08 mars 2018

Inventer une langue pour une fiction

 

Depuis toujours les hommes ont inventé des langues. Alors que les langues naturelles sont le fruit d'une évolution sur plusieurs siècles, les langues dites construites sont élaborées par une ou plusieurs personnes dans une période donnée.

Ainsi une religieuse bénédictine, Hildegaune rde de Bingen, morte au XIIe siècle, a élaboré un système de langue : la Lingua Ignota.

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La création d'une langue peut être une véritable passion et il est facile de trouver des forums consacrés à cette activité dont les pratiquants sont des idéolinguistes.

La question diffère lorsque la langue concerne une œuvre de fiction. Elle permet alors de donner une autre dimension à une civilisation. Notons toutefois que l'auteur le plus célèbre en cette question, Tolkien, reste un cas à part. En effet, celui-ci était philologue, donc spécialisé dans l'étude du langage. Les langues qu'il a créées sont les points de départ de son œuvre, non un moyen de rendre sa mythologie complète.

Nous ne parlerons ici que la création d'une langue imaginaire dans le but de soutenir la mythologie d'une œuvre de fiction.



I. Inventer une langue ? Pas vraiment !



Inventer une langue reste une tâche colossale puisqu’au delà du choix d'un alphabet, de l'élaboration du vocabulaire, encore faut-il penser un système grammatical et la conjugaison. Et même si on décide d'utiliser l'alphabet latin, le travail paraît énorme.

Bien heureusement, la première question que vous devez vous poser, c'est la place que tiendra cette langue dans votre fiction. Si le dialecte ne concerne qu'un chapitre, pourquoi se donner la peine de créer une langue complète ? Prenons l'exemple du dothraki. Cette langue nous provient de la série de livre Le Trône de fer de George R. R. Martin. Or cette langue n'existe que sous la forme de quelques phrases dans les romans. Lorsque ces deniers ont été adaptés à l'écran -avec le succès qu'on connaît-, il a fallu faire appel à David Paterson, spécialiste de la création de langue artificielle, pour développer le dothraki. Je vous conseille donc, au moins dans un premier temps, de ne construire que le vocabulaire dont vous aurez besoin.

Reste que pour gagner du temps et donner une certaine authenticité à votre langue, vous aurez tout intérêt à utiliser une méthodologie.

 

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George R. R. Martin



II. Une création pas à pas

 

Pour commencer, vous devez bien délimiter de quelle manière votre langue entre en jeu dans la fiction. Quelle est l'histoire du peuple qui la pratique ? Ses coutumes ? Découle-t-elle d'une langue déjà existante ? La langue doit enrichir votre mythologie.

Ensuite vous devez choisir un système d'écriture. Si vous utilisez un alphabet, sera-t-il crée pour l'occasion ou utiliserez-vous un alphabet existant ?

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Le sindarin ou gris-elfique, langue construite imaginée par Tolkien

Partons d'un exemple...

J'ai inventé une langue pour la trilogie que je suis en train d'écrire. Je suis partie de l'alphabet latin et, en cohérence avec le peuple qui l'utilise, j'ai choisi de m'inspirer de plusieurs langues.

Une fois le système d'écriture décidé, il faut construire la langue : sa grammaire et sa conjugaison.

Pour la grammaire, n'oubliez pas qu'il existe une multitude de possibilités. Bien entendu vous pouvez tout à fait prendre la grammaire française comme point de départ. Pour la langue évoquée plus haut, j'ai choisi d'utiliser des déclinaisons -comme en latin ou en allemand-. Cinq pour être précise : nominatif, accusatif, datif, génitif et l'instrumental. Bien entendu cela ne m'a pas simplifié la tâche !

La conjugaison aussi est importante. Y aura-t-il des temps composés ? Là encore votre seule limite reste l'imagination ! Personnellement j'ai choisi d'utiliser le moins de temps possibles. Au radical du verbe s’ajoute un préfixe qui détermine le temps et un suffixe qui détermine la personne. Par exemple être -von-,  devient ravoni à la première personne du présent.

Enfin après avoir construit la grammaire et la conjugaison, vous pourrez vous pencher sur la question du vocabulaire. Essayez de garder une certaine logique, par exemple dans les familles de mots. Ainsi dans ma langue, préparer se traduit par « miv » alors que prêt par « mivin ».

Vous verrez qu'inventer une langue est une activité amusante – oui, oui !-. Quand vous écrirez vos première phrases, vous serez sans doute assez fier de vous...

Tenez... Juste pour le plaisir, voici un exemple de phrase dans la langue que j'ai créée :

Edonin glirē ni irbei val ravabrokir tovē mūgei, eryen direnin ratairis koïs obei. (En attendant le retour de celui qui n'a nul besoin de magie, les bois silencieux nous offrent le repos.)



Alors... Déjà eu envie -ou besoin- d'inventer votre propre langue ?

 





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25 mai 2017

Point ch'orthographe : les adjectifs de couleur



Ce mois-ci dans ma boîte à outils : les adjectifs qualificatifs de couleur

 

Mettre des couleurs dans nos mots... Argh que l'argument est joli, poétique, prometteur ! D'un point de vu purement fonctionnel les adjectifs de couleurs semblent indispensables à un texte de fiction. Sauf que -attention point confession- j'ai beaucoup de difficultés avec cette histoire d'accord. À force, lors de mes corrections, de me référer à mon bien-aimé Bled, je maîtrise plutôt le sujet. Toute fière, je me suis dit « Et si je n'étais pas la seule à avoir besoin de révisions ? ».

9782010003981-X

 

La règle c'est la vie !



Oui, oui, le vin rouge aussi c'est la vie - et le chocolat - mais pour l'Écrhistoires, il me semble que les règles d'orthographe nous serons plus utiles, au moins dans un premier temps.

Bon la règle de base est simple : en général les adjectifs qualificatifs de couleur s'accordent avec le nom qu'ils qualifient lorsqu’il n'y en a qu'un. Le pull blanc / les flocons blancs / la neige blanche.

Mais quand l'adjectif est accompagné d'un autre adjectif ou d'un nom, il ne se s'accorde pas :

des yeux bleu pâle, des uniformes vert bouteille, des pierres bleu-vert.

Cette règle -hélas- ne vaut que pour les « vraies » noms de couleur. Quand ceux-ci sont des noms ou des groupes nominaux utilisés comme des images, ils sont TOUJOURS invariables, même seuls :

une tapisserie vermillon, des gants ivoire. Ouais, c'est chiant nul.

Bien sûr, il y a une liste d'exceptions -sinon on pourrait pas embêter nos enfants avec les listes de mots à apprendre par cœur-. Donc les adjectifs suivants sont considérés comme des vraies adjectifs de couleur : mauve, écarlate, incarnat, fauve, rose, pourpre.

 

Quand la grammaire -s'emmêle- s'en mêle...



Les règles d'orthographe nous permettent de savoir comment écrire sans faute. Quant à la grammaire, donne une fonction aux mots, donc un sens.

Et là accorder ou nom un adjectif changera ce qu'on veut montrer au lecteur -s'il connaît la règle, hein... sinon il s'en fout comme de son premier tube de dentifrice.

Prenons des chaussures -parce que les chaussures aussi c'est la vie- :

- si j'écris « des chaussures noir et blanc », sans accord, les chaussures en question seront bicolores.

- Si j'écris « des chaussures noires et blanches », avec accord, cela signifie qu'il y a devant nous des chaussures blanches ET des chaussures noires.

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Prendre des libertés avec les règles : on se le permet ?



Rappelons que la langue française cette avenante catin est vivante, par conséquent, elle évolue, se transforme, s'adapte. Ce qui, je l'avoue, me change parfois en punk de l'orthographe -on ne ricane pas, merci-. Ainsi, traditionnellement -vu que c'est un nom utilisé comme une image- on n'accorde pas châtain : des cheveux châtain. De nos jours on tolère l'accord de châtain en genre, ce qui donnerait : une chevelure châtaine. Sauf que je ne peux pas laisser châtaine dans un texte. IMPOSSIBLE -sinon mes globes oculaires risques fort de prendre la fuite pour rouler sur la surface lisse de mon bureau, ce qui (admettons-le) serait un peu dégueulasse -.



Et vous, amis lecteurs, un point de la langue française à réviser ?

23 février 2017

Les dictionnaires : les alliés de tous



Ce mois-ci dans ma boîte à outils : les dictionnaires



Le mois dernier, pour inaugurer la boite à outils, je m'amusais à vous parler des gros mots. Un article finalement tout à fait sérieux, que vous pouvez retrouver ici... Lors de l'élaboration de cette première chronique, j'avais eu recours à un outil bien connu de qui manie un tant soit peu la langue : le dictionnaire. Finalement, puisque c'est « l'outil » que j'utilise le plus fréquemment, il semblait logique d'aborder le sujet. En ligne, sur papier, spécifiques, nombreux sont les dictionnaires qui, au quotidien, sont devenus des alliés.

 

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Les dictionnaires en lignes



À l'ère du numérique, il serait dommage de ne pas profiter des dictionnaires en ligne. Définitions et vocabulaire à porter de clique, quoi de plus simple et sans danger ? Sauf que l'on peut très bien, dans la précipitation, utiliser Internet à mauvais escient. Le risque est d'utiliser des informations dépassées ou pire erronées. Si, pour écrire votre roman contemporain, vous utilisez le Littré1, il va de soit que vous risquez quelques déconvenues.

Pour ce qui est du bon vieux dictionnaire de français, je ne jure que par le site de Larousse, que je trouve ergonomique et sérieux. Lorsque je donne des définitions, elles sont en général issu de cet espace.

Par contre quand, plus rarement, j'ai besoin d'avoir recours à un dictionnaire des synonymes je préfère de loin aller . Agréable visuellement, simple d'utilisation et précis, c'est un des mes sites favoris. Si aujourd'hui je me contente de partager mes ressources, il faudra à l'occasion que je revienne sur l'utilisation particulière du dictionnaire des synonymes. Refuser de le consulter ou en abuser peut jouer contre vous.

De manière sporadique, j'ai besoin d'un dictionnaire des rimes. Ma bibliothèque est pourvue d'un tel ouvrage (acheté il y a plus de 15 ans) mais j'avoue que je le sors si peu souvent qu'il se cache derrière deux rangées de romans... Donc il m'a fallu trouver une solution plus pratique : ce site. De même que pour le dictionnaire de synonymes, je pourrais écrire un article sur la question.

 

Synonymes

 

Les dictionnaires en ligne sont des outils fort utiles mais certains ouvrages papiers continuent d'accompagner mon travail...

 

Les irremplaçables papiers



Les trois dictionnaires « papier » que je feuillette le plus ne sont pas des compagnons quotidiens dans mon travail sur l'écriture. Mais le plaisir que j'ai en les consultant, la myriade d'éléments que j'ai appris grâce à eux, font qu'ils avaient leur place dans cet article.

Le premier, et non des moindres, date de l'époque fort lointaine où je possédais encore une carte d'étudiante. Un ouvrage de référence, acquis pour un cours, que je consulte encore de temps à autre, parfois pour le simple plaisir d'apprendre une broutille ou deux. Il s'agit du Dictionnaire étymologique et historique de la langue française de Beaumgartner et Ménard. Possible qu'après toutes ces années, mon édition date quelque peu mais je l'adore. Oui, oui, j'adore un dictionnaire, on s'abstient de se moquer, merci... J'évite de le sortir quand je suis submergée de travail car j'ai tendance, quand je plonge dans ces pages, à m'y noyer avec délectation.

Viennent ensuite deux parutions de Larousse qui sont sans doute très plaisantes mais que je consulte pour le boulot. Le premier est le Dictionnaire des expressions et locutions traditionnelles. On peut trouver son équivalent en ligne pourtant je le préfère dans sa version papier -allez comprendre...-. Riches d'exemples, il fourmille de petits trésors...

Enfin le troisième me sert pour la correction, encore une édition Larousse : Dictionnaire des difficultés de la langue française. Lorsque -je ne sais pas encore quand mais c'est prévu- je consacrerai un article sur mes outils pour la correction, nous verronsi son utilisation plus en détails. Reste que c'est un ouvrage de référence dont je peux difficilement me passer. Quand j'aborde la thématique « Retravailler un texte » avec un client, je l'emporte avec moi.

 

Pour conclure, j'avoue que d'autres dictionnaires sortent régulièrement de ma bibliothèque (Dictionnaire de l'Ancien Français, de mythologie, des symboles, dictionnaire culturel de la bible...) mais ils sont si spécifiques que je préfère les garder pour les sujets auxquels ils sont liés...

Peu importe ceux que vous utilisez, faite-le à bon escient et, surtout, prenez du plaisir à baguenauder dans le paysage varié de notre langue...

 

Et vous, les dictionnaires, numériques ou papiers ? Généralistes ou spécialisés ? Partagez vos trouvailles...

 

 

1 Dictionnaire ancien, paru de 1873 à 1877