21 septembre 2017

Verbes de parole : utilité et limites


      La semaine dernière nous avons abordé la question du lien entre réalisme et dialogues. Vous le savez, la catégorie boîte à outils me permet d'aborder exclusivement la partie artisanale de l'écriture, la partie technique. Concernant les dialogues, nous avions déjà vu sa typographie, aussi j'ai pensé qu'il était temps d'évoquer les verbes de parole.

Qu'importe le nom qu'on leur octroie : verbes de parole, de dialogue ou introducteurs, ce sont des termes que tout écrivant utilisera un jour. Faire le point sur la manière la plus efficace de les utiliser me paraissait indispensable.



I. Verbes de dialogue : définition et liste



Un verbe de dialogue/parole ou introducteur est un verbe qui introduit la parole.

Pour trouver une liste de ces fameux verbes, il suffit de faire une recherche sur le Net et les résultats nous confirment la richesse de la langue française :

Aboyer ; accepter ; acclamer ; accorder ; accuser ; achever ; acquiescer ; adhérer ; adjurer ; admettre ; admonester ; s’adresser ; affirmer ; affranchir ; ajouter ; alléguer ; anathématiser ; ânonner ; annoter ; annoncer ; apostropher ; appeler ; applaudir ; apprendre ; approuver ; arguer ; argumenter ; arrêter ; articuler ; assener ; assurer ; attester ; avancer ; avertir ; aviser ; avouer ; babiller ; badiner ; bafouer ; bafouiller ; balbutier ; baragouiner ; bavarder ; bégayer ; bénir ; beugler ; blaguer ; blâmer ; bougonner ; bourdonner ; brailler ; bramer ; bredouiller ; brusquer ; cacher ; cafouiller ; capituler ; céder ; certifier ; chanter ; chantonner ; chuchoter ; choisir ; clamer ; combattre ; commander ; commenter ; compatir ; compléter ; composer ; concéder ; conclure ; confesser ; confier ; confirmer ; congratuler ; considérer ; conspuer ; conter ; contester ; contredire ; converser ; couiner ; couper ; cracher ; crachoter ; crépiter ; crier ; critiquer ; croire ; débiter ; décider ; déclamer ; déclarer ; décrire dédouaner ; déduire ; se défendre ; dégoiser ; demander ; démentir ; démontrer ; dénoncer ; déplorer ; détailler ; deviner ; deviser ; dévoiler ; dialoguer ; dire ; discourir ; discréditer ; discuter ; disserter ; dissimuler ; distinguer ; divulguer ; douter ; ébruiter ; éclater de rire ; égosiller ; égrener ; éluder ; s’émerveiller ; émettre ; emporter ; encenser ; enchérir ; encourager ; enguirlander ; énoncer ; enquérir ; entamer ; enflammer ; entonner ; entrer en matière ; énumérer ; épeler ; ergoter ; s’esclaffer ; estimer ; essayer ; établir ; éternuer ; s’étouffer ; étonner ; s’étrangler ; exagérer ; examiner ; exhorter ; exiger ; expliquer ; exploser ; exprimer ; s’excuser ; exposer ; exulter ; faire miroiter ; faire remarquer ; faire fanfaronner ; féliciter ; flatter ; finir ; formuler ; fustiger ; garantir ; se gargariser ; geindre ; gémir ; glisser ; glorifier ; gloser ; glousser ; gouailler ; grincer ; grognasser ; grogner ; grommeler ; gronder ; haleter ; haranguer ; hasarder ; héler ; hésiter ; honnir ; huer ; humilier ; hurler ; imaginer ; s’impatienter ; implorer ; s’incliner ; indiquer ; infirmer ; informer ; injurier ; innocenter ; insinuer ; insister ; insulter ; s’instruire ; s’insurger ; intercéder ; interdire ; s’intéresser ; s’interloquer ; interroger ; interrompre ; intervenir ; intimer ; inventer ; inventorier ; invoquer ; ironiser ; jauger ; jubiler ; juger ; jurer ; justifier ; lâcher ; lancer ; lire ; lister ; louer ; marmonner ; maugréer ; médire ; menacer ; mentir ; mépriser ; mettre en garde ; minauder ; minimiser ; monologuer ; murmurer ; se moquer ; narguer ; narrer ; nasiller ; négocier ; nier ; objecter ; objurguer ; obliger ; obtempérer ; observer ; s’offusquer ; opiner ; ordonner ; outrager ; palabrer ; papoter ; parlementer ; parler ; penser ; permettre ; pérorer ; persifler ; pester ; philosopher ; piaffer ; plaider ; plaisanter ; se plaindre ; plastronner ; pleurer ; pleurnicher ; polémiquer ; pontifier ; postillonner ; pouffer ; poursuivre ; préciser ; préférer ; présenter ; prétendre ; prier ; proférer ; prohiber ; promettre ; prôner ; prophétiser ; proposer ; protester ; prouver ; psalmodier ; quémander ; questionner ; quêter ; rabâcher ; raconter ; radoter ; railler ; rajouter ; râler ; rapporter ; rappeler ; rassurer ; raviser ; réaliser ; récapituler ; réciter ; réclamer ; reconnaître ; rectifier ; récuser ; redire ; refuser ; réfuter ; regretter ; se réjouir ; relater ; remarquer ; remettre en question ; renâcler ; renauder ; renchérir ; renseigner ; repartir ; répéter ; répliquer ; répondre ; reprendre ; réprimander ; réprouver ; requérir ; résister ; ressasser ; résumer ; rétorquer ; révéler ; revendiquer ; réviser ; ricaner ; riposter ; rire ; risquer ; ronchonner ; ronronner ; rouscailler ; rouspéter ; rugir ; saluer ; s’exclamer ; scruter ; seriner ; sermonner ; siffler ; signaler ; signifier ; sélectionner ; soliloquer ; solliciter ; sommer ; stigmatiser ; souffler ; souligner ; soupçonner ; sourire ; souscrire ; soutenir ; se souvenir ; suggérer ; supplier ; supputer ; susurrer ; taquiner ; tempérer ; tempêter ; tenter ; terminer ; tonitruer ; tonner ; traduire ; vanter ; vérifier ; vilipender ; vitupérer ; vociférer ; vomir ; zézayer, zozoter

Les répétions paraissent impossibles avec tant de propositions... Sauf qu'il est facile d'abuser des verbes de paroles et votre prose risque de s'en trouver plombée...

 

II. Les verbes de dialogues : des mots de plomb

King

Dans son ouvrage Écriture mémoire d'un métier, Stephen King nous adjure de ne pas abuser de l'utilisation de ces verbes de parole. Si je ne suis pas toujours d'accord avec les préceptes de de cet auteur, le piège qu'il évoque me paraît des plus réels !

Même la meilleure prose pâtirait d'un abus des verbes de dialogues... Une preuve de ce que j'avance ? Très bien... Prenons un classique du répertoire du dix-huitième siècle : Le jeu de l'amour et du hasard. Dans cette comédie de Marivaux, j'ai choisi la sixième scène de l'Acte II. Lisette et Arlequin, déguisé respectivement en leur maîtresse et maître, sont tombés amoureux. Prenons le début de leur tête à tête...

ARLEQUIN

Enfin, ma reine, je ne vous quitte plus car j'ai trop pâti d'avoir manqué de votre présence, et j'ai cru que vous esquiviez la mienne.

LISETTE

Il faut vous avouer, Monsieur, qu'il en était quelque chose.

ARLEQUIN

Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ?

LISETTE

Non, mon cher, la durée m'en est trop précieuse.

ARLEQUIN

Ah, que ces paroles me fortifient !

LISETTE

Et vous ne devez point douter de ma tendresse.

ARLEQUIN

Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne.

MarivauxGameLoveChance

Bien entendu, on ne peut nier une seconde que c'est fort bien écrit. Mais que se passerait-il si on collait un verbe de parole poussif à chaque réplique ?

Arlequin se plaignit :

— Enfin, ma reine, je ne vous quitte plus car j'ai trop pâti d'avoir manqué de votre présence, et j'ai cru que vous esquiviez la mienne.

— Il faut vous avouer, Monsieur, qu'il en était quelque chose, confessa Lisette.

— Comment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ? s'indigna-t-il.

— Non, mon cher, la durée m'en est trop précieuse, protesta-t-elle.

— Ah, que ces paroles me fortifient ! se réjouit le jeune homme.

— Et vous ne devez point douter de ma tendresse, confirma Lisette.

— Je voudrais bien pouvoir baiser ces petits mots-là, et les cueillir sur votre bouche avec la mienne, s'enflamma-t-il.

Vous remarquerez que le dialogue, si plaisant au départ, perd toute sa légèreté. Si vous en doutez, il suffit de prendre le temps de lire cet échange à haute voix... Convaincu ? Bien entendu, on peut tout à fait piocher dans la liste donnée précédemment mais gardez à l'esprit d'utiliser les verbes de parole avec parcimonie.

 

III. Comment éviter l'abus des verbes de dialogues ?

 

Malgré toutes mes mises en garde, il faudra bien faire intervenir le récit dans les échanges un peu long. Cela permet de garder un certain dynamisme dans la scène en question.

Déjà nul besoin de rappeler à chaque réplique qui est l'interlocuteur, faites-le seulement de temps à autre et préférez les verbes simples. Enfin on peut très bien utiliser le mouvements de nos personnages pour introduire un dialogue. Par exemple :

« Surprise, Annie se pencha vers la jeune femme :

Il s'est passé quelque chose ? »

Pour conclure, je dirais aussi que si vos personnages sont bien construits, ils auront leur propre « voix ». Ces dernières seront alors suffisamment reconnaissables pour pouvoir se passer facilement de certains verbes de dialogue.

 

Et vous, quelle place tiennent les verbes de dialogue dans vos écrits ?

 


27 juillet 2017

Habiller ses dialogues

 

Dans la littérature contemporaine, encore plus de divertissement, les dialogues tiennent une place primordiale. Pour le confirmer, il suffit d'entrer dans une librairie et de feuilleter quelques romans.

Donner une « voix » aux personnage s'apparente à un art à part entière et j'aurai l'occasion d'aborder le sujet dans les mois à venir. Mais avant même de se poser des questions aussi délicates que « Un dialogue doit-il être réaliste ? » ou « Quelles fonctions doivent occuper le dialoque dans un roman ? », il me semblait primordiale de parler typographie.

En effet, un dialogue ne se présente pas n'importe comment. L'habiller de la bonne ponctuation, c'est déjà faire preuve d'une rigueur appréciable pour le lecteur.

Citation

 

I. Les guillemets, une question de pays ?



La typographie est une question complexe et je suis loin d'être une spécialiste. Je peux seulement partager ce que j'ai appris au fil du temps.

Commençons par les guillemets... On pourrait croire que la question est d'une simplicité d'école primaire : ouvrez-les en début de dialogue et n'oubliez pas les refermer ! Si seulement cela se résumait à une histoire d'ouverture et de fermeture...

En effet il en existe de deux sortes, les anglais :

 

GuillAng

 

Et les français, qui ont reçu l'aval de l'Académie française :

 

GuillFr

Si vous choisissez d'ouvrir vos dialogues -et de les fermer- avec des guillemets, il va sans dire que vous utiliserez les seconds. A moins que vous n'écriviez dans la langue de Shakespeare -et dans ce cas, permettez-moi, si ce n'est pas votre langue maternelle, de vous exprimez mon admiration-...

Les dialogues peuvent donc être introduits par des guillemets ouverts que vous fermerez à la fin.

Notez bien qu'on n'encadre pas chaque réplique et que la règle suivante s'applique en français : une paire de guillemets par dialogue.

« Prends ton manteau, dit-il en se levant. On s'en va. »

Ensuite, quand il y a échange de répliques, on n'ouvre pas les guillemets à chaque fois, on marque chaque changement d'interlocuteur par un tiret, élément sur lequel vous ne devez pas faillir si vous désirez présenter un tapuscrit le plus professionnel possible.

II. Tiret, une question de rigueur !

Prenons d'ailleurs le temps d'aborder la question de ces fameux tirets. Contrairement à ce que beaucoup pensent, non les tirets de dialogue ne sont ni des tirets simples,

- Prends ton manteau...

Ni des tirets bas :

_ Prends ton manteau...

On garde les premiers pour les utiliser en trait d'union dans les mots composés ou les soudures grammaticales ( par exemple y a-t-il).

Pour les dialogues, on se sert des tirets cadratins :

Prends ton manteau...

Si vous avez besoin d'indications techniques pour les utiliser dans les traitements de texte les plus courant (Word et OpenOffice), signalez-le moi en commentaire, je ferais un tuto sur le sujet dans les mois à venir.

III. Faire des choix : pourquoi, comment ?

Dans la littérature contemporaine, il existe plusieurs manières de présenter ses dialogues. Si la solution classique reste le combo ouverture/fermeture de guillemet + tiret cadratin, il existe une autre manière de marquer vos dialogues. Elle est de plus en plus l'usage dans l'édition contemporaine. On se passe de guillemet et on se contente d'utiliser des tirets.

De manière tout à fait personnelle, voici les choix auxquels je me tiens. Dans les écrits où il y a très peu de dialogue, j'utilise des guillemets. Pour ceux qui sont riches en discours direct, je m'en passe avec soulagement.

Le domaine de la typographie est une discipline complexe et je ne suis pas une spécialiste, je me limiterai donc à ce que nous venons de voir. De plus, si votre travail est édité, il va sans dire que des professionnels de la question sauront peaufiner tout cela bien mieux que n'importe quel amateur...

Peu importe le choix que vous ferez, sachez qu'il faut rester cohérent et s'y tenir tout au long de votre tapuscrit.



Et vous, quel choix pour vos dialogues ?

 

 

20 juillet 2017

La musique, un allier pour créer ?

 

Depuis l’ouverture de l'Écrhistoires, j'ai déjà eu l'occasion d'aborder la question de l'inspiration et de mes astuces pour entrer en écriture. Les conditions pratiques pendant que l'on écrit demeurent aussi importantes que les points précédents. Quand on aborde la créativité, il existe presque autant de possibilités que de pratiquants. Il me semble donc impossible de traiter du sujet en un seul article.

Pour commencer, j'ai fait le choix de parler de nos oreilles : le silence et ses liens avec la concentration, la place que peut tenir la musique dans l'écriture -ou le dessin, la peinture, la sculpture-,...

Bien entendu, il ne s'agit pas d'établir des règles mais seulement d'explorer quelques pistes de réflexion.

 

 

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I. Silence or not silence ?

 

Silence or not silence ? La question du silence dépend avant tout de la place de l'écriture dans votre vie. Professionnel des mots, vous disposerez généralement du temps et de l'espace nécessaire pour travailler, donc de calme. Dans ce cas, pas de problème... Par contre si vous jonglez entre diverses activités et que faire de la place à l'écriture tient du numéro de voltige, vous aurez tout à gagner à pouvoir écrire dans toutes les circonstances, même dans le bruit.

Se concentrer et faire abstraction du reste est une question d’entraînement. Si votre maison ne connaît pas le silence, inutile d'attendre les quinze minutes de calme mensuel pour écrire. Attendre n'est jamais la bonne décision lorsque l'on désire faire de la place à un activité. Il faut adapter cette dernière à notre quotidien, non l'inverse. Forcez-vous à écrire dans le bruit et bientôt vous serez capable de travailler sans difficulté dans le vacarme !

 

II. Comme bruit de fond...

 

Pourtant, il se peut que certaines circonstances vous rendent la concentration vraiment trop laborieuse -écrire dans un café bondé par exemple-. Il existe alors la possibilité – ô combien salvatrice ! - de mettre des écouteurs et de taper au gré d'une playlist... La musique ne sert alors qu'à masquer ce qui pourrait perturber votre travail. Un joli bruit de fond. Pour cela, de manière tout à fait personnelle, j'adore Bach. Mais vous pouvez utilisez presque n'importe quelle musique. Attention toutefois aux morceaux comportant des paroles : les mots de la chansons peuvent agir comme des interférences dans les vôtres. Si vraiment vous ne concevez pas la musique sans voix, alors choisissez plutôt des interprètes qui officient dans une langue que vous ne comprenez pas. Ainsi, il m'arrive fréquemment d'écrire avec de la J-pop ou de la K-pop (japonaise et coréenne). N'hésitez pas à tester afin de trouver ce qui vous conviendra le mieux.

 

Bach


III. Comme aide à l'inspiration

 

Si la musique sert aisément de filtre au quotidien pour permettre de s'isoler mentalement, il ne faut pas la sous-estimer  car elle peut devenir un allier véritable !

Vous êtes sensible aux ambiances musicales ? Alors établissez des playlists par type de scène. Tels morceaux pour des scènes épiques, tel album pour des passages romantiques, tel musicien ou compositeur pour les chapitres tragiques,...

Afin de gagner du temps, il existe tout un pan de la musique permettant de dénicher facilement des compositions à forte coloration émotionnelle : les OST, (ou BO pour bande originale) ! Que ce soit de film, de série ou de jeux vidéos (argh, les merveilleuses musiques des Final Fantasy... Une mine d'or pour écrire!), vous trouverez de quoi nourrir votre inspiration. Il suffira ensuite de constituer des playlist dédiées avec des noms aussi évocateur que « Scène de bataille » ou « Tragédie ».

 

FF

 

Exceptée la question des morceaux chantés, les pistes proposés précédemment peuvent sans problème s'appliquer à d'autres activités... Car la musique n'adoucit pas seulement les mœurs, elle est une source à part entière d'inspiration !

 

Et vous, quelle la place de la musique dans votre vie ?

 

17 juin 2017

Consigne d'écriture n°7 - « Personnalité obsessionnelle-compulsive»


La consigne

 

Écrire un texte mettant en scène un personnage souffrant du trouble de personnalité obsessionnelle-compulsive (préoccupation pour l'ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel.)

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Mon texte

 

La lumière de l'aube peinait à traverser les lourds rideaux lorsque la sonnerie retentit dans la maison. L'homme grogna contre ce réveil intempestif puis, conscient qu'un appel aussi matinal n'augurait rien de bon, il se dressa dans son lit, combiné à l'oreille. Ses yeux embrumés de sommeil retrouvèrent tout à coup leur lucidité. La conversation fut brève, quelques échanges brutaux sans sensiblerie.

Albert Bardaux resta immobile plusieurs minutes, la main crispée sur le téléphone, dardant un regard vide sur la tapisserie taupe : Claudine était morte la veille. Peu après 15 heures. Elle n'avait pas souffert, de cela il n'en doutait pas. Mardi, jour de sa dernière visite, la pauvre était assommée de morphine. Heureusement que celle-ci avait agi jusqu'à la fin... On les avait prévenus que ce n'était pas toujours le cas avec cette sorte de cancer. Passant des doigts tremblants dans ses cheveux d'une épaisseur encore convenable, il se leva pour enfiler sa pantoufle droite. Puis la gauche. Jacques, le mari de sa sœur, l'avait prévenu qu'ils n'auraient que la journée pour lui rendre un dernier hommage. L'enterrement aurait lieu le lendemain.

Après une agonie de plusieurs semaines, le veuf voulait en finir.

En robe de chambre bordeaux, Albert mit le café en route et sortit sa tasse avant de l'essuyer avec un chiffon propre pour ôter la poussière de la nuit. Il jeta un coup d’œil sur la pendule murale : 7h27. Il ne se levait jamais avant sept trente tapantes aussi attendit-il trois minutes avant de se rendre aux toilettes. Debout devant la cuvette, il retint un grommellement d'agacement : depuis plusieurs mois, il avait de plus en plus de mal à uriner. Il lui faudrait consulter. Alors qu'il se focalisait sur la santé de sa prostate, la nouvelle le frappa de nouveau. Pendant quelques secondes il avait oublié la mort de sa petite sœur. Ils se voyaient peu avant sa maladie. Il faut dire que tout les opposaient : leurs caractères, leurs goûts, leurs modes de vie. Pourtant apprendre son état avait été un coup dur. Claudie n'avait pas cinquante ans.

Ne dérogeant pas à son emploi du temps, il but son café en écoutant les nouvelles puis lava, rinça et essuya soigneusement la tasse et la cuillère avant de les remettre à leur place. Toujours en robe de chambre, il fit couler l'eau froide puis ajouta progressivement l'eau chaude. Quand la température de la douche lui convint – 24 °C sur le thermomètre bleu en forme de poisson qu'il utilisait depuis une décennie – il se dénuda pour se placer sous l'eau. Il se savonna soigneusement, se rinça avec autant d'attention avant de recommencer. Les pieds sur le tapis un peu rêche, il se sécha vigoureusement avant d'enfiler la tenue préparée la veille. Lavage de dents, brossage de cheveux... Il enchaînait ses ablutions matinales en songeant à sa sœur.

Après plusieurs traitements, le constat avait été cruel : le cancer avait encore progressé. Il ne restait que les soins palliatifs. Albert se souvint du chagrin de Jacques. De son courage aussi. Il n'avait jamais beaucoup aimé son beau-frère, un dilettante professionnel qui n'avait jamais fait preuve de la stabilité d'un chef de famille. Claudine disait souvent que grandir entourée d'un père et d'un frère rigides l'avaient poussée à épouser un artiste. Albert réprima un sourire : sa sœur ne s'était jamais plaint de son choix même si lui-même de le comprenait pas. Huit heures : consultation de son agenda. Jeudi 7, finir la traduction pour Morton. Plusieurs heures de travail l'attendaient. Avec un soupir, il se promit de se presser : Claudine l'attendait et il en avait pour deux heures de route. Vite... Vite... Il s'installa à son modeste bureau d'angle et sorti le dossier. En dépit de ses connaissances, honorables, en informatique, il commençait par une première version à la main.

Il nettoya son bureau : on ne peut pas être efficace dans la saleté. Ensuite, il tailla méticuleusement ses crayons, Albert ne supportait pas les mines émoussées. Enfin, il disposa à droite de son brouillon ses ouvrages de référence franco-russe. Il pouvait se mettre au travail. Les heures passèrent rapidement et chaque étape de la traduction fut revue plusieurs fois. Jusqu'au brouillon final. Il ne s'interrompit que pour son déjeuner du jeudi : jambon de Bayonne et crudités suivis d'une salade de fruit. Après avoir tapé son travail, il en fit trois lectures, chacune séparée d'une pause de quinze minutes. Lorsqu'il éteignit l'ordinateur, il conclut sa journée de labeur avec le classement de ses papiers, le rangement des livres et crayons puis un nettoyage rapide du bureau. C'est seulement quand tout fut à sa place, qu'il se permit de jeter un œil curieux sur sa montre. Dix-sept heure cinq. S'il partait maintenant, il aurait peut-être le temps de dire adieu à Claudine.

 

 

Au volant de la petite citadine, Albert trépignait. À cette heure de pointe, la route n'en finissait pas... La nationale était bondée et il regretta presque d'avoir respecter ses principes en refusant de prendre l'autoroute. Il ne le faisait jamais pour aller à Rouen. Jamais. Quand il se gara la sueur perlait à son front et collait son dos au siège. Courant presque, il se rendit à l’accueil, où une dame, désolée, lui expliqua que les pompes funèbres avait pris le relais un quart d'heure plus tôt. Dépité, il téléphona à son beau-frère qui, en colère, lui rappela l'avoir prévenu. Albert bredouilla des excuses avant de raccrocher. Sans démarrer sa voiture, dans le parking de l'hôpital, il pensa à sa journée. À son emploi du temps. À ses crayon impeccablement taillés. À sa traduction si parfaite. Et il se mit à pleurer.


 

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08 juin 2017

Psychologie des personnages – Manuel pratique – Howard M. Gluss, PH.D. & Scott Edward Smith

 

 

 

Genre : Essai

Date de publication : 2006

Maison d'édition : Dixit

Prix : 19 euros

 

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Résumé : Ce manuel est un outil formidable, une source très documentée qui s'appuie à la fois sur le travail d'un praticien de la psychologie et sur de nombreux exemples de personnages de films dans lesquels on trouve des personnalités : antisociales, paranoïaques, narcissiques, borderlines, obsessionnelles, masochistes...

 

Mon Avis

 

Depuis plusieurs année, je suis une fervente lectrice de Scenario-buzz, le site de l'auteur et scénariste Nathalie Lenoir. D'ailleurs, ami lecteur, je ne peux que te conseiller vivement de lire ses articles. Je n'écris pas de scénario, un domaine qui m'est étranger. C'est par elle que j'ai pu découvrir le manuel qui nous occupe aujourd'hui.

Quel formidable outil que cet ouvrage ! Et pas seulement pour le scénariste ou même l'auteur de fiction. Les passionnésde cinéma trouveront des choses passionnantes à se mettre sous la dent.

Les auteurs -un psy et un scénariste- partent des troubles de la personnalité pour nous parler de psychologie humaine. Chaque profil est abondamment expliqué en prenant appui sur des personnages de films. Suit un récapitulatif, les principales caractéristiques de la personnalité en question etles clichés attachés à cette dernière. Enfin, on peut trouver toute une liste de filmspour illustrerle profil expliqué avant.

Aborder le cinéma par le biais de la psychologie est fascinant... Pour ce qui est de l'écrivant, c'est un manuel de référence d'un grand secours qui aide à donner de la richesse à ses personnages.

 

Et vous, utilisez-vous la psychologie dans des domaines artistiques ?

 

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03 juin 2017

Consigne d'écriture n°6 - « Logo-rallye »

La consigne

Un logo-rallye est un exercice qui consiste à inclure dans un texte un certain nombre de mots imposés au départ. Écrire un texte comportant les sept mots et expressions suivants : faction, royalties, fort, fonctionnalité, os du talon, mal de tête, costumé. 

Machine

Mon texte

La petite nouvelle que j'ai écrite dépassant largement les mille mots, j'ai choisi de vous la proposer en téléchargement et au format PDF. Si vous avez des soucis techniques -ou des remarques- n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires ou par mail.

Convictions_et_territoires

 

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04 mai 2017

Premier jet : ma méthode en 5 points



La semaine dernière, nous abordions ici l'usage du dictionnaire des synonymes. Or je ne l'utilise jamais pendant l'écriture du premier jet, c'est-à-dire de la première version d'un texte. Devant cette évidence, j'ai eu envie de vous parler de ce fameux "brouillon".

 

Kundera

 

 

Ma méthode, non pas LA méthode

 

Ma manière de travailler est personnelle, dans le sens que si elle me convient parfaitement elle ne sera peut-être pas celle qui vous correspond.

Il existe de nombreuses méthodes pour venir à bout d'un long projet. À titre professionnel, lorsqu'un client me demande un atelier sur le premier jet romanesque, je commence par lui donner un questionnaire qui détermine quelle méthode lui ressemble le plus. Tenter de travailler en respectant une feuille de route étrangère à sa personnalité mène, au pire, à l'échec et, au mieux, à perdre un temps considérable. Pour cette raison, je n'aborderai aujourd'hui que les règles qui me semblent utiles à TOUS.

Dans le cas de l'écriture d'un roman, vous pouvez tenter de suivre mes conseils quelque soit votre profil. Si vous écrivez les scènes dans le désordre, prenez-les en compte pour chaque séquence, si -comme moi- vous abordez une nouvelle ou un roman dans le « sens de la lecture » -vous commencez par le début et achevez par la fin-, vous pouvez essayer de les respecter jusqu'au bout. Bref n'oubliez pas d'adapter autant que possible les méthodes et outils que vous glanez ici et ailleurs.



Mes cinq règles pour une première version



 

Premier jet



  • Écrire porte fermée

Pour ce premier point, je me permets d'emprunter la métaphore à S. King, issue de son ouvrage sur l'écriture On writing : A mémoir of the craft. J'écris le brouillon sans reprendre mon souffle et en restant centré sur moi. Je ne pense pas au lecteur ou à mes proches, seulement à ce projet et à ce que je souhaite pour ce dernier.

  • Accepter l'imperfection

Mon perfectionnisme m'a longtemps desservi. Alors que j'étais fière de toujours vouloir produire le meilleure, j'ai fini par me rendre compte que ce trait de ma personnalité me servait d'excuse : puisqu'il est impossible (encore moins lors d'une première version) de livrer une production parfaite, je ne terminais jamais rien. Comme l'a écrit Kundera : "Le droit intangible du romancier, c'est de pouvoir retravailler son roman." 

  • Refuser de stagner

Certains passages nous sont plus difficiles que d'autres à écrire -pour moi les scènes de sexe ont longtemps été sources d'angoisses-. J'ai choisis dans ce cas de me forcer à écrire envers et contre tout. Simplement parce que si un passage est mauvais, il me suffira de le réécrire lors de la deuxième version. Savoir que ce n'est qu'un brouillon m'épargne beaucoup de pression.

Néanmoins ce parti pris a ses limites. Certains écrivants ont besoin de maintenir l'ensemble de leur premier jet à un certain niveau de qualité. Dans ce cas, on peut toujours contourner la difficiculté. Entre crochets, décrivez simplement ce que vous n'avez pas encore écrit (par exemple « scène de baiser entre X et Y »).

  • Pas de recherches pendant l'écriture

Je suis une infatigable curieuse. Et un brin paresseuse. Pour ces deux raisons, je n'effectue aucune recherche en cours d'écriture. Imaginons que mon héroïne offre une orchidée rare à un personnage. Or je ne connais rien aux fleurs. Si j'ai le malheur de lever le nez de mon manuscrit, il peut arriver deux phénomènes...

Soit je suis d'humeur travailleuse et je vais aller chercher l'information en question, très motivée. Hélas ma soif de connaissance entrera en scène et je me retrouverais, une heure plus tard, en train de lire l'histoire complète de la culture de l'orchidée depuis le dix-septième siècle.

Soit je suis d'humeur paresseuse et je me servirais de cette recherche comme prétexte pour glander sur Wikipédia -et je me retrouverais, je ne sais comment, à lire un article sur la reproduction des oursins.

Voilà pourquoi je ne fais pas de recherche et inscrirais [espère rare d'orchidée] directement dans mon texte.

  • Ne pas revenir en arrière

La dernière règle que je respecte ressemble à la précédente sauf qu'il s'agit de recherches dans mon propre brouillon. Je ne reviens jamais en arrière. Pas de correction en cours de route -sinon mon perfectionnisme redevient un obstacle- ni de vérification. En général je me débrouille pour disposer de toutes les infos dont j'ai besoin -aspect physique de mes personnages, nom et description des lieux...-. Comme nul n'est parfait, il arrive que je doute d'un détail. Est-ce que le fameux Sergent Machain a les yeux marrons ou je n'ai jamais abordé la question ?

Dans ce cas, je préfère ne pas perdre mon temps à relire ce qui précède et j’inscris [couleur des yeux de Machain, à vérif']. Pourquoi ? Dans le cas d'une nouvelle ou d'un article, cela n'aura que peu d'incidence mais si votre manuscrit comprend 50 000 mots, l'exercice risque de vous porter préjudice.



Vous connaissez désormais ma méthode pour écrire la première version d'un texte, j'espère que cet article aura été utile...

En attendant, laissons ma curiosité prendre le pas :



Et vous, cher écrivant, avez-vous trouvé votre méthode d'écriture ?

Posté par Emilie Cognac à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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13 avril 2017

Écriture, LA clef universelle


       Si vous traînez vos guêtres sur la toile, à la recherche de conseils pour écrire, vous le savez : les règles se suivent et parfois se contredisent. Prévoir ou non un plan, utiliser des verbes de parole ou en minimiser l'usage, faire ou non des fiches de personnages... L'écriture au long court n'est pas chose aisée et on tâtonne avant de trouver notre manière de travailler.

Il existe pourtant un point sur lequel tout le monde se retrouve. Une base que dans toutes les master class, dans tous les ouvrages consacrés à l'écriture, figurant sur tous les sites sérieux : pour écrire, il faut lire ! J'en parlais déjà dans le premier article de l'Écrhistoires...

 

Delfin Enjolras

Jeune femme lisant près d'une fenêtre, Delphin Enjolras

 

Les bienfaits valables pour tous

 

Avant même d'aborder la lecture pour l'écrivant, n’oublions pas ce qu'elle apporte à tous. Souvent ses aficionados mettent en haut de la liste ses bienfaits intellectuels. S'ils demeurent indéniables, ce n'est certes pas ce qui me vient à l'esprit quand je pense au roman qui m'attend paisiblement. Alors quoi ? Laissez-moi emprunter les mots de David Lewis, neuropsychiatre de renom : « S'abandonner à la lecture est une forme ultime de détente ».

Quinze minutes -ou moins- plongée dans une bonne histoire et je me sens aussi bien qu'après une séance de méditation. Pour moi, c'est une façon simple de revenir à « l'ici et maintenant », loin de toute angoisse, de tout tracas, de toute rumination. Un bain moussant à emporter partout avec soi... Pourquoi s'en priver ?

L'avantage avec le côté déstressant de la lecture est qu'il concerne tous les bouquins. Qu'importe le genre, la qualité littéraire, tout ça tout ça ; tant qu'on lit avec plaisir !

 

Le second bienfait universel est l'enrichissement de sa culture générale. Dans la majorité des histoires, il y a quelque chose à apprendre, à comprendre. Même le pire récit nous questionnera. Adolescente, j'ai eu une période «histoire d'amour sur fond historique » -qui a duré looooongtemps-. Encore aujourd'hui j’apprécie les romances froufroutantes. Certains de mes proches -et d'autres- m'ont fait part à ce propos de leur réserve. Si je ne vais pas aller jusqu'à crier au snobisme -quoique-, je dois mettre les points sur les i : c'est en dévorant une des innombrables séries de Benzoni que ma curiosité pour l'histoire s'est éveillée. Quelques mois à suivre une héroïne sur fond de renaissance florentine et je me suis retrouvée, à quinze ans, absorbée dans une biographie de Laurent de Médicis. Cette fenêtre se serait-elle ouverte sans la lecture ? Ce n'est pas certain.

 

Bien-être général, ouverture sur le monde : des bienfaits en pagaille...

Pour les écrivants, lire va bien au-delà...

 

Une mine d'or

Oui, la lecture reste LA formation initiale de quiconque ambitionne d'écrire ! Si vous faites partie de cette caste, lire devrait être une activité quotidienne. Autant que l'écriture. Voici la liste -non exhaustive- de ce que vous apporte(ra) la lecture :

  • Des outils littéraires

On pense souvent à l'orthographe. Lorsque je fréquentais les bancs de l'école -hier selon moi, naguère selon mes enfants...- les dictées étaient mon talon d’Achille. Immanquablement on me conseillait la lecture... Sauf que j'étais déjà fanatique -combien de fois maman a dû m'arracher de quelque roman ?-. Ce qui vaut pour certains ne fonctionne pas pour tous. Mais ce serait dommage de ne pas tenter le coup... Et nous pouvons ajouter l'enrichissement du vocabulaire, la compréhension de ce qui fonctionne (ou pas), des figures de style, des modèles de constructions narratives...

  • Le pillage honnête

Dans mon article, Les trois clefs de l'inspiration, je me permets d'utiliser l'expression « Kleptomane créatif » d'Austin Kleon. Ce pillage honnête englobe les ouvrages qu'on lit. Je ne parle pas de plagiat mais bien de nourrir son inspiration, voir de se trouver des maîtres d'écriture, ces écrivains que l'on admire et qui nous donnent la force de continuer malgré les difficultés.

  • L'épanouissement du sens critique

Plus on lit plus on devient exigeant. On aiguise notre esprit critique, or ce dernier reste un atout pour retravailler un texte.

  • Affiner nos goûts et donc nos envie

Savoir ce que l'on aime lire est le premier pas pour définir ce que l'on désire écrire. Logique.

  • Augmentation des capacités de lecteur

Au dix-huitième siècle, le journaliste et politicien irlandais Richard Steele (1672-1729) l'avait déjà compris : « Lire est à l'esprit ce que la gymnastique est pour le corps. ».

Outre cette gymnastique de la concentration et de la mémoire, vous lirez plus vite, du moins plus efficacement. Pain béni pour l'auteur ! Parce qu'écrire implique de faire des recherches, lire vite vous fera gagner du temps.

 

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La -sublime- Bibliothèque nationale du Chili

Nous l'avons vu, la lecture est une activité cruciale pour progresser. Reste un point que je n'ai pas abordé : les mauvais livres. À titre personnel, j'ai autant -si ce n'est plus- appris des mauvais livres que des bons. Ce phénomène, qui étonnent certains de mes clients, mériterait une chronique à part entière... Aussi je vous laisse pour le noter dans ma To do list...



Et vous, la lecture tient quelle place dans votre vie ?



 

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06 avril 2017

Mes astuces pour « entrer en écriture »



Ce mois-ci dans ma boîte à outils :  tout pour convoquer inspiration et motivation.

En écrivant l'article sur l'impératif de faire de la place, j'ai pensé à ma quête de l'inspiration et combien cette nécessité lui est liée. Qu'on envisage l'écriture comme un loisir ou un travail, si on décide de pratiquer sérieusement, il arrivera un jour où vous n'aurez pas envie de vous asseoir pour prendre le stylo. Que celui qui n'a jamais la flemme me jette le premier coussin, dont je me saisirais pour m'assoupir quelques heures minutes !

Oui, écrire est ma passion. Oui, j'accède souvent à une intense sensation de joiedevant ma feuille ou mon écran. Pourtant, certains jours, le canapé m'interpelle, le ménage fronce des sourcils, le désir de papoter avec une amie me taraude. Et c'est là, dans ces instants d'hésitation que réside la différence entre ceux qui progressent et les autres. Comme il serait facile de s'abriter derrière l'excuse de l'inspiration : « Ah, je ne suis pas d'humeur à écrire... Je manque d'inspiration, pauvre de moi ! Tant pis, j'écrirai demain... ».

Au lieu de cela, j'ai cherché des solutions pour écrire malgré tout. Non pas me forcer mais me mettre en humeur d'écriture. Je ne dis pas que ces propositions vous conviendront, ni qu'elles feront des miracles. Toutefois elles peuvent aider quelques écrivants à (re)trouver la motivation.

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Se créer un rituel



Selon Twyla Tharp, célèbre chorégraphe et auteure de l'ouvrage The Creative Habit : learn it and use it for life, les rituels sont primordiaux pour entretenir sa créativité. Ces habitudes peuvent consister en ce qui vous correspond le mieux. Ce peut être se préparer une tisane puis la déguster en lisant la production de la dernière séance. Ou encore vous installer dans un endroit particulier. À force de toujours pratiquer quelques gestes ou actions avant d'écrire -ou peindre, ou danser,...-, le simple fait d'accomplir le « rituel » vous mettra dans le bain. Comme si vous disiez à votre esprit : là, je m'apprête à travailler, à créer. Et hop, votre cerveau se mettra en « mode créativité ». Un peu comme le fait de sourire nous met de meilleure humeur même quand le sourire est d'abord de « façade » -une étude scientifique a étudié le phénomène, si vous en connaissez les références, partagez-les en commentaires, je n'arrive plus à les retrouver-.

Je ne peux que vous conseiller de mettre en place un rituel et de vous y tenir pour que ce dernier devienne ce coup de pouce qui change tout.

 

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Entrer en écriture grâce à celle-ci

 

Dans l'article que j'évoquais en introduction, je parlais d'écrire pour faire place nette ou vider la poubelle de vos émotions. Je connais quelques auteurs qui utilisent cette pratique. Faire appel aux mots pour trouver les mots. Vous pouvez soit parler de vous -et de vos difficultés- soit utiliser une consigne d'écriture. Cela correspond finalement aux gammes pour les musiciens ou au travail à la barre pour les danseurs. Personnellement, j'utilise rarement cette méthode. En vérité, j'y ai recours seulement devant un blocage très important. Pourquoi ? Parce que j'ai du mal à me détacher des phrases que je viens d'écrire et que cela revient alors à une rumination sur le papier. Reste que c'est une piste qui convient à certains. Je répète qu'il n'y pas UNE recette miracle, seulement des pistes pour trouver ce qui vous aidera VOUS.

 

La méditation et autres outils personnels...

 

Enfin je vais vous parler de ce que je mets en place lorsque je ne suis pas d'humeur à écrire. Non seulement je dispose de mes propres rituels de secours mais aussi de quelques outils auxquels je fais appel quand mes habitudes ne suffisent pas. La première pratique que je tente reste une courte séance de méditation. Cinq à vongt minutes suffisent en général. Je reviens au moment présent, je me « recentre » et cela me ramène à un état qui me convient particulièrement pour écrire. Dix-neuf fois sur vingt, la méditation résout mon problème. Et si vraiment, je continue à bloquer ou à avoir la flemme je...vais prendre une douche. Oui, oui, vous avez bien lu. Pourquoi la douche ? Parce que c'est un moment où je lâche complètement prise. C'est un peu mon couteau-suisse émotionnel. Un blocage d'écriture ? Une douche. Un problème avec mon manuscrit ? Une douche. Une angoisse diffuse ? Une douche. Pas très écologique mais ça fonctionne.

À défaut du coup de la douche, se connaître est le premier impératif. Observez-vous et trouvez vos propres outils, vos propres astuces pour vous mettre en posture d'écriture...



Et vous, quelles astuces vous aident à « entrer en créativité » ?

23 mars 2017

Listes obsessionnelles compulsives

 



Genre : Recueil

Pays : Royaume-uni

Date de publication : 2015 pour la traduction française

Maison d'édition : Le Livre de Poche / Editions du sous-sol

Traduction de l'anglais : Claire Debru

Prix : 14,90 €

 

Dans l'article de la semaine dernière « Écrire pour faire place », je vous parlais du principe d'externalisation (le fait de ne pas remplir sa tête de choses qui n'ont rien à y faire). Cette thèse de Daniel Levitin, professeur de psychologie cognitive, m'offre une excuse parfaite pour justifier d'une de mes -nombreuses- manies : faire des listes. Je collectionne les listes comme d'autres épinglent les papillons : avec ardeur, minutie et une joie sans cesse renouvelée. Aussi lorsque j'ai croisé l'ouvrage de Shaun Usher dans ma librairie de quartier, je vous laisse imaginer mon impatience...

 

listes

 



Résumé : Les hommes ont commencé à faire des listes bien avant d’écrire des lettres. Ils y consignent l’essentiel de ce qui leur tient à cœur : espoirs et aspirations, préférences et aversions, règles de vie et d’amour, souvenirs et rappels des choses à faire avant de mourir.
Listes de courses de Galilée et de Michel-Ange, des livres préférés d’Edith Wharton et d’Ernest Hemingway, des résolutions de nouvelle année de Marilyn Monroe, « to do list » de Johnny Cash, ou encore tentative d’inventaire de Georges Perec composent ici une anthologie riche et visuelle de cent vingt-cinq listes brillantes et fantasques.



Mon Avis

 

Mon plaisir à feuilleter le livre qui nous intéresse aujourd'hui ne tient pas seulement dans ma ferveur à lister tout et -souvent- n'importe quoi. Tout amoureux des curiosités ou des mots sera fasciné par la profusion et la diversité des choix réunis dans Au bonheur des listes. On croise la petite histoire et la grande, la politique, l'art et l'humour. J'ai beaucoup souri, souvent été surprise, parfois saisie d'émotion et j'ai toujours tourné la page avec ardeur.

Les illustrations, nombreuses, nous offrent des fragments de l'évolution de l'écriture mais aussi de la société. Un livre à offrir ou à s'offrir dans lequel je me replongerai avec délice, un jour de pluie, accompagnée de la douceur gourmande d'un chocolat chaud.

 

Si vous avez envie que je chronique un livre en particulier,

n'hésitez pas à m'en faire part...

Posté par Emilie Cognac à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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