28 avril 2018

Consigne d'écriture n°23 - «Un sonnet »



La consigne

 

Écrire un sonnet

 

Mon texte

 

J'ai choisi d'écrire un sonnet élisabéthain.

 

Vos victimes

Vous dites que nous sommes détruits
Que nous grandissons privés de nos ailes
Que nous buvons nos viols jusqu’à la lie
Que les nuages assombrissent notre ciel
Ma jupe trop courte et mon maquillage
Ou bien ma mauvaise réputation
Sachent vos larme, apaisent votre rage
Victime seulement sous vos conditions

Vous pensez dent pour dent et œil contre œil,
Bien haut, vous fustigez toute indulgence
Et ne comprenez pas que je ne veuille
Pas du tout m’abîmer dans la vengeance

Cessez donc vos litanies larmoyantes
Car c'est moi qui décide ce qui me hante

 

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29 mars 2018

La poésie 3 – le sonnet

 

Dans la première partie des articles sur la poésie, je vous expliquais que les poèmes à forme fixe ont longtemps dominé le paysage littéraire. Dans le même paragraphe je sous-entendais que le sonnet est la forme la plus connue. Il est vrai qu'il a longtemps dominé la littérature française. Pour résumer, le sonnet est un poème de 14 vers répartis en deux quatrains (strophe de quatre vers) et deux tercets (trois vers). Ces deux dernières strophes sont souvent étudiées comme un seul sizain.

Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube, de ses pleurs, au point du jour l'arrose;

La Grâce dans sa feuille, et l'amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais, battue ou de pluie ou d'excessive ardeur,
Languissante, elle meurt, feuille à feuille déclose;

Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que, vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Ronsard, Amours de Marie, 1556.

Le sonnet nous vient directement d'Italie comme nous l'indique le terme sonetto qui découle du latin sonare « sonner ». Il arrive en France au début de la Renaissance et est introduit par Marot et Mellin de Saint-Gelais. Si je le précise c'est qu'une des formes du sonnet nous vient justement de Clément Marot qui, pendant l'été 1536, écrit le premier sonnet en langue française.

Vous l'aurez compris, le sonnet existe sous plusieurs formes. Pour le comprendre, nous allons passer en revue les trois principales : le sonnet italien -ou marotique-, le sonnet français -ou de type Peletier- et le sonnet élisabéthain -ou shakespearien-.

I. Le sonnet italien ou marotique

 

Le sonnet qui figure dans l'introduction, Amours de Marie de Ronsard, illustre parfaitement ce qu'est un sonnet marotique.

Comme l'indique le titre de cette partie on le nomme aussi « italien » or cette appellation n'a aucune vérité historique car on ne rencontre pas la forme marotique dans la poésie italienne.

Je préfère donc le nommer selon le poète qui l'a utilisé en premier : Clément Marot.

Ce sonnet marotique se caractérise par la disposition de ses rimes. Si on fait correspondre à chaque rime une lettre de l'alphabet cela donne : abba, abba, ccd, eed.

Dans certains cours -ou quelques articles sur le Web- j'ai eu la suprise de voir que dans la définition même de sonnet, on mentionnait l'alternance des rimes masculines et féminines, ces dernières étant celle qui se terminent par un e muet comme drôle et rôle. Or cela ne fait aucunement parti de la forme fixe du sonnet. Ni de celle, plus particulière, du sonnet marotique. Cette confusion provient peut-être de la « célébrité » de l’œuvre de Ronsard qui a été le premier a ajouter cette alternance.

Pour exemple, un sonnet marotique passé à la postérité :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée : et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup d'avantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loire Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.

                                                           Joachim du Bellay, dans Les Regrets

Cette forme, dite marotique, se généralisera en France entre 1536 et 1539.

 

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II. Le sonnet français ou de type Peletier

 

Le sonnet Peletier comporte deux quatrains de même forme que ceux des sonnets marotiques, avec des rimes embrassées (abba). La différence réside dans les tercest qui au lieu de présenter le schéma ccd, eed utilisent le suivant : ccd ede. De plus, il est d'usage pour ce type de sonnet d'alterner les rimes féminines (comportant un e muet) et masculines.

Ce sonnet apparaît en 1547 -quatre sonnets dans les Œuvres poétiques de Jacques Peletier du Mans qui nomme cette forme particulière-. Dans la décennie suivante, la majorité des sonnets français relève soit du type marotique soit du type Peletier.

Ce succès perdurera puisqu'on peut trouver des sonnets français chez Baudelaire en 1857 !

« Sed non satiata »
Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d’ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,
L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane ;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme ;
Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf fois,

Hélas ! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l’enfer de ton lit devenir Proserpine !

                                              Charles Baudelaire, in Les Fleurs du Mal

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Charles Baudelaire par Étienne Carjet vers 1862

 

III. Le sonnet élisabéthain ou shakespearien

 

Le troisième type de sonnet possède plusieurs dénominations : élisabéthain, shakespearien ou anglais. En effet il a été codifié dans ce pays. Ce sont surtout les poètes « modernes » qui l'ont utilisé, particulièrement Baudelaire et Mallarmé.

S'il comporte bien 14 vers, sa forme diffère sur les autres points. Il se présente en trois quatrains puis d'un distique -réunion de deux vers-. Les rimes elle-mêmes se distinguent des sonnets marotiques et de type Peletier puisque celles des quatrains sont croisées (de format abab) et différentes pour chaque strophe. Finalement les sonnets shakespeariens se présentent comme suit : abab cdcd efef gg.

 

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Mallarmé reste sans doute le poète qui a le plus popularisé le sonnet élisabéthain. Son premier sonnet shakespearien semble daté de 1887 et a été publié dans la revue L'Art et la Mode :

     La chevelure
La chevelure vol d'une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout éployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer
Mais sans or soupirer que cette vie nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'œil véridique ou rieur
Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant bagues ni feux au doigt
Rien qu'à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l'exploit
De semer de rubis le doute qu'elle écorche
Ainsi qu'une joyeuse et tutélaire torche
Comme souvent en littérature, et particulièrement en poésie, le cadre formel s'est assoupli. Pourtant, il me semble primordial de connaître et comprendre ces limites afin de les franchir.

 

Quel genre de sonnet préférez-vous ?

 

03 mars 2018

Consigne d'écriture n°21 - «Écrire des vers »



La consigne

 

Écrire un poème dont les vers sont des octosyllabes (huit syllabes) ou des décasyllabes (dix syllabes).

 

Dico

 

Mon texte

 

Féminisme bienséant

 

Gardez ranger dans un tiroir

Votre morale de faux-jeton

Comme je veux dans mon prétoire

Toute en dentelle ou en coton

Toute en soierie ou en satin

Très maquillée ou la peau nue

Peut-être mère ou bien catin

Que vous importe ma tenue

 

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

Donc ne me dites pas comment

Taper des deux poings sur la table

 

 

Gardez ranger dans un coin sombre

Tous vos jugements hypocrites

Laissez-les donc moisir dans l'ombre

Car il n'y a pas de règle écrite

M'indigner nue ou en guêpière

La voix posée ou en hurlant

Prunelle sage ou meurtrière

Laissez-moi choisir mes élans

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

Donc ne me dites pas comment

Taper des deux poings sur la table

 

Alors gardez dans vos archives

Tous vos jugements maladroits

Je décide mes offensives

Et comment je défends mes droits

Être joviale ou acariâtre

Les jambes en jupe, en pantalon

Je ne vous permets pas de débattre

De la hauteur de mes talons

 

Comme s'il existait vraiment

Un féminisme convenable

On ne me dira pas comment

Taper des deux poings sur la table

Car il n'existe aucunement

Un féminisme de bon ton

Qu'on ne nous dise pas comment

Relever fièrement le menton

 

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26 février 2018

La poésie 2 – la versification

 

Comme je le rappelais dans l'article précédent sur la poésie, cette dernière ne peut en aucune façon se définir par la versification, à ce propos je citais l'exemple du haïku japonais. Pourtant on sait la place centrale que tiennent les vers dans la poésie française.

 

Il va sans dire que nous parlerons aujourd'hui essentiellement de versification française. Les règles de versification diffèrent nettement selon les pays. Ainsi, dans la poésie anglaise, l'accent tonique est capital. Enfin nous n'aborderons que le vers et laisserons de côté la rime qui mérite un article complet...

I. Les différents types de vers

 

Partons du commencement : qu'est-ce qu'un vers ? Traditionnellement, un vers s'écrit sur une ligne, il est précédé et suivi d'un blanc typographique.

Marquise, si mon visage

A quelques traits un peu vieux,

Souvenez-vous qu'à mon âge

Vous ne vaudrez guère mieux.

À la Marquise, Pierre Corneille

Il existe plusieurs types de vers :

  • les vers métriques qui sont aussi nommés vers compté car ils comportent un nombre de syllabes prédéfini -donc que l'on compte-.

           Quand je vivais tendre et craintive amante,

           Avec ses feux je peignais ses douleurs :

           Sur son portrait j'ai versé tant de pleurs,

           Que cette image en paraît moins charmante.

    L'Amour, Marceline Desbordes-Valmore

  • les vers rapporté qui peuvent se lire en ligne et en colonne

Quercy,            la cour,             Le Piémont,            l’Univers

Me fit,              me tient,           m’enterra,              me connut.

 Épitaphe d'Etienne Jodelle, dédiée à Clément Marot
  • les vers blancs qui respectent le décompte syllabique mais pas les rimes

  • les vers libres, sans structure régulière, c'est à dire sans rime, sans mètre, sans strophe.

                  A la fin tu es las de ce monde ancien

                  Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

                  Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

                  Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
                  La religion seule est restée toute neuve la religion
                  Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

 

Extrait de Zone- Apollinaire, Alcools (1912)

 

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Guillaume Apollinaire



II. Le vers métrique

 

La poésie dite classique comportent en général des vers métriques. Ces derniers sont de deux sortes :

  • simples quand les mètres ont moins de 8 syllabes ou pieds.

  • composés lorsqu'ils possèdent au moins 9 syllabes ou pieds.

 

Le vers composé classique ne se caractérise pas seulement par son plus grand nombre de syllabes. Il peut en effet être lui-même décomposé en deux parties : les hémistiches.

L'orchestre au grand complet contrefait mes sanglots

Aragon 

 

Ces hémistiches sont séparés par la césure, du latin caesura « coupure ». C'est le point fixe qui partage les vers composés.

Césure, du latin caesura « coupure », point fixe de partage des hémistiches dans les vers de plus de huit syllabes.

        Il sait votre dessein // ; jugez de ses alarmes.

        Ma mère est devant vous, // et vous voyez ses larmes.

        Pardonnez aux efforts // que je viens de tenter

        Pour prévenir les pleurs // que je leur vais coûter.

Iphigénie, Racine, Acte IV, scène 4

 

Le nom d'un vers dépend du nombre de syllabes -ou pieds- qu'il comportent.

  • Le monosyllabe -un pied-

  • Le dissyllabe -deux pieds-

  • Le trisyllabe -trois pieds-

  • le tétrasyllabe ou quadrisyllabe -quatre pieds-

        La lune blanche

        Luit dans les bois ;

        De chaque branche

        Part une voix

        Sous la ramée...

 

 Extrait de La lune blanche luit dans les bois – Verlaine,La Bonne chanson

  • le pentasyllabe -cinq-

  • l'hexasyllabe -six-

  • l'heptasyllabe -sept-

        La Fourmi n'est pas prêteuse :

        C'est là son moindre défaut.

        Que faisiez-vous au temps chaud ?

        Dit-elle à cette emprunteuse.

Extrait de La Cigale et la Fourmi – Jean de la Fontaine

  • l'octosyllabe -huit-

        Tandis qu'à leurs œuvres perverses

        Les hommes courent haletants,

        Mars qui rit, malgré les averses,

        Prépare en secret le printemps.

Extrait de Premier sourire du Printemps – Théophile Gautier

  • l'ennéasyllabe -neuf pieds-

  • le décasyllabe -dix pieds-

        Il est un air pour qui je donnerais

        Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

        Un air très-vieux, languissant et funèbre,

        Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Extrait de Fantaisie – Gérard de Nerval

  • l'hendécasyllabe -onze-

  • l'alexandrin -douze-

         Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

         Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

         Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

         Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Extrait du Dormeur du val – Arthur Rimbaud

 

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Arthur Rimbaud



Quel genre de vers préférez-vous ?

 

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05 février 2018

La poésie - mais kezako ?



Lorsque l'on écrit, il semble judicieux d'acquérir une certaine culture littéraire. Et parce que j'aime la littérature -son histoire et ses complexités- j'ai décidé de vous parler régulièrement des différents genres qui existent.

 

Le mot poésie possède une longue et riche histoire. Il nous vient du latin poesis signifiant « poésie, œuvre poétique, genre poétique ». Si on remonte encore le fil du temps, le terme latin est lui-même dérivé du grec poiein (créer, fabriquer un poème). Dans le Larousse on définit la poésie par l'art d'évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers. Ce travail de la langue est un des désirs les plus anciens de notre humanité, cet appétit n'avait pas seulement des motivations de beauté, le jeu sur la musicalité et le rythme est né d'un besoin bien plus pragmatique...

I. Un exercice né avec l'homme ?

 

De manière personnelle j'aime définir la poésie via la dimension d'oralité. Car la poésie, qu'elle soit en vers ou en prose, est d'abord écrite pour être écoutée. Pourquoi un tel attachement à cet aspect ? Car la poésie est sans doute née du besoin de transmission orale. De nombreuses traditions orales relèvent de la poésie. Par exemple celle des griots africains, les bardes en Afrique occidentale.

De quelle manière cette tradition orale a été le berceau de la poésie ? La recherche d'une rythmique ainsi que l'utilisation de vers ou d'effets sonores étaient motivés par la mémorisation. Tous ces procédés étaient des moyens mnémotechniques. Si je suis aussi affirmative c'est que la poésie pour transmettre une tradition orale et des mythes fondateurs est apparue dans la plupart des civilisations. En Afrique, comme nous l'avons dit plus haut mais aussi en Mésopotamie avec l'épopée de Gilgamesh, dans l'Égypte antique, en Grèce avec l'Iliade et l'Odyssée,... L'apparition de l'écriture n'a pas empêché cette tradition orale de perdurer. N'oublions pas que la lecture et l'écriture étant longtemps restées l'apanage d'une élite, la majorité des gens avaient besoin de cette oralité.

Comme nous l'avons vu, la poésie en tant qu'art de jouer sur les rythmes et la musicalité remonte à l'antiquité. Pourtant, et bien qu'il n'en reste aucune trace, ne peut-on pas penser, à la lumière de son existence sur tous les continents, que les hommes de la préhistoire possédaient eux aussi une tradition orale empreinte de poésie ?

 

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Buste de Homère

II. D'abord le travail de la langue

La production poétique est d'abord une question d'outils littéraires. C'est l'utilisation de ces derniers qui donne une dimension poétique à un texte. Bien sûr on ne peut définir la poésie par un seul de ces procédés. La poésie n'est pas la versification comme elle ne se limite pas aux figures de style.

En linguistique on décrit la poésie comme un énoncé centré sur la forme, le signifiant. Poussé à l’extrême cette attention donnera le calligramme. Partir de cette définition permet de garder à l'esprit combien la poésie diffère selon la langue et la culture. On ne rime pas en anglais de la même manière qu'en français. Si on tourne le regard vers d'autres continents, la poésie s'éloigne encore plus de ce que nous connaissons. Ainsi le Haïku qui ne comporte aucune rime.

La recherche de musicalité me paraît au centre de cette volonté de travailler la forme. On prête attention à la matérialité des mots. Pour cela on dispose d'outils autour des sons comme les allitérations ou les assonances, les rimes ou l'utilisation de refrain. Quant au rythme il est ciselé aussi bien par le nombre de syllabes que par le jeu des accents, de la ponctuation,...

Mais on ne peut pas parler poésie sans s'attacher au pouvoir d'évocation des images. Les figures de style, parmi lesquelles la métaphores, la comparaison ou l'oxymore, permettent de « frapper » l'esprit du lecteur.

Cette multiplication des possibilités donne à la poésie une richesse incroyable...

 

Calligramme

Guillaume Apollinaire - Calligramme - Poème du 9 février 1915 - Reconnais-toi

 

III. Des formes diverses et variées

Dans cette dernière partie, je vais me concentrer sur la poésie française, celle que je connais le mieux... Au fil des siècle, elle a d'abord été assujettie à un cadre particulièrement rigide avant de s'affranchir. 

Longtemps les poèmes à forme fixe ont dominé le paysage littéraire. Si tout le monde connaît le sonnet, n'oublions pas la ballade, l'ode, le rondeau ou le lai (surtout représenté par Marie de France). Ces « modèles » sont complexes aussi je pense qu'ils méritent chacun un article... Même lorsque les poèmes fixes n'ont plus été la norme, la poésie a longtemps tourné autour du vers et de la rime. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la poésie a avant tout été une question de nombre de pieds, de la qualité des rimes,... bref de versification.

Par la suite les poètes se sont libérés de ces règles. D'abord avec le vers libre puis via le poème en prose. N'oublions pas aussi les artistes qui se sont préoccupés de la graphie avec Apollinaire et ses Calligrammes ou Mallarmé et Reverdy.

La poésie présente mille visages et elle n'a cessé de varier au fil des plumes et des siècles. Je prévois de m'appesantir sur certaines de ses formes dans les mois à venir. Parce que connaître quelques uns des ces visages, c'est se donner la possibilité de jouer avec les codes, avec les cadres. Bref de faire, justement, de la poésie.

 

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Pierre Reverdy



Une forme de poésie préférée ?

 





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28 octobre 2017

Consigne d'écriture n°13 - «Haïku»

 

 

La consigne

 

Écrire un haïku, c'est à dire un court poème comportant trois séquences (5/7/5 syllabes).

 

 

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Mon texte

Cil baigné de larmes
Frémissement de paupière
Voilà : enfin libre !

   Manuel ouvert
Les sourcils un peu froncés
Tiens, un papillon !

Envie de suivre la prochaine consigne ?

 

Pour cela, rien de plus simple, il suffit de s'inscrire à la newsletter...

 

12 octobre 2017

Voyage en poésie : le Haïku

Née au début des années 80, je fais partie de ceux qui ont grandi avec le Club Dorothée et ses animés venus tout droit du Japon. Une manière très pop-culture de commencer à s’intéresser au pays du soleil levant. Plus tard, à l'adolescence, en plus des quelques manga que je lisais, je me suis plongée avec délice dans les contes de Ugetsu Monogatari ou les romans de Tanizaki et de Kawabata. Quant au haïku, qui nous intéresse aujourd'hui, je ne l'ai découvert d'une fois adulte, lorsque j'ai eu l'impression d'avoir fait le tour de la poésie occidentale. Ce pan de la littérature japonaise reste un univers vaste et passionnant que j'ai eu logiquement envie de partager ici.

 

I. Une forme, une histoire

 

Le haïku est un court poème japonais de 17 syllabes fractionné en trois séquences : de 5 syllabes, 7 syllabes et 5 syllabes.

Impossible d'aborder le haïku sans mentionner une des figures majeures de la poésie classique japonaise : Matsuo Munefusa. Plus connu sous le seul pseudonyme de Bashō 芭蕉, qui signifie « Bananier », il est né dans une famille de Bushi -la noblesse guerrière-. Né aux alentours de Kyoto en 1644, sa vie fut vouée à la poésie. Il connaîtra le succès à Edo (Tokyo) puis renoncera à la vie mondaine pour prendre l'habit de moine et s'installer dans un ermitage. Devant ce dernier il aurait planté un bananier, ce qui lui aurait valu son nom de plume. Il meurt en novembre 1694 après avoir cessé de s'alimenter et demandé à ses disciples d'écrire des vers pour lui. Sur sa tombe, on plantera un Bashō...

Le poète a largement contribué à l'éclosion de la poésie populaire mais il a surtout imposé un certain esprit du haïku, une forme de simplicité, de pureté, de légèreté. Souvent en lien avec la nature et parfois constitué d'une touche d'humour le haïku est souvent décrit comme la poésie de l'instant.

Un exemple parmi les 2000 haïku composés par le maître Bashō ?

 

un vieil étang

古池や

furu ike ya

une grenouille plonge
蛙飛びこむ

kawazu tobikomu

le bruit de l’eau
水の音

mizu no oto

Pour ceux qui voudraient se plonger dans l’œuvre de Matsuo Bashō, il existe de nombreuses traductions française de bonne qualité dont l'intégral des haïku de Bashō.

 

 

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II. Une forme, quelques principes

 

Comme je l'écrivais précédemment on considère souvent le haïku comme la poésie de l'instant. Mukai Kyorai, élève de Bashō, explique dans Kyorai shō que le haïku « C'est simplement ce qui arrive en tel lieu, à tel moment ». Pour parvenir à cette « capture poétique » , chaque mot est ciselé, chaque section travaillée. Peut-être à cause de cette idée de moment présent, on a souvent pensé ou dit que le haïku était une forme poétique du zen. Or pour René Sieffert, spécialiste de la littérature japonaise, l'école de Bashō n'a aucun lien avec le zen.

Maintenant que les choses sont claires, parlons un peu plus de ce qu'est un haïku. Tout d'abord il ne comporte pas de rime. Aucune. Oui, cela nous éloigne grandement de la poésie classique française -et c'est tant mieux!-. Il doit aussi être autonome, c'est à dire qu'il doit se suffire à lui-même. C'est une œuvre à part entière.

Le haïku comporte trois séquence, la première et la troisième de 5 syllabes et la deuxième de 7. Les poètes préconisent d'utiliser un vocabulaire simple -compris par tous- et précis. Par exemple on utilisera plus volontiers le terme chêne que celui d'arbre.

Les thèmes sont très varié bien que la nature tient une place importante dans nombre de recueils de haïku. Ce qu'on oublie parfois est que l'humour est présent chez de nombreux poètes japonais.

Bashō lui-même utilisait le terme de kokkei 滑稽 qui signifie humoristique, cocasse. Non seulement l'image évoquée par le poème peut être amusante mais les jeux de mots sont légions chez certains auteurs. Ainsi, Issa, un des quatre maîtres classiques du haïku, écrivait au dix-neuvième siècle :

Le vent du printemps

découvre les fesses

du couvreur

 

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III. Quelques instants poétiques

 

Parce que pour comprendre et apprécier les haïku, il n'y a rien de plus simple que d'en lire quelques uns, voici certaine de mes préférés :

 

« Oh ! une luciole qui vole

Je voulais crier « Regarde ! »

Mais j'étais seul »

                                  Taïgï

« Le marais, moite

Le silence blême et lourd

Soudain un canard !... »

                                Takasaki

« Sot le 31 décembre

Tout aussi sot

le Jour de l'An »

                              Shiki

« Dans l'eau que je puise

scintille le début

du printemps »

                            Ringaï

« Une fleur tombée

remonte à sa branche !

Non ! c'était un papillon »

                         Moritaka

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     Cet article n'étant qu'une courte bafouille, n’hésitez pas à lire quelques ouvrages sur le haïku ou de haïku si le sujet vous intéresse. Je vous signale d'ailleurs l'ouvrage passionnant de Philippe Costa Petit manuel pour écrire des haiku.

Le haïku est un exercice très agréable, je ne peux que vous encourager à vous y essayer... D'ailleurs lorsque je dirige des ateliers d'initiation à l'écriture poétique, le haïku en est une partie incontournable...

 

Et vous, ami lecteur, amateur d'haïku ?

 




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01 juillet 2017

En hommage à Simone Veil : le sang des femmes

Qui a entendu le cri

Silencieux de Maria

Quand le médecin lui a dit :

Ton nouveau-né mourra ?

Condamnée à la grossesse

Pour ne donner que la mort

Par une loi sans souplesse

Sans pitié, sans remord.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Chili, rien ne console

L'espoir qu'on assassine.

Ses larmes souillent ton sol

Ma belle terre latine.

 

Qui soigne la joue meurtrie

De la discrète Florence

Violentée par son mari

Dans un foyer de silence ?

À genoux et tremblante

Elle nettoie son propre sang

Quand les langues avoisinantes

Ne se délient pas un instant

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô France rien ne console

Qu'ainsi on reste myope

Au sang qui souille ton sol

Ma belle terre d'Europe

 

Qui a vu la terreur

Dans les yeux de Ramatou

Quand la vague de douleur

S'est propagée partout ?

Et l'utérus en charpie

Mourir à vingt printemps

Car dans son pays

On meurt d’avortement.

 

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Niger, rien ne console

Cette mort sans logique

Son sang souille ton sol

Ma belle terre d'Afrique

 

Qui a compris la rage

D'Arefa que l'on hisse

Sur une table du village

Pour lui écarter les cuisses ?

Sa mère l'encourage

Lorsque la lame entame

D'un geste en héritage

Son intégrité de femme.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Car vraiment rien ne console

Cette barbarie ancienne

Son sang souille ton sol

Ma belle terre indienne

 

Qui pense encore à Sara

Enceinte de son violeur

Morte de son embarras

Pendue à un arbre en fleur ?

Une guerre sans conscience

Où le viol est une arme

A noué dans le silence

Une corde tissée de larmes.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

Ô Syrie, rien ne console

Ce suicide terrifiant.

Son sang souille ton sol

Ma belle terre d'orient.

 

Faut-il se résigner

À perdre un peu nos âmes

Quand sur le monde entier

Il pleut le sang des femmes ?

De la banquise aux Antilles

Rien ne console la Terre

Quand le sang de nos filles

Forment des rivières

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Tous droits réservés - Émilie Cognac - http://www.ecrhistoires.fr/

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11 mars 2017

Consigne d'écriture n°1 - « C'est ici »

 

La consigne

 

Comme je vous l'avais annoncé le 25 février, j'ai décidé de suivre régulilèrement une consigne d'écriture... Pour le premier exercice, j'ai choisi un classique des ateliers d'écriture, avec une amorce « C'est ici » que l'on répétera plusieurs fois de la manière qu'on préfère: en début de vers, en début de phrase ou même de paragraphe. Voici ma production...

 

Mon texte

 

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Madame Charpentier et ses enfants (1878), Renoir


C'est ici que le bonheur...

C'est ici que le bonheur se voit si on fouille bien.



C'est ici que mon regard prend racine

Dans ce joyeux bordel du quotidien

Dans ce fatras imparfait des routines

Dans une carte postale ou d'autres riens

Dans les bêtises des enfants si petits

Dans les soucis, ciment de nos patiences

Dans le parc qui accueille nos sorties

Dans l'amour caché au creux des silences



C'est ici que le bonheur s'entend si on fouille bien.



C'est ici que la musique a un sens

Dans le rire de mon fils et de mes filles

Dans leurs larmes, leurs sourires, leurs insolences

Dans les disputes ou bien les jeux de billes

Dans les soupirs de plaisir de nos nuits

Dans la comptine qu'on chante en promenade

Dans les plaintes, les chagrins ou les ennuis

Dans les tendresses qui stoppent les jérémiades



C'est ici que le bonheur se respire si on fouille bien



C'est ici qu'on sent l'odeur du foyer

Dans la promesse d'un plat en train de cuire

Dans le déo d'un ado bien sapé

Dans les roses que tu viens de m'offrir

Dans l'enfance qu'elle porte sur sa peau

Dans le café qui rend tout plus facile

Dans les longs repas des jours de repos

Dans le pain perdu des mois difficiles



C'est ici que le bonheur se caresse si on fouille bien.



C'est ici que je frôle le soleil

Dans les velours brillants du carnaval

Dans la fraîcheur de nos heures de sommeil

Dans l'herbe de la colline qu'on dévale

Dans le satin de ton corps sur le mien

Dans le coton des body que l'on range

Dans la paume de ta main qui me soutient

Dans la soie neuve de ses cheveux d'ange



C'est ici que le bonheur se reconnaît si on fouille bien.



Envie de suivre la prochaine consigne ?

Pour cela, rien de plus simple, inscrivez-vous à la newsletter...

 

 

 

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