10 août 2017

Personnages : dix éléments indispensables

 

Dans l'écriture de fiction -romanesque ou scénaristique- la place des personnages est primordiale. Que serait Orgueil et Préjugé sans la fougueuse Elizabeth Bennet et le charismatique MrDarcy ? Aurions-nous la même fascination pour le roman d'Oscar Wilde sans l'humanité trouble de Dorian Gray ?

Soyons franc : il n'existe pas de recette magique qui permette d'obtenir ce petit quelque chose en plus, cette magie qui transforme un être de papier en une incarnation de chair et de sang. Néanmoins certains aspects me semblent indispensables pour tendre vers cet idéal. Ces quelques éléments ne feront pas de miracle mais vous aideront à construire vos personnages.

Certains auteurs élaborent soigneusement des « fiches de personnage » avant même de commencer à écrire. Ce n'est pas mon cas mais peu importe la méthodologie ; à terme les personnages principaux comportent tous ces dix ingrédients.

I. Une carte d’identité

  1. Un état civil

Commençons par le plus évident : l'état-civil ! Pas besoin de connaître tous les détails mais vous devrez pour le moins savoir le nom et l'âge de votre personnage.

Pour ce qui est de nommer les héros -ou personnages secondaires-, il existe plusieurs écoles. Certains se focaliseront sur la sonorité, d'autres sur la véracité -prénom en adéquation avec l'époque par exemple-, il y en a même qui misent sur un lien entre le nom et le rôle / caractère du personnage. Qu'importe... N'oubliez pas que rien n'est gravé dans le marbre, je suis en train d'écrire une trilogie et mon héroïne vient juste de changer de prénom alors que j'en suis au milieu du deuxième opus !

CNI

  1. Un physique

Ici pas la peine de connaître le moindre grain de beauté de notre personnage mais de garder une trace de son apparence générale : couleur des yeux / cheveux / stature / particularité physique. Il s'agit de ne pas se contredire lorsque l'on travaille sur un projet long.

  1. Une particularité

Personnellement j'aime bien octroyer à chacun de mes personnages une « particularité », quelque chose qu'il sera le seul à posséder dans le récit. Ce ne doit pas forcément être une rareté, seulement un signe extérieur qui marquera l'esprit du lecteur et différenciera facilement ce personnage des autres : des tâches de rousseur, le port de lunettes, un tatouage, une calvitie précoce...



Avec cela vous aurez les données de base du personnage mais rien qui le rendra véritablement attachant ou intéressant. C'est tout juste une enveloppe reconnaissable... Il est temps de lui donner une humanité.



II. Une humanité

  1. Un passé

Inutile de le rappeler, le passé est ce qui nous façonne : que nous nous construisions pour ou contre, grâce ou malgré, il me semble compliqué de comprendre quelqu'un sans savoir d'où il vient. Il en sera de même pour vos personnages. Là encore pas besoin de leur composer une biographie exhaustive, gardez à l'esprit quelques éléments de sa vie AVANT le temps du récit. Il ne sera peut-être pas pertinent de donner toutes ces infos au lecteur, cela permettra surtout la cohérence dans la trajectoire du personnage.

Par exemple savoir que votre héros n'a pas pu faire d'études à cause d'une enfance pauvre aura une influence sur son rapport au savoir, à la culture ou à l'argent.

  1. Des aspérités

Là il s'agit surtout des personnages principaux : un héros trop parfait ou un « méchant » seulement monstrueux n'ont que peu d'intérêt. Tout être humain a des contradictions, des aspérités, des zones d'ombre et de lumière. À vous de jouer avec cela pour donner à vos personnages une complexité suffisamment intéressante pour apporter un plus au récit sans pour autant tomber dans le cliché.

  1. Un mode de fonctionnement

Savoir comment fonctionne un personnage est fondamental. Celui-ci est-il dominé par une vision manichéenne du monde, un respect de l'ordre et des règles ? Alors il réagira aux événements extérieur en gardant ce fonctionnement.

  1. Une voix

La voix combine la manière de penser et de s'exprimer. Cette notion arrive en dernier de cette partie parce qu'elle découle de tout le reste. Le vocabulaire utilisé changera en fonction du milieu dont est issu le personnage ainsi que de sa capacité à apprendre... Le phrasé et le rythme ne sera pas le même selon qu'il est introverti ou très sociale. En prenant tout cela en compte, vous parviendrez plus facilement à donner une coloration unique à cette voix. Dans l'idéal, un dialogue devrait être imputable à un personnage donné parce que « reconnaissable ».

III. Une existence « narrative »

  1. Un rôle dans l'histoire ou la narration

Puisque nous avons désormais un personnage complet, avec un passé, un fonctionnement, une apparence,... il est temps de le placer dans le récit. De la même façon qu'un producteur/réalisateur engagera un acteur pour un rôle précis, il convient de savoir lequel incarnera le personnage en question. Pour les héros ou l'antagoniste, la question paraît d'une simplicité enfantine... Mais pour les autres ? Pourquoi ce personnage existe-t-il ? Pour aider le héros ? Pour apporter un peu de légèreté dans le récit ? Un personnage, même bon, doit servir à quelque chose.

  1. Un objectif

Là on revient au fonctionnement de notre personnage. Qu'importe son rôle dans le récit, il doit avoir un « objectif ». Ce dernier est le ressort qui le fera agir. Prenons un exemple : le collègue du héros existe pour lui faire perdre son emploi, il dénoncera une faute grave de notre personnage principal et le fera licencier. Mais pourquoi faire cela ? Est-ce un homme si ambitieux qu'il est prêt à tout pour évincer un « concurrent » ? Un père de famille nombreuse qui agit à contrecœur, par peur de perdre lui-même son emploi ?

  1. Un arc dramatique travaillé

On appelle arc dramatique la trajectoire émotionnel du personnage, comment les événements narratifs vont le transformer, le révéler... Un héros ou un personnage secondaire ne sera pas le même au début et à la fin de son existence dans le récit. De la même façon que le caractère du personnage aura une influence sur sa manière d'agir aux événements, ces derniers auront à leur tour une influence sur lui. Par exemple une héroïne très jeune confrontée plusieurs fois à la trahison deviendra sans doute plus méfiante.

Connaître l'arc dramatique d'un personnage permet d'être attentif à garder le récit dans une dynamique, à ne pas trop s'égarer en cours de route.

 

Perso

Cet article aborde de nombreuses notions... S'il rappelle les fondamentaux, j'espère avoir l'occasion de revenir plus précisément sur chacun de ses éléments.

Il est inutile de faire une liste de ces « indispensables » à chaque fois que vous écrivez mais cela devient intéressant quand un personnage vous semble faible. Pour vous aider à trouver ce qui « cloche ».

 

Quel exemple de personnage particulièrement réussi vous vient à l'esprit ?

 


15 juillet 2017

Consigne d'écriture n°9 - épiphore

La consigne

Écrire un texte -sujet et forme libre- utilisant l'épiphore - figure de style consistant en la répétition, à la fin de deux ou de plusieurs groupes de phrases ou de vers qui se succèdent, d'un même mot ou d'un même groupe de mots -.

 

Mon texte

 

Les épreuves en intérim

La vie palpite toujours

La joie succède aux abîmes

Et la nuit succède au jour

Dans les victoires ou les deuils

La leçon n'est pas facile

La fatigue au coin de l’œil

La sagesse au bord des cils

 

Sans artifice

De son aiguille

Le temps nous tisse

À bout de fil

Vois ce qui brille

Comme une envie

Jamais facile

Reste la vie

La vie fragile

Comme une envie

Reste la vie

Au bord des cils

 

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06 juillet 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 3/3

 

Si vous avez suivi les deux premières étapes de ce « Tuto du stylo », à découvrir ici et , vous disposez à présent de la première mouture, version, d'une histoire. Qu'elle comporte 500 ou 3000 mots, vous pouvez d'ors et déjà être fier de vous. Pourtant le plus gros du travail reste à faire : passer d'un premier jet à un écrit abouti.

Quand on évoque la correction, immanquablement, on pense à ces copies de français, maths ou histoire -rayez la ou les mentions inutiles- saturées de rouge qui provoquaient un soupire déçu ou la colère de nos parents. Ces souvenirs parfois déplaisants peuvent nous freiner. Or la correction en écriture n'est pas notation. La correction pour un écrivain, c'est d'abord une valorisation de ses capacités littéraires. C'est répondre à cette question centrale en Art : de quelle manière je peux magnifier mon œuvre pour qu'elle s'approche au plus près de mon idéal ?

Au fil du temps, cette étape, que l'on redoute tant au début, devient un passage profondément créatif, porteur d'espoir et de jubilation.

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

 

Prendre du recul...

 

Il s'agit tout d'abord de prendre du recul au sens propre du terme. Et ce de deux manières : temporelle et physique.

Sauf deadline -dans le cadre d'une activité professionnelle ou d'un concours-, mieux vaut éviter de se pencher à chaud sur son texte. Pour gagner en pertinence et en efficacité, on laisse reposer son écrit. Mais alors QUAND doit-on retravailler ses productions ? Il n'existe -hélas- pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question légitime. Cela dépend de plusieurs facteurs dont un seul est neutre, la longueur de votre production, et c'est celui qui, à mes yeux, compte le moins. Finalement ce que je prends personnellement en compte c'est mon lien émotionnel au projet. Si c'est un écrit théorique, je peux me pencher dessus dès le lendemain. Si c'est un poème à dimension autobiographique, il me faut parfois des mois avant d'être capable de le retravailler avec intelligence.

Enfin au-delà du recul temporel, un recul physique est non seulement possible mais souhaitable. Si, comme moi, vous écrivez votre premier jet directement sur ordinateur, évitez de corriger sur écran, l'expérience m'a appris que c'était beaucoup moins efficace -aussi bien pour retravailler un texte que pour une correction stricte (grammaticale et orthographique).

Si vous écrivez à la main : le moment de taper sa production reste une bonne occasion de commencer les corrections.

Enfin, un dernier petit conseil : gardez une trace de toutes les versions de votre travail. Non seulement on peut s'apercevoir que finalement tel passage supprimé a sa place dans le récit mais cela permet de voir combien notre texte s'est amélioré !

 

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Exemple de manuscrit personnel après relecture pour correction

 

La question de la bienveillance

 

Prendre du recul au sens strict du terme ne suffit toutefois pas, il s'agit aussi de porter un regard juste sur ses écrits. Une question délicate puisque cela consiste à faire l'équilibriste pour ne tomber ni dans une satisfaction aveugle ni dans l'autoflagellation.

Le premier principe à intégrer est le suivant : ne pas confondre ce que l'on produit avec soi-même. Je ne nierais pas que l'on a souvent un lien étroit et fort avec notre travail mais il ne s'agit pas de confondre ce que l'on produit avec ce que l'on est. Cette confusion reste commune. Combien d'écoliers ont pensé -et pensent encore- qu'obtenir une mauvaise note signifie qu'eux-même sont « nuls » ou méritent un 0 ?

Au début, lorsque je me rendais compte qu'une de mes scènes était franchement mauvaise, j'avais envie de tout envoyer au diable. Je me disais « Ah, tant pis, je suis nulle ! Je n'arrive à rien ! Je me suis pris pour Flaubert mais je suis incapable d'écrire un truc qui tienne la route ! ». Alors je mettais tout à la poubelle. Avant de me résoudre, quelques jours après, à tout recommencer.

Aujourd'hui encore certains passages me désespèrent. Seulement j'ai compris que je ne pouvais simplement pas toujours faire  bien. Où serait l'intérêt si je ne pouvais pas progresser et retravailler mes écrits ?

Si vous deviez adopter une devise ultime, ce serait la suivante « Exigence et bienveillance ».

 

Manuscrit

 

Marcel Proust – Manuscrit de À la recherche du temps perdu

 

Une question de connaissance de soi...

 

Dans son célèbre ouvrage, Écriture, mémoires d'un métier, Stephen King nous fait part d'un conseil reçu d'un directeur de publication lorsque, jeune auteur, il collectionnait les lettres de refus. Une règle simple que l'écrivain continue de faire sienne : Version 2 = version 1 – 10 %. Cette maxime peut être utile à certains mais doit être considérée avec précaution car elle ne convient pas à tous.

« Alors pourquoi la citer ? », me demanderez-vous. Car ce principe nous rappelle que l'on doit être capable de sacrifier certains passages pour le bien de son texte. Quant aux chiffres, je me permettrais simplement de vous conseiller d'apprendre à vous connaître. Personnellement j'ai tendance à l'économie lorsque j'écris. Radine dans mes descriptions, je me retrouve le plus souvent à devoir compléter mes textes. Ce que je gagne en matière, je la perds néanmoins quand je me préoccupe du « style ». Lors de de cette étape, je me rends compte que je multiple les mots inutiles et me voilà en train de rayer, supprimer, raturer. Malgré mes progrès au fil des années, il y a toujours à parfaire, que ce soit en ajoutant ou en épurant. À vous de trouver comment valoriser au mieux les qualités de votre plume, en prenant en compte ce qui fait votre singularité, votre identité d'écrivant.

L'astuce en plus : pour mieux mettre en relief et les imperfections d'un texte, rien ne remplace la lecture à voix haute. Pas besoin de public... Seul dans votre salon ou votre bureau, lisez votre publication en prenant soin d'articuler, de ne pas aller trop vite. Vous verrez que répétitions, dialogues faibles, tournures incompréhensibles, et toute autre maladresse gagnent en visibilité !

 

 

Et vous des astuces personnelles à partager ?

 

01 juillet 2017

Consigne d'écriture n°8 - « Lettre d'amour»


La consigne

Une lettre d'amour.

 

lettre

 

Mon texte

 

Ma Laura,

 

Ta bouche s'est-elle pincée à cause de ce possessif ?

Je suppose que ce que la simple amitié me permettait hier, mon amour me l'interdit aujourd'hui. Des mois à te prendre la main, à rire, à partager nos goûts et nos secrets... Il aura suffit d'un instant de franchise pour que ta paume se dérobe, que nos conversations s'enlisent et que ton regard se détourne. Comme si mes sentiments te salissaient.

Tu ne t'en doutais donc pas ? Dis-moi, Laura, où se niche ton rejet. Est-ce parce que j'aime les femmes ou parce que c'est toi que j'aime, parmi toutes les autres ?

Tu m'accuses de t'avoir dupée. Tu déclares ne plus rien vouloir de moi, que tout a changé. Mais je reste ta petite Beth. Ouvre les yeux, ma chérie, ce désir qui te dégoûte, je l'ai éprouvé tout de suite. Rien n'a changé, si ce n'est que tu le sais.

Ces caresses que nous avons partagées, que tu renies, tu les pensais vraiment pures ? Comme lavée par l'amitié ?

Tes soupirs, tes rougeurs, ton plaisir, je ne les ai pas rêvés. Notre relation n'est pas moins belle parce que je lui ai donné son véritable nom. Contrairement à ce que tu sembles croire, je ne veux rien de toi sans ton consentement. Tu peux te mentir en décidant que tu n'as pas envie de moi. Pourtant j'accepterais mieux que tu me repousses si tu regardais ton désir en face. Si tu me disais : «Je te désire ? La belle affaire ! Je ne veux pas de toi. »

Cette lettre existe à cause de ton aveuglement. Lis-la, mens-moi encore mais prends un instant pour affronter ce que tu ressens.

Nous en avons parlé bien souvent : tes fiançailles te rendent malheureuse, ton avenir te terrifie. Combien de fois ai-je consolé tes larmes ? Tu as peur de rompre cet engagement, soit. Tu veux fuir mon désir et le tien, soit.

Ferme les yeux bien fort et épouse-le. Qui suis-je pour t'en empêcher ? Je m'effacerai, je ne viendrai même pas à tes noces. Tu n'auras rien à craindre de moi. Mais te vois-tu dans quinze ans ? Dans vingt ans ?

Je te vois, moi. Tu es là, Laura, devant moi. Presque réelle. Toujours belle.

L'épouse si convenable du bon docteur. La silhouette plus douce et quelques mèches blanches dans ton chignon. Mère de deux grands enfants. Trois peut-être. Tout le monde qui t'approuve, t'envie et te salue à la messe. L'image te plaît ? Aie le courage de t'approcher ! Vois le pli amer de ta bouche. Vois la résignation qui a remplacé le feu de tes yeux. Viens derrière le décor de ton existence... Tes journées à tenir la maison, les heures à prendre le thé avec ces bourgeoises qui t'ennuient, les soirées à attendre ton mari retenu auprès d'un malade.

As-tu encore des fous rires ? Joues-tu toujours au piano avec passion ? Es-tu cette Laura sensible et flamboyante dont je suis éperdument amoureuse ? Perdue dans la routine, tu continues à sourire. Et longtemps tes enfants t'auront offert le bonheur au service minimum. Mais voilà, ils ont grandi. Ils font des études, ils font leur vie. Et la ronde des convenances sociales continuent sans fin.

Ton mari est resté égal à lui-même, il t'aime avec constance et pragmatisme. D’ailleurs, il exerce ses droits conjugaux avec une régularité honorable. Tu le vois ? Le samedi soir, ça ne manque jamais, il ne t'épargne pas le poids de son corps sur le tien, ses caresses un peu lasses, son souffle sur ta peau qui reste froide. Une fois son affaire terminée, il s'endort, content de lui et de toi. Tu entends ses ronflements ? Allongée dans le noir, est-ce que tu penseras à moi ? À notre ardeur ? À nos plaisirs ? À mon amour ?

Trouve la force de renoncer à nous, la force de me rejeter une dernière fois. Je ne protesterai pas. Plus de lettre. Plus de visite. Plus rien. Mais regarde-toi dans vingt ans Laura. Là, dans le lit glacial des convenances, ton cœur vide, son odeur encore sur toi, c'est en pleurant que tu t'endors.

 

Alors viens avec moi Laura. Console dès à présent celle que tu risques de devenir. Séchons ensemble les larmes de cet avenir.

 

Ton Elizabeth.

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17 juin 2017

Consigne d'écriture n°7 - « Personnalité obsessionnelle-compulsive»


La consigne

 

Écrire un texte mettant en scène un personnage souffrant du trouble de personnalité obsessionnelle-compulsive (préoccupation pour l'ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel.)

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Mon texte

 

La lumière de l'aube peinait à traverser les lourds rideaux lorsque la sonnerie retentit dans la maison. L'homme grogna contre ce réveil intempestif puis, conscient qu'un appel aussi matinal n'augurait rien de bon, il se dressa dans son lit, combiné à l'oreille. Ses yeux embrumés de sommeil retrouvèrent tout à coup leur lucidité. La conversation fut brève, quelques échanges brutaux sans sensiblerie.

Albert Bardaux resta immobile plusieurs minutes, la main crispée sur le téléphone, dardant un regard vide sur la tapisserie taupe : Claudine était morte la veille. Peu après 15 heures. Elle n'avait pas souffert, de cela il n'en doutait pas. Mardi, jour de sa dernière visite, la pauvre était assommée de morphine. Heureusement que celle-ci avait agi jusqu'à la fin... On les avait prévenus que ce n'était pas toujours le cas avec cette sorte de cancer. Passant des doigts tremblants dans ses cheveux d'une épaisseur encore convenable, il se leva pour enfiler sa pantoufle droite. Puis la gauche. Jacques, le mari de sa sœur, l'avait prévenu qu'ils n'auraient que la journée pour lui rendre un dernier hommage. L'enterrement aurait lieu le lendemain.

Après une agonie de plusieurs semaines, le veuf voulait en finir.

En robe de chambre bordeaux, Albert mit le café en route et sortit sa tasse avant de l'essuyer avec un chiffon propre pour ôter la poussière de la nuit. Il jeta un coup d’œil sur la pendule murale : 7h27. Il ne se levait jamais avant sept trente tapantes aussi attendit-il trois minutes avant de se rendre aux toilettes. Debout devant la cuvette, il retint un grommellement d'agacement : depuis plusieurs mois, il avait de plus en plus de mal à uriner. Il lui faudrait consulter. Alors qu'il se focalisait sur la santé de sa prostate, la nouvelle le frappa de nouveau. Pendant quelques secondes il avait oublié la mort de sa petite sœur. Ils se voyaient peu avant sa maladie. Il faut dire que tout les opposaient : leurs caractères, leurs goûts, leurs modes de vie. Pourtant apprendre son état avait été un coup dur. Claudie n'avait pas cinquante ans.

Ne dérogeant pas à son emploi du temps, il but son café en écoutant les nouvelles puis lava, rinça et essuya soigneusement la tasse et la cuillère avant de les remettre à leur place. Toujours en robe de chambre, il fit couler l'eau froide puis ajouta progressivement l'eau chaude. Quand la température de la douche lui convint – 24 °C sur le thermomètre bleu en forme de poisson qu'il utilisait depuis une décennie – il se dénuda pour se placer sous l'eau. Il se savonna soigneusement, se rinça avec autant d'attention avant de recommencer. Les pieds sur le tapis un peu rêche, il se sécha vigoureusement avant d'enfiler la tenue préparée la veille. Lavage de dents, brossage de cheveux... Il enchaînait ses ablutions matinales en songeant à sa sœur.

Après plusieurs traitements, le constat avait été cruel : le cancer avait encore progressé. Il ne restait que les soins palliatifs. Albert se souvint du chagrin de Jacques. De son courage aussi. Il n'avait jamais beaucoup aimé son beau-frère, un dilettante professionnel qui n'avait jamais fait preuve de la stabilité d'un chef de famille. Claudine disait souvent que grandir entourée d'un père et d'un frère rigides l'avaient poussée à épouser un artiste. Albert réprima un sourire : sa sœur ne s'était jamais plaint de son choix même si lui-même de le comprenait pas. Huit heures : consultation de son agenda. Jeudi 7, finir la traduction pour Morton. Plusieurs heures de travail l'attendaient. Avec un soupir, il se promit de se presser : Claudine l'attendait et il en avait pour deux heures de route. Vite... Vite... Il s'installa à son modeste bureau d'angle et sorti le dossier. En dépit de ses connaissances, honorables, en informatique, il commençait par une première version à la main.

Il nettoya son bureau : on ne peut pas être efficace dans la saleté. Ensuite, il tailla méticuleusement ses crayons, Albert ne supportait pas les mines émoussées. Enfin, il disposa à droite de son brouillon ses ouvrages de référence franco-russe. Il pouvait se mettre au travail. Les heures passèrent rapidement et chaque étape de la traduction fut revue plusieurs fois. Jusqu'au brouillon final. Il ne s'interrompit que pour son déjeuner du jeudi : jambon de Bayonne et crudités suivis d'une salade de fruit. Après avoir tapé son travail, il en fit trois lectures, chacune séparée d'une pause de quinze minutes. Lorsqu'il éteignit l'ordinateur, il conclut sa journée de labeur avec le classement de ses papiers, le rangement des livres et crayons puis un nettoyage rapide du bureau. C'est seulement quand tout fut à sa place, qu'il se permit de jeter un œil curieux sur sa montre. Dix-sept heure cinq. S'il partait maintenant, il aurait peut-être le temps de dire adieu à Claudine.

 

 

Au volant de la petite citadine, Albert trépignait. À cette heure de pointe, la route n'en finissait pas... La nationale était bondée et il regretta presque d'avoir respecter ses principes en refusant de prendre l'autoroute. Il ne le faisait jamais pour aller à Rouen. Jamais. Quand il se gara la sueur perlait à son front et collait son dos au siège. Courant presque, il se rendit à l’accueil, où une dame, désolée, lui expliqua que les pompes funèbres avait pris le relais un quart d'heure plus tôt. Dépité, il téléphona à son beau-frère qui, en colère, lui rappela l'avoir prévenu. Albert bredouilla des excuses avant de raccrocher. Sans démarrer sa voiture, dans le parking de l'hôpital, il pensa à sa journée. À son emploi du temps. À ses crayon impeccablement taillés. À sa traduction si parfaite. Et il se mit à pleurer.


 

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15 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 2/3

 

Enfin le deuxième volet de la série « Écrire une histoire » ! Si vous n'avez pas eu l'opportunité de lire la première partie, vous pouvez la découvrir ici. Pour ceux qui ont suivi cette étape, vous disposez à présent d'un paragraphe -ou plusieurs- qui développe votre idée. Et aujourd'hui on passe à l'écriture...

Comme il y a presque autant de méthodes pour cela que de pratiquants, je vais vous présenter les profils les plus courants et les plus caricaturaux. Exposer ces recettes ce n'est pas en prôner une par rapport à l'autre. Encore moins donner des routes goudronnées desquelles on ne peut plus sortir une fois le voyage entrepris. C'est plutôt une manière de dire : si vous bloquez, prenez le temps d'explorer d'autres manières de travailler, inspirez-vous de ces méthodes...

Le goût de l'expérimentation est une des premières qualités créatives. En cela, je vous renvoie aux ateliers d'écriture : suivre une consigne, c'est s'amuser à quitter sa zone de confort, accepter d'essayer, de se tromper, de tâtonner. La base pour se former à toute compétence !

De manière personnelle, j'ai utilisé ce que je vous présente, non parce que je me cherche mais parce que mon choix dépend de la longueur de mon projet, du sujet, de mon humeur,... Impossible pour moi de m'enfermer dans un seul « protocole ». Comme le sculpteur utilisera ses outils selon le bloc de marbre qu'il travaille, je me sens libre de piocher dans TOUT ce qui pourra m'aider à écrire.

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).



Écrire au fil de l'eau



Pour les nouvelles, j'écris au fil du texte, en voyant où mon/mes personnages et la situation vont me mener. Parfois je connais déjà la fin/ la chute de mon histoire. D'autre fois, je me laisse juste guide par mon instinct. Avec, en tête, une certitude qui ne me quitte pas, peu importe mes tâtonnements et mes errances, je pourrais toujours revenir en arrière, pour changer, rectifier, corriger. En résumé :

 

Kundera

J'écris donc les premiers jets de mes nouvelles « porte complètement close ». C'est à dire que je ne cherche pas à me rapprocher de la perfection. Ce n'est qu'au moment de retravailler mon texte que j'essaie de parfaire au mieux mon histoire.

Ce n'est que si je bloque sur un passage que je me tourne vers une méthode plus scolaire...

 

Flocon de neige

 

Rendons à César blablablablabla... La méthode du Flocon de neige est celle élaborée par une figure connue de l'apprentissage de l'écriture de fiction : Randy Ingermanson. Elle a le mérite d'être très détaillée et élaborée et le défaut....d'être très détaillée et élaborée. Je ne dis pas qu'elle ne convient à personne mais j'ai la conviction que se contraindre à suivre un protocole conçu par autrui risque de vous couper les ailes ou du moins de faire ressembler votre feuille de route à des rails sans échappatoire. Je vous déconseille donc de commencer par là pour écrire une fiction longue. L'étudier pour s'en inspirer, oui. Utiliser quelques étapes, oui. Mais ne prenez pas le risque de « calibrer » votre créativité.

Le seul protocole d'écriture valable pour vous, c'est le votre ! Celui que vous construirez au fil de vos textes.

 

La méthode du Flocon de neige (en résumé et adapté au texte court)  :

  • à partir de votre paragraphe -celui élaboré dans le premier article (lien), continuez le résumé pour disposer de l'intégralité de votre histoire.

  • Développer chaque phrase en un paragraphe. Ainsi vous disposerez d'un résumé d'environ une page de votre histoire.

  • Si plusieurs personnages interviennent dans votre histoire, écrivez brièvement celle-ci de leur point de vu.

  • Faire une liste de toutes les scènes à écrire. (cette étape est beaucoup plus importante quand on aborde l'écriture d'un texte long)

  • C'est le moment d'écrire votre histoire. Pour cela vous disposez de beaucoup de matière première. En théorie, il n'y a plus qu'à vous asseoir devant votre écran et vous laisser guider par le travail effectué en amont.

Pour plus d'information sur la méthode, ici pour les anglophones, pour les autres.

 

L'écriture en patchwork

Cette dernière partie me semble plus adaptée au roman. Mais certains de mes clients - qui se reconnaîtront ;-) - détestent jusqu'au mot méthode, évoquons, en leur honneur, cette possibilité. Vous écrivez vos parties non pas selon la chronologie du récit ni dans l'ordre de lecture, plutôt selon l'humeur et l'inspiration qui vous motive durant votre séance ? Cela ne posera sans doute pas de problème pour une nouvelle ou un très court roman. Je vous conseille toutefois de vous habituer à « baliser » votre matière pour TOUS vos projets afin d'acquérir des réflexes afin que, si vous vous lancez dans, par exemple, un gros récit de 100 000 mots, vous ne retrouviez pas à abandonner en cour de route, asphyxier par l'ampleur des fichiers, feuilles, carnets, bref sous la demie-tonne de matière brute.

Comment on fait ? Et bien au fur et à mesure, tenez une liste des scènes prévues/écrites/à corriger... Cela vous prendra 5 min après chaque séance, ce qui est peu finalement pour -peut-être- sauver des dizaines ou même des centaines d'heures de travail !

 

Un dernier conseil : écrivez, écrivez, écrivez ! Allez au bout de votre texte sans -trop- vous poser de question. Il sera toujours temps, ensuite, de l'améliorer.

 

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Et vous, à première vue, quelle méthode vous ressemble ?

 

03 juin 2017

Consigne d'écriture n°6 - « Logo-rallye »

La consigne

Un logo-rallye est un exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Écrire un texte comportant les sept mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. 

Machine

Mon texte

La petite nouvelle que j'ai écrite dépassant largement les mille mots, j'ai choisi de vous la proposer en téléchargement et au format PDF. Si vous avez des soucis techniques -ou des remarques- n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires ou par mail.

Convictions_et_territoires

 

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01 juin 2017

Le tuto du stylo - Écrire une histoire 1/3



Écrire une histoire est une activité à la portée de tous, dès lors que l'on se permet l'imperfection. Je ne suis pas du genre à vendre du rêve, aussi ne vais-je pas raconter qu'en suivant les trois articles de ce tuto vous disposerez d'une recette magique pour produire un recueil de nouvelles propres à l'édition. Ce que je vous propose est à la fois beaucoup moins « vendeur » et néanmoins ambitieux : essayer de montrer que prendre plaisir à inventer une histoire ne concerne pas seulement les romanciers, scénaristes et autres écrivants.

Faire surgir tout un univers avec les mots pour seuls outils est à la portée de tous. Une activité pour laquelle il n'y a pas besoin de posséder des économies, d'être en bonne santé, ou de disposer d'un ordinateur. Ce que je voudrais vous faire entrevoir, c'est le réconfort que peut apporter ce petit -ou grand- espace en nous, où l'on peut s'inventer une histoire. Même lorsque le corps ou la vie vous trahit, il reste cette liberté première : fermer les yeux et, s'évader quelques minutes ou quelques heures.

Bien entendu, dans l'article qui nous intéresse aujourd'hui, il sera question d'écriture, pour garder une trace de nos trouvailles.

Trois articles donc pour les trois grandes étapes de la naissance d'un récit : trouver le sujet -qui, quoi, où, comment-, écrire l'histoire et reprendre son texte pour en tirer le meilleur possible....

Nota bene : ce tutoriel ne saurait se substituer à une séance en écriture créative. Néanmoins, j'essaie de survoler efficacement les notions fondamentales pour les écrivants. N'hésitez pas à me contacter pour vos questions et remarques éventuelles (ecrhistoires@gmail.com).

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L’œuf ou la poule ? Ne pas s'enfermer dans une méthodologie

 

Comment naît une histoire ? Cette question, fort simple au demeurant, ne peut qu'appeler une réponse complexe. Si tout peut donner naissance à une histoire, on peut toutefois dire qu'un élément du récit vient en premier. Le personnage, l'intrigue, le contexte... Lorsque l'on prend la peine de nourrir son inspiration, on multiplie la probabilité de trouver le sujet d'un prochain texte.

Pour cette raison, il est, selon moi, préférable de ne pas s'enfermer dans une méthodologie, au risque de passer à côté de certaines possibilités. Par contre, il me semble bien de garder à l'esprit la liste des éléments qui composent une histoire.

 

Les étapes à « cocher »

Cette série d'ingrédients évoquée précédemment peut vous guider dans l'élaboration de votre « sujet ». Il n'y a pas d'ordre préférable, il suffit seulement d'essayer de compléter la liste. Dans l'ordre que l'on veut.

Dans un contexte donné, un personnage -ou plus-, voit un élément chambouler son quotidien. Élément qui va entraîner des conséquences plus ou moins problématiques.

Je vais vous donner deux exemples, le premier partira du personnage, le second de l'élément perturbateur.

  • Premier exemple : le personnage comme point de départ

Le personnage : une étudiante en mal d'amour.

J'affine un peu : Une étudiante en mal d'amour qui a une petite passion pour les cochons -du genre à collectionner les figurines à leur effigie-.

Un élément entre en jeu : elle rencontre/tombe amoureuse d'un activiste de la cause animal.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : Ce dernier débarque et lui laisse un - gigantesque ? - porc sauvé de l'abattoir.

Nous avons le point de départ de notre récit. À partir de là, on peut imaginer une infinité de possibilités. La jeune femme doit cacher son improbable colocataire à la concierge. Ou encore elle décide de s'en débarrasser bien qu'elle réside en centre-ville. Ou, plus gore, elle veut tuer et découper l'animal mais n'a aucune idée de comme s'y prendre.

  • Second exemple : on part de l'élément perturbateur

Dans ce cas, on peut partir d'une question de type « Et si... ? »

« Et si, au moment de découper un corps, la tronçonneuse tombait en panne ? »

Ensuite il suffit de combler le reste.

Le personnage : un tueur en série

J'affine un peu le contexte / le caractère de mon protagoniste : un tueur en série aguerri et sociopathe qui ne connaît aucun des voisins de son quartier.

Un élément entre en jeu : au moment de découper sa dernière victime, sa tronçonneuse tombe en panne.

Élément qui va perturber le quotidien du personnage : le tueur se retrouve à faire du porte à porte pour emprunter une tronçonneuse.

 

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Qu'importe de quel élément vous partez, vous disposerez d'un court paragraphe qui présente votre idée. Ne reste plus qu'à développer cette dernière.

Voici les paragraphes issus des exemples donnés :

Eva, étudiante, collectionne les cochons en porcelaine et soupire après le grand amour. Elle a le coup de foudre pour Nathan, un activiste de la cause animal. Enamourée, elle fait tout ce qu'il veut dans l'espoir de lui plaire. Aussi quand, un soir, il débarque avec Sunday, un énorme porc sauvé de l'abattoir, elle n'ose pas refuser de garder l'énorme animal dans son minuscule deux-pièces. Problème, comment cacher l'improbable colocataire de sa propriétaire qui vit à côté ?

Un tueur en série, Gilbert, réside dans un quartier calme d'une petite ville de province. Le meurtrier aguerri s'apprête à découper sa dernière victime quand sa tronçonneuse bien-aimée tombe en panne. C'est dimanche et la veille d'un jour férié pendant lequel il est censé recevoir ses parents et ses deux sœurs pour le déjeuner. La solution : emprunter une scie ou tronçonneuse à un voisin. Sauf qu'en bon sociopathe, cela fait dix ans qu'il snobe tous les habitants de son quartier. S'ensuit un porte-à-porte tragi-comique.

Je peux m'amuser à ce petit jeu pendant des heures... Parfois je note le sujet trouvé, parfois non. En tout cas, plus on pratique et plus les idées viennent facilement. Lorsque je décide de garder un embryon d'histoire, je note le paragraphe à la suite d'autres idées. Et quand j'ai envie de consacrer mon temps à l'écriture d'une nouvelle, il ne me reste plus qu'à piocher.

 

Alors... Prêt(e) à jouer le jeu ?

10 mai 2017

Consigne d'écriture n°4 - « Lettre d'un objet »

[Maj' du 10 mai] Suite à des soucis techniques je n'avais pas reçu la contribution d'Eerylin, je rajoute donc sa contribution : merci à elle. Si tu es dans le même cas, n'hésite pas à m'envoyer ton texte ( ecrhistoires@gmail.com ) que je rajouterais dans les plus brefs délais...

La consigne

 

Donner une voix à un objet... Celui-ci écrira une lettre à son propriétaire.

 

Ma contribution

 

Cher petit humain,

 

 

 

Dans la pénombre, à la lueur de la lune à demi pleine, je me résous enfin à prendre le stylo pour t'écrire. Cinq années. Il m'aura fallu cinq années, soixante mois, une multitude de jours -et de nuits- avant d'en arriver à cette extrémité.

 

Plus jeune, en compagnie de mes semblables, dans le rayon propre du magasin, j'imaginais mon avenir. Lorsque, enfin, un client sensible à mon charme moelleux m'aurait arraché au temple mercantile de mon innocence. Pour t'avouer la vérité, je m'impatientais. Déclarant à mes camarades pastels : « Vivement qu'on m'achète, je n'en peux plus ! ». Des rêves peuplés de nourrissons à l'odeur de coton frais berçaient mon sommeil. Je me voyais déjà : cible d'un amour inconditionnel, objet transitionnel ultime, trésor d'enfance et de tendresse.

 

Après une interminable attente, un homme -cheveux clairsemé, barbe fournie et sourire ému- m'a libéré. J'ai rejoint un berceau. Ton berceau. La première année, ce fut sublime. Chacune de tes siestes me surprenait à me blottir contre ta peau satinée, fasciné par les changements rapides qui s'opérait sur tes traits. De fripés, ils se remplirent d'amour pour devenir des courbes d'une rondeur franche. Je ne nierai pas les obstacles que nous avons franchi ensemble : l'odeur de lait caillé, la bave gluante de tes poussées dentaires, l'arc-en-ciel de purées pestilentielles. Mais un seul de tes rires, un seul de tes câlins, un seul de tes regards clairs et j'oubliais ces quelques désagréments.

 

Même lorsque tu as grandi, mon courage n'a eu d'égal que notre adoration mutuelle. Parfois tu me maltraitais un peu, toutefois, tu finissais toujours par me serrer dans tes bras de plus en plus forts. Je t'aimais tant que la deuxième année m'a semblé aussi paradisiaque que la première. Tes petites brutalités passaient encore pour des maladresses. Et puis tes parents semblaient plein de confiance : « Il est en pleine crise des deux ans ! Ça lui passera ! ». Aveuglément, je les ai cru.

 

Au fil des mois, hélas, les maltraitances ont véritablement commencé. Une frustration ? Tu me jetais contre un mur ! Un jouet qu'on te refusait ? Tes petits poings serrés martelaient mon tissu. Bien sûr, après chacun de tes éclats, tu t'empressais de me couvrir de prévenance et me suppliais de te pardonner. Parfois tu parvenais à me faire croire que c'était ma faute. Si tu t'emportais, c'est parce que je n'étais pas à la hauteur ! Les bourreaux sont tous les mêmes : à nous traiter comme des Dieux pour nous rendre dépendants avant de nous dévaloriser insidieusement, jusqu'à ce qu'on disparaisse au fil des coups.

 

Cette situation, où de doudou je suis devenu chiffon, aurait pu durer jusqu'à ta majorité. Mais est venu le Grand Chamboulement : instants d'angoisse où tu m'emmenais dans un grand bâtiment froid pour me jeter au fond d'une boîte. Comme un rebut. J'ai vécu dans la peur, mon cœur martelant ma terreur au rythme de chants guerrier interprétés par d’innombrables petits humains :

 

La bergère en colère,

 

Et ron, et ron, petit patapon,

 

La bergère en colère,

 

Tua son p'tit chaton, ron ron,

 

Tua son p'tit chaton.

 

Bien heureusement, je bénéficiais du soutien des autres laissés-pour-compte. Là, à force de confidences, nous avons découvert que nos sorts étaient semblables. Tous esclaves de la Tyrannie ! Malgré cela, j'ai continué à t'aimer. Implorant le ciel que tu redeviennes l'ange que tu fus autrefois.

 

Pourtant ce matin, la coupe a débordé ! Quand ta mère t'a questionné : « Tu ne prends pas Doudou ? », tu n'as même pas eu la bienséance de chuchoter ta réponse, « J'suis un grand maintenant » ! Tu es parti en riant, me laissant abandonné sous ton lit.

 

Je ne nie pas mes sentiments, cinq ans d'amour ne disparaissent pas du jour au lendemain... Je n'en peux plus alors je pars. Plutôt l'errance et la rue, plutôt le vide-grenier ou la déchetterie, que cette lente descente aux enfers à te regarder me dés-aimer un peu plus tous les jours.

 

Adieu

 

Ton Doudou qui t'aura tant aimé...

 

Contribution d'Eerylin

 

Chère toi,

 

 

 

Si je t’écris aujourd’hui c’est que la situation a assez duré.Je t’ai entendue tu sais, me traiter d’antiquité du moyen-âge. J’ai peut-être un peu d’ancienneté mais je ne suis pas sourde, ni d’ailleurs la seule à avoir des années au compteur. Où sont tes bonnes résolutions de fin d’année, celles qui faisaient frissonner mon levier de vitesses ?  Tu m’avais promis des escapades comme au bon vieux temps, juste toi et moi. Mais tu es comme mon pneu arrière, tu te dégonfles sans arrêt. Tu ripailles, tu fais bombance et finalement tu t’affales sur ton canapé en m’oubliant. Arrête donc de patiner dans la semoule, de t’occuper de tout et surtout de rien, lâche ton écran d’ordinateur. Tu sais, prendre l’air c’est revenir à l’essentiel alors ne te braque pas et partons au hasard, retrouvons le goût du pédalage, des moucherons et de l’effort. Profitons à nouveau de l’instant et comme dit le grand philosophe Forest Gump qui en connaît un rayon, la vie et le pédalage quotidien, c’est comme une boîte de chocolat, tu ne sais jamais vers quel chemin cela te mènera. Ce que je peux te garantir en revanche, c’est que ce sera une aventure à te couper le souffle. Que penses-tu d’aller chercher du pain pour commencer ??

 

 

 

Signé,

 

ta pauvre bicyclette...

 

 

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06 mai 2017

Consigne d'écriture n°5 - « Sujet d'écriture »

 

La consigne

 

La consigne est simple : concocter soi-même un à trois sujets d'atelier d'écriture !

 

placeit(1)

 

Les Textes

 

Ma production
  • Un logo-rallye, exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Vous devrez donc écrire un texte -de genre et de longueur libre- comportant les dix mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. Comme je ne suis pas -trop- sadique, je simplifierai les choses en n'exigeant pas que l'ordre de la liste soit respecté.

  • Première phrase imposée. Vous commencerez votre texte par « Elle entre dans l’ascenseur et les portes se referment... »

  • Un sujet : « Une lettre d'amour »

 

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