14 octobre 2017

Consigne d'écriture n°11 - « Une de journaux »

La consigne

 

Il s'agit de choisir parmi les trois une de journaux proposées et de prendre le gros titre comme point de départ. On utilise ce dernier comme source d'inspiration pour produire ce qu'on veut : poème, petite histoire, anecdote,... La seule contrainte ? Le titre du texte sera celui de la une choisie.

 

20min

 

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Mon texte

L'accueil est à revoir

 

L'asphalte trempée ne reflétait pas même la lueur de la pleine lune, complètement dissimulée par des nuages plus épais que l'air moite. Seule la lumière blanchâtre des éclaires illuminait de temps à autre les platanes qui bordaient la nationale. Au volant, la femme pinça les lèvres :

      — Arrête cette putain de radio !

Elizabeth s'exécuta sans demander son reste... Après tout, cette virée était son idée. Même qu'il lui avait fallu insister lourdement pour convaincre Angeline. La petite rousse avait bien conscience que sa compagne n'avait accepté que pour avoir la paix...

Après huit ans, leur couple était en train de sombrer. Inexorablement. Cette mise au vert de quarante-huit heures serait peut-être leur dernière chance. Angeline n'en pouvait plus. Non, elle n'en pouvait plus de ces innombrables silences, de ces nuits à dormir en droites parallèles, incapables de se rejoindre pour un peu de tendresse. Si au moins elles se disputaient... Sans doute eut-il mieux valu des cris et des portes qui claquent plutôt que ces jours ternes qui s'accumulaient comme des bons de réduction sur un frigo familial.

L'orage semblait s'être encore rapproché et le tonnerre, assourdissant, fit sursauter la conductrice :

— On devrait s'arrêter...

Devant le silence d'Elizabeth, elle s'agaça :

      — Quelle idée à la con aussi...

      — Tu veux quoi ? Pardon de vouloir casser la routine ! De vouloir un week-end romantique...

Comment Angeline aurait-elle pu lui en vouloir ? Alors qu'elle tentait de se concentrer sur la route, sa gorge se noua... Elle ne comprenait pas pourquoi ça leur arrivait. Épuisée par le boulot, elle avait négligé Elizabeth. Cela durait depuis si longtemps qu'il lui semblait désormais impossible de changer les choses. Est-ce que l'amour ne suffisait pas ? Quelle souffrance que de contempler l'agonie lente et silencieuse de leur couple !

Angeline eut à peine le temps de déchiffrer le panneau :

      — Un hôtel !

Le petit chemin de terre qu'elles prirent se transforma bientôt en sentier boueux au bout duquel se tenait l'établissement annoncé. Il se dressait au milieu de champs abandonnés, avec des lignes sévères et une façade décrépie. Quelques genévriers bordaient bien le chemin mais, sur le terrain lui-même, seulement des mauvaises herbes... Alors que le ciel d'encre ne montrait aucune étoile, un éclair illumina une terrasse au carrelage ébréché au centre de laquelle trônaient, sous des bâches jaunâtres, plusieurs tables à la ferraille rouillée. Leurs chaussures s'enfoncèrent dans la boue en un grand sploutch visqueux. À gauche de la porte en verre fumée, Elizabeth déchiffra le nom de l'établissement : « Au genévrier fleuri ». Malgré son dépit, Angeline ne voulu pas envenimer la situation :

      — Au moins c'est une vraie aventure...

Bagages à la main, elles franchirent le seuil pour se retrouver dans une entrée sombre. Derrière la banque d’accueil en formica, couleur banane digérée, se tenait une grosse femme aux cheveux vaguement auburn et à l'air revêche. Une cigarette sans filtre pendait mollement entre les lèvres fuchsia. Ses joues flasques et rougeaudes tremblotèrent dans une tentative de sourire qui ne parvint qu'à faire ressortir sa couperose. Au dessus des pommettes noyées dans la graisse, deux yeux minuscules étaient surplombés par de fins sourcils redessinés au crayon bordeaux.

Surmontant l'aspect peu aimable de l'hôtelière, Elizabeth s'avança :

       — Bonsoir... Auriez-vous une chambre disponible ?

       — Combien d'nuits ?

       — Deux, s'il vous plaît.

Le regard porcin se plissa :

       — On paye d'avance et en liquide.

       — Pas de problème...

Contre les billets, fourrés aussitôt dans sa blouse fleurie, elle leur tendit une clef à laquelle pendouillait une pierre grossièrement marquée d'un numéro :

      — Si y a besoin... J'bouge pas.

Le couple gravit l'étroit escalier pour entrer en silence dans la chambre. De gros tournesols s'étalaient sur le papier peint jauni et la lumière du plafonnier en rotin y jetait une lueur fade. Le lit, à la couverture orangée, occupait les deux tiers de la pièce. À sa gauche, une table de chevet marron accueillait un vieux téléphone beige à cadran sur un napperon ajouré. Dans un coin, une petite table bancale tenait lieu de bureau et offrait une pile de magasines féminins aussi vieux que la décoration. Balançant leurs sacs par terre, les jeunes femmes ouvrirent sur une salle de bain minuscule, son carrelage moucheté de bleu marine était fendillé et des stickers de coquillages dissimulaient mal quelques fissures.

Elizabeth se saisit d'une serviette de bain et déplia le tissu rêche pour révéler une tache jaunâtre :

      — Dégueulasse...

La jolie rousse déglutit... Angeline avait raison : toute cette histoire de week-end était un fiasco. Alors qu'elles auraient pu dîner dehors, parler devant une assiette bien garnie, voilà qu'elles se retrouvait dans le pire hôtel du pays. Les bottes couvertes de boue, la faim au ventre et la pluie qui battait contre les vitres criblée de crottes de mouche... Elle se tourna vers sa compagne, certaine de découvrir un regard plein de reproches :

      — Je suis dés-

Le teint mat d'Angeline avait viré au rouge brique et elle avait les yeux fermés. Elizabeth inspira profondément comme pour trouver le courage d’affronter :

      — Ecoute je-

Le rire éclata sans prévenir. Un rire joyeux et gourmand qu'elle n'avait plus entendu depuis des mois. Angeline, pliée en deux, tenta de reprendre sa respiration mais dès que son regard croisait celui de sa compagne, la crise reprenait. Tant et si bien que des larmes coulèrent bientôt sur ses joues rondes. Elizabeth pouffa avant de s'esclaffer franchement et, à son tour, se retrouva incapable de se reprendre.

Lorsqu'elles se calmèrent, elles s'assirent sur le dessus de lit orange. Fatiguée, Elizabeth osa poser sa tête sur l'épaule de la petite rousse qui leva la main pour lui caresser les cheveux. Sans doute l'établissement était un hôtel miteux et que l'accueil était à revoir ainsi que la propreté du lieu mais qu'importe... Tout était parfait.

 

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16 septembre 2017

Consigne d'écriture n°10 - «Terre»

 

La consigne

Un thème lié aux quatre éléments que nous ferons tous au fil du temps : Terre

 

Mon texte

 

Racines en terre

Compter mes racines

Me donne des forces

Ma terre sanguine

Nourrit mon écorce

 

Mon CV est à terme

Je dois être mobile

Mais ma terre reste ferme

Mes élans malhabiles

Région en bandoulière

Et le cœur indocile

Sur mon âme, des lierres

Ma terre au bord des cils

 

Compter mes racines

Me donne des forces

Ma terre sanguine

Nourrit mon écorce

 

Les pieds rivés au sol

Laissez-moi ma région

Elle reste ma boussole

Mes entrailles de Lyon

Car à fond et à flore

Partir c'est m'enterrer

Pas de ruée vers l'or

Impossible d'errer

Car à terre et à flore

Mon amour enferré

Je compterai encore

Mes racines au carré

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06 mai 2017

Consigne d'écriture n°5 - « Sujet d'écriture »

 

La consigne

 

La consigne est simple : concocter soi-même un à trois sujets d'atelier d'écriture !

 

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Les Textes

 

Ma production
  • Un logo-rallye, exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Vous devrez donc écrire un texte -de genre et de longueur libre- comportant les dix mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. Comme je ne suis pas -trop- sadique, je simplifierai les choses en n'exigeant pas que l'ordre de la liste soit respecté.

  • Première phrase imposée. Vous commencerez votre texte par « Elle entre dans l’ascenseur et les portes se referment... »

  • Un sujet : « Une lettre d'amour »

 

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09 février 2017

Exprimer sa gratitude

 

À cinq petites journées de la Saint-Valentin, j'ai d'abord pensé aborder la question du couple mais, en ayant débuté février avec un sujet coquin, j'ai rapidement repoussé l'idée. La catégorie qui nous occupe étant Se réécrire, j'avais envie d'adapter le sujet avec une chronique tournée vers les autres. Ce n'est que devant mon écran, la page blanche me narguant avec morgue, que j'ai su que je voulais parler gratitude.

I. Mais c'est quoi la gratitude ?

 

Le Larousse -grand ordonnateur du vocabulaire- nous donne la définition suivante : Reconnaissance pour un service, pour un bienfait reçu ; sentiment affectueux envers un bienfaiteur : Manifester sa gratitude à quelqu'un. On peut se demander s'il y a une différence entre remercier et exprimer sa gratitude.

Les remerciements font partie de nos réflexes de politesse et on a tendance à l'utiliser à toutes les sauces sauf à celle de la bienveillance. Personnellement, j''emploie le terme gratitude pour différencier le jeu social d'une démarche choisie, celle d'exprimer sa reconnaissance sans attente de réponse ou de retour. Par conséquent bien loin de la grande messe commerciale de la Saint-Valentin et autres fêtes de supermarché.

 

II. La mode de la gratitude

 

La gratitude est à la mode, en témoigne le nombre croissant d'articles sur le Journal de gratitudes. Celui-ci fonctionne sur un principe simple : noter régulièrement les choses pour lesquelles nous sommes reconnaissants. Si cette habitude, que je pratique, a pour objectif de renforcer notre stabilité émotionnelle, notre bien-être et de lutter contre le pessimisme, c'est un acte orienté vers soi. Or, en ce mois estampillé comme celui de l'amour, je préfère vous faire une proposition tournée vers l'autre.

 

Girl Writing a Love Letter 1755

 Young Girl Writing a Love Letter, Pietro Antonio Rotari

 

III. Le défi du mois : la lettre de gratitude

 

Le mois dernier j'abordais ici la question des bonnes résolutions et parlais du journal d'Estime de soi, pratique que j'ai mise en place en 2016. Lorsque 2017 a pointé le bout de son nez, j'ai choisi un autre défi.

Une fois par mois, sans me préoccuper de ma pudeur ou de ma timidité, j'essaie simplement d’exprimer ma gratitude. Faire la démarche d'envoyer une lettre change tout : on est dans un acte réfléchi, qui demande du temps. J'envoie un courrier à quelqu'un qui compte ou a compté, une personne dont l'amitié, la chaleur, la bienveillance a éclairé ou éclaire ma vie. Je n'en écris pas trois tonnes, je me contente d'expliquer ma démarche et pourquoi je suis reconnaissante.

Je n'ai aucun recul sur ce challenge. Comment je vais le vivre ? Est-ce que les destinataires vont m'en parler ? Peu importe les conséquences de cette démarche, je vous tiendrai au courant, soit au fil des mois, soit avec un bilan à la fin de l'année.

 

Moine

 

Et vous...

Pour qui, ici et maintenant, éprouvez-vous de la gratitude ?

Avez-vous exprimé cette gratitude ?