préfère de loin aller . Agréable visuellement, simple d'utilisation et précis, c'est un des mes sites favoris. Si aujourd'hui je me contente de partager mes ressources, il faudra à l'occasion que je revienne sur l'utilisation particulière du dictionnaire des synonymes. Refuser de le consulter ou en abuser peut jouer contre vous.

De manière sporadique, j'ai besoin d'un dictionnaire des rimes. Ma bibliothèque est pourvue d'un tel ouvrage (acheté il y a plus de 15 ans) mais j'avoue que je le sors si peu souvent qu'il se cache derrière deux rangées de romans... Donc il m'a fallu trouver une solution plus pratique : ce site. De même que pour le dictionnaire de synonymes, je pourrais écrire un article sur la question.

 

Synonymes

 

Les dictionnaires en ligne sont des outils fort utiles mais certains ouvrages papiers continuent d'accompagner mon travail...

 

Les irremplaçables papiers



Les trois dictionnaires « papier » que je feuillette le plus ne sont pas des compagnons quotidiens dans mon travail sur l'écriture. Mais le plaisir que j'ai en les consultant, la myriade d'éléments que j'ai appris grâce à eux, font qu'ils avaient leur place dans cet article.

Le premier, et non des moindres, date de l'époque fort lointaine où je possédais encore une carte d'étudiante. Un ouvrage de référence, acquis pour un cours, que je consulte encore de temps à autre, parfois pour le simple plaisir d'apprendre une broutille ou deux. Il s'agit du Dictionnaire étymologique et historique de la langue française de Beaumgartner et Ménard. Possible qu'après toutes ces années, mon édition date quelque peu mais je l'adore. Oui, oui, j'adore un dictionnaire, on s'abstient de se moquer, merci... J'évite de le sortir quand je suis submergée de travail car j'ai tendance, quand je plonge dans ces pages, à m'y noyer avec délectation.

Viennent ensuite deux parutions de Larousse qui sont sans doute très plaisantes mais que je consulte pour le boulot. Le premier est le Dictionnaire des expressions et locutions traditionnelles. On peut trouver son équivalent en ligne pourtant je le préfère dans sa version papier -allez comprendre...-. Riches d'exemples, il fourmille de petits trésors...

Enfin le troisième me sert pour la correction, encore une édition Larousse : Dictionnaire des difficultés de la langue française. Lorsque -je ne sais pas encore quand mais c'est prévu- je consacrerai un article sur mes outils pour la correction, nous verronsi son utilisation plus en détails. Reste que c'est un ouvrage de référence dont je peux difficilement me passer. Quand j'aborde la thématique « Retravailler un texte » avec un client, je l'emporte avec moi.

 

Pour conclure, j'avoue que d'autres dictionnaires sortent régulièrement de ma bibliothèque (Dictionnaire de l'Ancien Français, de mythologie, des symboles, dictionnaire culturel de la bible...) mais ils sont si spécifiques que je préfère les garder pour les sujets auxquels ils sont liés...

Peu importe ceux que vous utilisez, faite-le à bon escient et, surtout, prenez du plaisir à baguenauder dans le paysage varié de notre langue...

 

Et vous, les dictionnaires, numériques ou papiers ? Généralistes ou spécialisés ? Partagez vos trouvailles...

 

 

1 Dictionnaire ancien, paru de 1873 à 1877

02 février 2017

5 règles pour écrire une -bonne- scène de sexe

 

Cet article est seulement le deuxième de sa catégorie -retrouvez le premier ici- et j'aborde déjà un sujet coquin... En ce mois de la Saint-Valentin, je pourrais prétexter vouloir rester au plus près du calendrier sauf que non. Ce choix tient à une seule chose : pour moi les scènes de sexe ont longtemps été une épreuve. Parce qu'elles tiennent en un équilibre délicat et produire une bonne scène reste difficile. Il m'aura fallu du temps, et du travail, pour ne plus redouter l'exercice. De ce processus, j'ai appris quelques astuces que je veux partager avec vous. Plus exactement j'ai désormais 5 règles :

 

5 règles

 

 

La préparer en amont

 

Plus votre scène sera préparée, plus l'exercice sera facile. Non seulement la caractérisation de vos personnages doit être solide mais la relation entre les protagonistes doit être claire. Que ces éléments existent dans les chapitres précédents ou seulement dans votre esprit, peu importe, il faut que vous sachiez ce qu'il en est. On ne caresse pas un inconnu de la même manière que la personne qui partage notre vie depuis des années... Une femme complexée et mal à l'aise avec son corps n'agira pas comme une héroïne sûre d'elle et de sa féminité. Bref, les choix que vous ferez devraient, dans l'idéal, découler naturellement de la psychologie de vos personnages.

 

Lui donner une fonction

 

Il existe un principe auquel j'essaie de ne jamais déroger : mes scènes/chapitres doivent avoir une fonction. Les scènes de sexe aussi. Quand je m'apprête à écrire le premier jet d'un passage je me demande toujours à quoi sert une scène.

Deux fonctions principales peuvent motiver une scène : faire avancer le récit ou caractériser un personnage. Peu importe quelle est l'utilité, il doit y en avoir une. À quoi bon le sexe pour le sexe ? même dans un roman érotique...

Lorsqu'un « couple » se tourne autour depuis plusieurs chapitre, la scène en question peut servir à changer leur relation, donc faire avancer le récit. Au début d'un roman, mettre son héros dans une situation érotique peut nous montrer le rapport qu'il entretient avec sa sexualité, avec les femmes,... En d'autres termes donner à voir au lecteur une partie de son fonctionnement psychologique.

Écrire porte fermée

 

Même dans notre société habituée à l'étalage de la nudité, la sexualité reste un domaine qui véhicule des éléments lourds de sens. Écrire une scène de sexe interroge notre propre rapport au corps, à la sensualité et peut bousculer nos tabous. Quand je suis confrontée à un tel passage, je fais particulièrement attention à écrire porte fermée. C'est à dire que je ferme symboliquement la porte au regard des autres. J'écris comme si personne jamais ne devait lire mes mots. Il faut se sentir libre au moment du premier jet. Il sera toujours temps de retravailler la scène par la suite.

 

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 Le Violon d'Ingres - Man Ray

 

 

 

Savoir la délimiter

Parfois quand une scène ne fonctionnait pas ou que j'avais du mal à l'écrire, m'interroger sur ses limites m'a permis de dépasser mes difficultés. J'entends par là quand la scène commence et finit... Il m'est arrivé de supprimer tout le début d'un passage pour débuter le récit dans le feu de l'action et me rendre compte que mon récit gagnait en intensité et en dynamisme. Savoir quand retrouver et/ou quitter les personnages -à quel moment du récit- peut changer beaucoup de choses. N'hésitez donc pas à tester plusieurs versions en jouant sur ces limites.



Éviter les pièges « viande et dentelles »

Grande lectrice, j'ai remarqué que deux pièges guettent les scènes érotiques dans la fiction. J'ai surnommé ces écueils « viande et dentelles ».

  • Viande pour l'effet « viande dans le torchon ». Oui l'image n'est pas ragoutante, comme certaines scènes de sexe complètement ratées. C'est quand l'auteur décide d'appeler une bite une bite, de faire dans le cru mais sans savoir doser. Il ne faut pas tomber dans le mauvais porno. Du genre "Il la fourra jusqu'à la gerde tant elle était trempée".

  • Le second obstacle est celui de la « dentelle ». Le terme évoque, pour moi, les romances ratées. Quand par excès de romantisme et de pudeur, l'auteur se refuse à tout vocabulaire érotique et multiplie les métaphores farfelues. (Une fois j'ai pu lire « bouton magique » utilisé pour clitoris. J'en rigole encore...). Mieux mieux passer outre une scène de sexe et la contourner intelligemment plutôt que de l'écrire la honte au bout du stylo et finir par tomber dans le ridicule.

Legs Eleven Jack Vettriano

Legs Eleven - Jack Vettriano©



Et vous, quels éléments vous posent le plus de difficultés ?

Qu'en est-il des passages érotiques ?

 

 

 

 

26 janvier 2017

Gros mots, grossièretés et autres jurons



Ce mois-ci dans ma boîte à outils : les gros mots.

J'aurais pu commencer cette nouvelle catégorie -à retrouver une fois par mois- avec une définition un brin poussiéreuse et savante, telle la stichomythie1. Mais non... Je préfère commencer par un thème tout aussi important -oui,oui...- mais un poil de licorne plus amusant : les gros-mots, jurons et autres joyeusetés que notre belle langue nous offre.

Mais en quoi les gros mots ont-ils leur place dans la boîte à outil d'un écrivant ?

Tout d'abord un petit rappel, ami lecteur, sur ce que j'entends par gros mot. J'ai choisi de m'en tenir à la définition qu'en fait Pierre Guiraud Il s’agit plutôt des termes qui choquent parce qu’ils touchent des domaines tabous notamment la religion, la sexualité et la scatologie.2

 

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Les gros mots : un art mouvant



En général, on qualifie une langue de vivante parce qu'elle est pratiquée de nos jours mais, pour moi, la première caractéristique d'une langue vivante est bien qu'elle est douée de vie. Donc dans le mouvement, la transformation, l'évolution. Vouloir graver le français dans le marbre d'une académie serait un blasphème. Les gros mots, comme tout le reste de notre vocabulaire, ont un passé. À chaque terme même grossier correspond une histoire, une biographie, une fiche d’identité.

Prenons un mot à la vulgarité limitée mais beaucoup utilisé dans nos embouteillages : le bon vieux « con ». Son arrivée dans notre langue daterait du XIIIe s. et ne désignait alors que les parties naturelles de la femme3 . À cette époque, c'était certes un mot qui évoquait l'intimité mais ce n'était pas une insulte. Ce n'est qu'au XIXe s. que « con » est devenu une injure vulgaire au sens d’abruti, de crétin. Et que dire de notre langue contemporaine ? dans laquelle on peut se demander si con, un peu usé, possède encore l'aura de scandale attaché aux gros mots...

Gardez cela à l'esprit, que les mots -gros ou pas- ont tous une histoire et que le sens qu'on leur donne aujourd'hui n'est peut-être pas celui qu'on leur prêtait hier.

 

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Variété de figues communément appelée "Couille du pape" - et oui ça me fait rire... 

 

Le gros mot au service du personnage



Le plus souvent lorsque l'on rencontre des gros mots dans un roman, ils sont placés dans la bouche ou les pensées d'un personnage.

N'oubliez pas que tous les dialogues n'ont pas pour fonction de donner du réalisme à l’œuvre. Prenons pour exemple Oscar Wilde. Dans Le Portrait de Dorian Gray, les dialogues fourmillent de bons mots, d'aphorismes,... L'esprit prime sur le réalisme et c'est, entre autres, ce qu'apprécient ceux qui admirent Wilde.

Mais si vous voulez que vos dialogues apportent l'impression d'être « réels», les gros mots auront leur place dans votre boite à outils.

Dans l'idéal, chacun de vos personnages doit être identifiable par sa manière de « parler ». Notre langage transporte toute notre histoire et dépend aussi bien de notre éducation, notre lieu de vie, notre niveau social que de notre caractère ou de notre rapport aux autres et à nous-même...

Quelques termes d'argots, un gros mot ou une expression imagée situent parfois plus efficacement un personnage qu'un interminable paragraphe sur sa biographie. Émile Zola, par exemple n'hésitait pas à donner à ses personnages un ancrage profond dans leur réalité sociale : Nom de Dieu de nom de Dieu ! répéta Maheu en relevant la tête. Nous sommes des jean-foutre, si nous acceptons ça (Germinal, p.175)

Dans la même idée, le récit lui-même peut se situer depuis le point de vu d'un personnage. Une description de l'océan changera du tout au tout selon si elle est transmise par un narrateur neutre, une jeune femme romantique ou un artiste dépressif. Bref si vous décrivez un lieu ou un événement à travers le prisme d'un personnage qui émaille ses dialogues de quelques gros mots bien sentis, en parsemer intelligemment votre texte rendra le passage plus cohérent et dynamique.

Les gros mots peuvent donc participer à une bonne caractérisation des personnages.

 

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La rue dans le texte et le style

 

Il me semble difficile de parler seulement de la place du gros mot dans la littérature car il s'agit plus souvent de la question plus vaste de l'oralité. Depuis Rabelais et sa volonté d'explorer le français, (langue vulgaire tout entière à l'époque où seul le latin était admis), en passant par Céline et l'anti-héros de Voyage au bout de la nuit, parvenir à jouer sur l'oralité est un exercice difficile. Mais cela nous prouve que la crudité, les gros mots, et la vulgarité ne sont que des outils. À partir de là, seul le travail et le talent des auteurs décident de ce que ces outils peuvent devenir : vecteur du réel chez Zola, dénonciation satirique chez Rabelais, claque stylistique chez Céline, poésie érotique pour Chimo (Lila dit ça),...

Comme tout outil et technique, vous avez tout à gagner à en expérimenter l'utilisation...

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Alors, ces gros mots... Vous les utilisez ou pas ?

 

 

 

1 Dialogue en vers dont chaque réplique occupe un seul vers, Lexique des termes littéraires, ouvrage dirigé par Michel Jarry, Le Livre de Poche, 2001

2 Cité dans l'article L'injure en littérature française : un jeu langagier à enjeux spécifiques RIHAM EL KHAMISSY Université d'Ain Shams, Le Caire

3 Dictionnaire de l'ancien français, Algirdas Julien Greimas, Larousse, 2001

19 janvier 2017

Au commencement de l’Écrhistoires



Si vous avez eu la curiosité de parcourir ma page de présentation, vous savez que j'ai ouvert cet espace pour partager mes découvertes autour de l'écriture. Dans mon activité professionnelle, j'aide mes clients de deux manières :

  • en les aidant à développer leurs compétences en écriture

  • en utilisant des exercices simples d'écriture pour leur épanouissement personnel

Les deux catégories principales de l’Écrhistoires étaient toutes trouvées...

 

« Écrire », un artisanat

 

L'écriture créative a traditionnellement pour objectif de rendre accessible des techniques rédactionnelles. Depuis longtemps, dans les universités anglophones, les étudiants peuvent s'initier à la création littéraire et les articles et ouvrages abondent. Hélas, ils sont trop rarement traduits. Dans la catégorie « Ecrire », je partagerai avec vous une partie de ces techniques.

J'ai la conviction que tout le monde peut améliorer ses capacités et j'espère que vous trouverez la preuve que vous aussi vous avez le droit de développer vos compétences. Vous verrez que les possibilités sont vastes que ce soit en terme d'inspiration, comme avec mon article Les 3 clefs de l'inspiration ou autour de thèmes comme la caractérisation des personnages, la description, la nouvelle, l'écriture poétique,...

 

 

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« Se réécrire », l'écriture pour s'épanouir

 

Alors que ma vie et ma profession tournaient déjà autour des mots, le destin a placé sur ma route de grandes difficultés. En me battant pour les surmonter, j'ai eu la confirmation de ce que je soupçonnais depuis longtemps : l'écriture peut nous aider à nous épanouir.

La deuxième facette de mon métier consiste aujourd'hui à mettre l'écriture au service du mieux-être, du mieux-vivre, du mieux-communiquer. Voilà comment est née la catégorie « Se réécrire ». Au fil des articles, j'espère vous offrir des opportunités d'expérimenter à votre tour les formidables pouvoirs de l'écriture...

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À la source : la créativité

 

Alors que je mettais en place ces deux catégories, j'ai eu l'intuition qu'il manquait quelque chose. Un domaine qui, dans ma vie, est à la source de la plupart de mes projets, de mes recherches, de mes apprentissage : la créativité. En comprenant cela, j'ai senti que je devais créer une troisième catégorie. Car au-delà de l'écriture, la créativité peut enrichir notre quotidien, nourrir nos projets, magnifier la routine.

Trop souvent j'entends des gens dire « Je ne suis pas créatif/ive... », « Je n'ai aucune imagination... », « Je ne suis pas manuel(-le) ». D'une petite voix désolée, appuyée parfois d'un soupir de dépit ou de résignation... Et pourtant de la même manière que l'on peut développer sa souplesse avec le yoga, il est possible de nourrir sa créativité !

Voilà comment est née la troisième grande catégorie de ce blog : E-créativité.

 

 

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Et vous, quel est votre rapport à la créativité ?

 

 

12 janvier 2017

Le piège des bonnes résolutions - ces ribaudes -



Nous voilà mi-janvier : l'effervescence des fêtes apaisée, nous reste la fatigue. Demeure aussi le poids de nos bonnes résolutions. Si, comme moi, vous faites partie des êtres humains, en vous réside ce désir vain de perfection. Et la nouvelle année apporte dans son sillage son lot de pensées supposées nous transcender : je vais me mettre au sport, je serai moins dépensier/sière, je serai plus organisée, j'arrête de fumer/procrastiner/lire des Harlequin,... (rayez les mentions inutiles...).

Mais voilà, la vie et le quotidien nous rappellent souvent à l'ordre de notre humanité, donc de nos faiblesses : nos bonnes intentions s'érodent sous l'écoulement du temps.

I. Les bonnes résolutions, une mauvaise idée ?

Ne pas tenir nos bonnes résolutions ne devraient pas nous poser problème. Ce n'est pas comme si c'était la première fois, pas vrai ? Sauf que... Sauf que, pour moi et beaucoup de mes amis, ce renoncement annuel laisse un goût amer sur la langue. Et sape notre estime de soi. Non seulement nous ne sommes pas plus souple, plus sain, plus hydraté ou toute autre aspiration sortie d'un rapport de l'OMS, mais nous avons la désagréable impression de n'être qu'un mollusque sans volonté.

Voilà où réside le piège de ces petites coureuses de remparts1 que sont les bonnes résolutions : remplacer le mieux vivre espéré par une ritournelle d'auto-critiques.

C'est le moment où, sur de nombreux sites -sincères mais parfois néfastes- certains parleront de résolutions positives. Cela va de se mettre à la méditation pour endiguer le stress au journal de gratitudes pour nous prouver, à nous pauvres hères râleurs, que la vie, quand même, elle est vachement chouette...2 Sauf que le piège risque de se refermer -encore !- sur notre bonne volonté.

 

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II. La pensée positive ? Oui mais non...

 

Depuis quelques années, je suis ce que l'on pourrait appeler une adepte de la psychologie positive. Cela peut sembler étrange de se déclarer groupie d'une discipline scientifique mais je préfère cette formulation. Parce que pensée positive et psychologie positive sont trop régulièrement confondues. Alors que la seconde s'avère juste être l'étude de ce qui rend les humains heureux, optimiste, résilients, la première recèle une dimension magique : il suffirait de voir le verre à moitié plein pour arrêter de s'y noyer perpétuellement.

Attention, loin de moi l'idée que cette vision des choses s'apparente forcément à une ineptie. Simplement pour moi cela a été catastrophique.

Je vais me permettre de parler un peu de moi. Dans une période difficile, alors que mon estime de moi n'aurait pas seulement rempli le quart d'un dé à coudre, j'ai voulu changer mon regard. Je me suis retrouvée à noter, chaque matin, un mantra censé me transformer du genre « Je suis quelqu'un d'estimable, j'ai de la valeur et je m'aime ». Hélas, incapable de le croire au plus profond de moi, cela me donnait l'impression, au fil de ma journée, de ne pas être à la hauteur. Non seulement cela ne m'empêchait pas de retomber dans le piège de la rumination fielleuse mais je culpabilisais de me sentir coupable de ne pas être parfaite. Vous voyez le guano ?

 

Fontenelle



III. Une bonne résolution : se donner de l'amour...à soi-même

 

Le mois de janvier pourrait très bien se passer de ces bonnes résolutions avortées trop vite. Hélas, j'adore avoir cette impression de me refaire une vie toute neuve à la moindre occasion.

Un peu comme la rentrée des classes, lorsqu'on peut s’enivrer de l’odeur des cahiers neufs ouverts sur un avenir riche de perspectives.

La seule réponse que j'ai trouvée qui réconcilie mon amour de la bonne résolution et l'envie de rester bienveillante est toute simple. Je l'ai mise en place l'année dernière et si je suis loin de la perfection, j'essaie de le faire régulièrement. Cette habitude qui me tiendra lieu, cette année encore, de bonne résolution, c'est la tenue d'un « Journal d'estime de soi ».

Offrez-vous un petit carnet, un cahier, agrafez ensemble quelques feuilles blanches, qu'importe... Et essayez de noter tous les soirs une à trois jolies choses sur vous. Même des détails que vous trouvez insignifiants... L'important ce n'est pas tellement le contenu de cette petite liste mais d'être dans une démarche de valorisation de soi. Cela peut être une chose que vous avez accomplie, une pensée positive -tiens, tiens...- l'aide que vous avez apportée à un proche ou un inconnu,... Trouvez et écrivez trois jolies choses sur vous. Célébrez la moindre petite victoire, le moindre de vos sourires. Si certains jours, cela ne vient pas, ça n'a aucune importance, vous reprendrez le lendemain.

Je ne dis pas que ce rituel va changer radicalement votre vie. Ni qu'il permettra de tarir la ritournelle de l'auto-critique. Juste que, peut-être, vous vous endormirez parfois avec ce sentiment si chaleureux de vous aimer, vous et votre foutue humanité.

 

Lune

 

Alors tenté par le journal d'estime de soi ou pas du tout ?

 

 

1 Au Moyen-Age, les coureuses de remparts - les rempardières - étaient des femmes qui se prostituaient

2 Sachez toutefois que je pratique moi-même la méditation ET le journal de gratitudes. Je vous en reparlerai à l'occasion ;-)