21 décembre 2017

L'écriture pour gérer son passé...

 

Depuis l'ouverture de l'Écrhistoires, nous avons beaucoup parlé d'écriture pour le futur, que ce soit afin de le planifier et de le rêver ou dans l'intention de l'organiser. Mais le passé ? À moins d'être né ce matin, adulte et vierge de toute expérience, le passé influe sur le présent. En bien, lorsque l'on s'efforce de ne pas répéter certaines souffrances et/ou en mal, quand des regrets, des remords, des douleurs nous empêchent d'accéder à la sérénité. L'écriture peut-elle nous aider à intégrer ce passé et ainsi lui enlever de son pouvoir ? Et de quelle manière ?

 

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I. La méthode Brunet... ou l'écriture utilisée pour le SPT

 

Commençons par approcher un procédé thérapeutique qui utilise l'écriture. Il ne s'agira pas de le répéter sans la sécurité de médecins ou soignants, seulement de voir comment l'écriture entre en compt.

En France, c'est le psychologue québécois Alain Brunet qui a proposé cette méthode. Après les attentats du 13 novembre 2015, il a proposé son aide aux victimes souffrant de stress post-traumatique. Ce traitement, qui serait efficace pour 65-70% des personnes prises en charge, dure six semaines avec une séance hebdomadaire de 25 min. Une heure avant le début, le patient prend du propranolol, un bêtabloquant, servant habituellement à combattre les migraines, mais qui permettrait d'effacer la dimension émotionnelle des souvenirs traumatiques. Lors de la première séance le patient est invité à écrire son trauma, à le raconter au présent et à la première personne. La semaine suivante -après avoir pris un nouveau comprimé de propranolol- il relit son récit initial. Le patient en fera de même pendant six semaines et, à la fin, le texte ne devrait plus correspondre à son ressenti. Ce ne serait qu'un souvenir douloureux, sans l'effet dévastateur provoqué par l'état de stress post-traumatique.

Une étude est en cours -sur 400 personnes souffrant de SPT- afin de déterminer l'efficacité de cette méthode.

On peut voir que l'écriture -puis la lecture de son propre texte- tient une place centrale dans cette démarche et confirmerait l'intérêt de celle-ci pour consoler du pasé.

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II. S'en inspirer, oui mais comment ?

 

Comme je l'expliquais plus haut, il ne s'agit pas d’utiliser cette méthode n'importe comment, elle doit être menée dans un cadre médicale. Ce procédé met seulement en lumière l'utilisation qui peut être faite de l'écriture pour gérer des événements déjà passés.

Raconter les circonstances de ce qui nous fait souffrir ou nous empêche d'avance ne suffit pas. Notre état d'esprit doit être propice à mettre de la distance. Ce recul peut tout à fait être atteint avec des méthodes douces comme la méditation. Personnellement, je pratique toujours au moins 10 min de méditation ou de yoga avant de prendre le stylo pour travailler un événement difficile. Ensuite je raconte ce qui s'est passé et ce que cela provoque en moi. Je ne cherche pas à produire un texte littéraire, seulement à rester franche et précise. Le lendemain, ou quelques jours après, je relis le texte et essaie de comprendre pourquoi et comment l'incident en question provoque tant de souffrance. Je recommence autant de fois que cela me semble nécessaire -en faisant une pause d'au moins 24 h entre chaque « séance ». En général, je finis par relire ce récit sans que cela provoque en moi des émotions disproportionnées.

Dans le cas contraire et si j'en éprouve le besoin, je demande de l'aide. Je considère que si je n'arrive pas à vider l’événement en question de sa charge émotionnelle c'est que j'ai besoin d'aller voir ce qui se cache derrière. Pour cela, je me fais accompagner.

 

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III. Pour quelles blessures ?

 

Bien sûr cette démarche -écrire l'élément jusqu'à ce qu'il perde de son pouvoir- n'est pas une solution miracle ni le stylo une baguette magique d'Ollivander ! Si l'écriture peut vous permettre de gérer des situations problématiques, son action possible sur les traumatismes reste dangereuse hors de tout cadre thérapeutique. Pour les traumas anciens ou « lourds » l'écriture peut intervenir mais seulement en complément d'autres stratégies que ce soit médicamenteuse, psychanalytique ou via l'EMDR.

 

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Le personnage d'Ollivander, vendeur de baguette magique dans Harry Potter

 

De nombreuses études montrent que l'écriture peut être thérapeutique, ce qui me conforte dans l'idée qu'on peut l'utiliser efficacement pour le développement personnel. La tenue de mon journal revêt tout à fait cette fonction : écrire m'aide non seulement à gérer le quotidien mais aussi à digérer les difficultés de la vie.

Selon vous, l'écriture peut-elle aider à gérer le passé ?

 


17 août 2017

Et si on arrêtait de se maltraiter ?

 

Le terme bienveillance -grand frère de gratitude- semble sur toutes les lèvres et au bout de tous les stylos. Les magazines bien-être comme les ouvrages de développement personnel nous somment de montrer de la bienveillance envers autrui. Je ne parle pas de gentillesse et encore moins de faiblesse, seulement d'humanité.

Si nous tentons souvent de ne pas nous laisser dominer par nos émotions dans nos rapports avec l'extérieur, nous avons trop souvent tendance à perdre toute mesure quand il s'agit de ce que nous pensons de nous-même. Avant même de tenter de pratiquer la communication non violente pour assainir nos rapports au monde, il s'agit de prendre soin de soi.

I. Nos émotions incarnées : la petite voix intérieure

Possédez-vous une petite voix intérieure ? Vous savez cette entité qui tient aussi bien le rôle de conscience que de donneuse de leçon... Cette petite voix est fortement liée à nos émotions et, selon notre humeur, elle pourra nous encourager comme nous démolir.

Au premier abord, on a l'impression de n'avoir aucune prise sur cette voix. La mienne célèbre parfois mes réussites « Bravo ! » ou me martèle mes limites « Tu es nulle », « Tu n'y arrivera jamais ». Imaginez un enfant de six ans... Il apprend à lire. Or partout où il va, il est accompagné d'un adulte qui ne cesse de clamer : « Tu ne sauras jamais lire ! » « Tu es bête ! » « C'est trop difficile pour toi ! ». Croyez-vous que l'écolier réussira ? Il serait d'un caractère exceptionnel s'il parvenait à faire abstraction de ce personnage malveillant.

Pourquoi serions-nous différent de cet enfant ? Si on laisse notre voix intérieure saper toute notre confiance, nous rabaisser ou nous rappeler nos échecs, comment pourrions-nous avancer dans la vie ?

Avant même de se demander comment rendre cette petite voix bienveillante à notre égard, il s'agit déjà de prendre le temps de l'écouter.

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Un petit exercice pour vous... La prochaine fois que vous vous sentirez mal à l'aise -à cause d'un échec ou d'une situation délicate- prenez le temps de noter ce que vous vous dites. Quels termes emploie cette petite voix ? Si elle utilise des mots qui vous blessent ou vous confortent dans un fonctionnement malsain, vous aurez peut-être envie de cesser cette maltraitance mentale. Pour cela, il faudra déjà comprendre d'où vient cette voix intérieure...

II. Comprendre notre voix intérieure

 

Exercer une influence sur cette petite voix reste compliqué, particulièrement lorsqu'une ou des émotions fortes nous submergent. Il n'y a pas d'antidote miracle mais un long processus puis une pratique imparfaite et résolue de « tendre à la bienveillance ».

Avant toute chose, il s'agit d'écouter cette petite voix. Pas de l'entendre et de se laisser porter par elle, au mépris de notre bien-être, mais d'être attentif à ce qu'elle nous raconte vraiment. D'où vient-elle ? Seulement d'une émotion passagère ? C'est possible. Par exemple quand je perds patience avec mes enfants et me met à crier, je me retrouve à ressentir de la colère contre moi. La petite voix qui s'élève alors me serine que je suis une mauvaise mère, que je suis nulle, incapable de gérer mon rôle. Cette petite voix, qu'exprime-t-elle derrière cette colère ? Un besoin de perfectionnisme impossible à tenir, le besoin d'être une maman bienveillante. Depuis que j'ai compris cela, je ne rumine plus pendant des heures sur ma nullité. Je pose une action juste : si besoin je vais parler avec l'enfant sur lequel j'ai crié. Je lui explique que j'aurais voulu garder mon sang-froid, pourquoi je n'y suis pas parvenue,... Avant, ce genre de crises finissait par une grosse déprime. Désormais, une fois la discussion faite, je me sens encore plus motivée à tendre vers l'éducation que je veux offrir à mes enfants.

Hélas, cette prise de conscience ne suffit pas toujours à gérer cette voix ou -encore mieux- à la remplacer par de la bienveillance. Dans ce cas, la voix en question provient de quelque chose de plus profond, de plus ancien. Une amie souffrant de troubles du comportement alimentaire avait, après chaque crise, un long passage de culpabilité. La petite voix qu'elle entendait lui disait des choses terribles. Après avoir travaillé là-dessus, elle s'est rendu compte que cette voix reprenait à son compte des propos qu'elle avait entendu pendant l'enfance sur son manque de contrôle et sa silhouette pulpeuse.

Savoir d'où viennent les propos malveillants qui s'élèvent en nous est la première étape pour ne plus nous maltraiter. En effet, le processus sera différent selon leur provenance.

III. Changer de voix

 

Travailler sur ces voix n'est pas facile, on a besoin de patience et de courage.

 

Lorsque ces propos naissent d'une émotion, on doit créer un espace suffisant entre soi et l'émotion. Une zone sereine dans laquelle placer une action bienveillante pour soi comme pour les autres. Il existe de nombreuses manières d'apprendre à gérer ses émotions : l'écriture, la méditation, le sport, le yoga, une thérapie,... sont autant d'outils qui peuvent nous aider. Là encore, les maîtres mots sont bienveillance sans complaisance, c'est à dire s'entraîner à regarder nos émotions. Se dire : « Tiens, je ressens de la colère. J'avais besoin de me sentir une mère bienveillante et ma fatigue a pris le dessus. Je vais prendre le temps de laisser passer cette colère puis aller en parler avec ma fille. Lui expliquer les choses pour fermer la crise sur une conversation pertinente. »

Sur le papier, les choses sont simples. Pourtant « simple » ne signifie pas « facile », n'est-ce pas ?

Les voix du passé demandent un travail en amont. Il faut prendre le temps de consoler l'enfant qui a été blessé et façonné par ses voix. Si le passé n'est pas « réglé », il convient de travailler dessus. Ici, les choses sont parfois compliquées à gérer seul, il ne faut pas hésiter à demander de l'aide, que ce soit dans son entourage ou celle d'un professionnel.

 

 

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De manière tout à fait personnelle, j'écris régulièrement ce que me disent ces petites voix. Cette pratique possède un double avantage : elle installe une distance entre mes émotions et moi-même et permet de comprendre d'où viennent tels ou tels termes.

Depuis quelques mois, mes petites voix tendent vers la bienveillance. C'est loin d'être parfait mais, à force, je gère de mieux en mieux mes émotions et parviens à choisir de poser une action qui me convient plutôt que de tomber dans la rumination ou les comportements néfastes. Parfois, quand j'ai l'impression de stagner, je regarde en arrière et je me dis que peu importe l'imperfection, ce qui compte c'est le chemin parcouru et le fait de continuer à avancer.


 

Et vous, ami lecteur, quelles voix vous accompagnent ?



08 juin 2017

Psychologie des personnages – Manuel pratique – Howard M. Gluss, PH.D. & Scott Edward Smith

 

 

 

Genre : Essai

Date de publication : 2006

Maison d'édition : Dixit

Prix : 19 euros

 

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Résumé : Ce manuel est un outil formidable, une source très documentée qui s'appuie à la fois sur le travail d'un praticien de la psychologie et sur de nombreux exemples de personnages de films dans lesquels on trouve des personnalités : antisociales, paranoïaques, narcissiques, borderlines, obsessionnelles, masochistes...

 

Mon Avis

 

Depuis plusieurs année, je suis une fervente lectrice de Scenario-buzz, le site de l'auteur et scénariste Nathalie Lenoir. D'ailleurs, ami lecteur, je ne peux que te conseiller vivement de lire ses articles. Je n'écris pas de scénario, un domaine qui m'est étranger. C'est par elle que j'ai pu découvrir le manuel qui nous occupe aujourd'hui.

Quel formidable outil que cet ouvrage ! Et pas seulement pour le scénariste ou même l'auteur de fiction. Les passionnésde cinéma trouveront des choses passionnantes à se mettre sous la dent.

Les auteurs -un psy et un scénariste- partent des troubles de la personnalité pour nous parler de psychologie humaine. Chaque profil est abondamment expliqué en prenant appui sur des personnages de films. Suit un récapitulatif, les principales caractéristiques de la personnalité en question etles clichés attachés à cette dernière. Enfin, on peut trouver toute une liste de filmspour illustrerle profil expliqué avant.

Aborder le cinéma par le biais de la psychologie est fascinant... Pour ce qui est de l'écrivant, c'est un manuel de référence d'un grand secours qui aide à donner de la richesse à ses personnages.

 

Et vous, utilisez-vous la psychologie dans des domaines artistiques ?

 

Posté par Emilie Cognac à 15:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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